L'équitation éthologique est souvent confondue avec l'éthologie au sens strict. Il est essentiel de distinguer les deux.
Définition et confusion terminologique
Ce qu'est l'équitation éthologique
La Fédération Française d'Équitation (FFE) définit l'équitation éthologique comme une méthode d'éducation fondée sur la compréhension du cheval, afin de s'adapter à lui et de mieux communiquer pendant ses apprentissages. Elle englobe du travail à pied et du travail monté, et s'appuie sur la connaissance du comportement équin ainsi que sur des principes d'apprentissage.
En pratique, ce terme recouvre un ensemble de pratiques pédagogiques et de dressage inspirées — avec plus ou moins de rigueur selon les écoles — des données comportementales et cognitives disponibles sur le cheval.
Ce que ce n'est pas : l'éthologie scientifique
L'éthologie est une discipline scientifique qui étudie le comportement animal dans son milieu naturel. La FFE précise explicitement qu'il ne faut pas confondre « équitation éthologique » et « éthologie ». La première est une pratique d'éducation ; la seconde est une science.
Cette confusion terminologique est fréquente et peut conduire à surestimer le fondement scientifique de certaines méthodes commerciales. Des labels comme natural horsemanship ou « méthode éthologique » ne garantissent pas en eux-mêmes une application rigoureuse des données de la science du comportement. C'est pourquoi des organismes comme l'International Society for Equitation Science (ISES) ont développé un cadre objectivable, l'Equitation Science, définie comme l'application de méthodes scientifiques pour évaluer objectivement le bien-être des chevaux à l'entraînement.
Le cadre institutionnel français : les Savoirs éthologiques de la FFE
En France, la FFE a structuré l'acquisition des compétences en équitation éthologique en 5 niveaux progressifs, appelés « Savoirs éthologiques ». Cette progression garantit une montée en compétences cohérente pour le cavalier comme pour son cheval.
- Savoir 1 : comprendre et approcher le cheval
- Savoir 2 : communiquer à pied à distance réduite, en filet ou licol
- Savoir 3 : communiquer avec son cheval monté
- Savoir 4 : communiquer à pied en liberté et à la longe
- Savoir 5 : affiner la communication à cheval
La validation de ces savoirs est encadrée : seuls les établissements dont l'enseignant détient un Brevet Fédéral d'Équitation Éthologique (BFEEE) ou un Certificat de Compétence « Initier » ou « Perfectionner » à l'Équitation Éthologique sont habilités à les valider. Ce cadre apporte une garantie minimale de sérieux pédagogique et permet aux pratiquants de progresser dans un cursus reconnu.
Par ailleurs, l'IFCE (Institut Français du Cheval et de l'Équitation), établissement public au service de la filière équine, met à disposition via son portail Équipédia des informations techniques fiables sur ces sujets, contribuant à diffuser des références solides auprès des professionnels et des amateurs.
Les principes scientifiques de l'apprentissage équin
La robustesse d'une pratique éthologique repose sur la bonne application des mécanismes d'apprentissage. L'ISES a publié 10 principes directeurs (Training Principles) visant la sécurité et le bien-être humain et équin. En voici les axes fondamentaux.
Conditionnement opérant et importance du timing
Le renforcement négatif (pression–relâcher) est le mécanisme le plus utilisé en équitation traditionnelle et éthologique. Son efficacité repose sur un principe clé : la pression doit être retirée au tout début de la réponse correcte. Un timing imprécis — relâcher trop tard — génère confusion, frustration et comportements de conflit.
Le renforcement positif (ajout d'une récompense, souvent alimentaire) est de plus en plus intégré dans les pratiques modernes. L'ISES souligne l'intérêt des renforcements combinés selon les contextes, notamment pour améliorer l'état émotionnel du cheval et consolider les apprentissages.
La punition active est à éviter : mal utilisée, elle génère peur, baisse de motivation et peut désensibiliser le cheval aux outils de communication, rendant la relation plus difficile et moins sûre.
Désensibilisation et gestion émotionnelle
La désensibilisation systématique et graduelle consiste à exposer progressivement le cheval à un stimulus potentiellement anxiogène (objet, bruit, contact) en augmentant très lentement l'intensité, la durée ou la proximité. Cette approche est à opposer au flooding — exposition forcée et non graduée — qui est associé à des états de stress intense et peut aggraver les peurs.
Le contre-conditionnement complète la désensibilisation en associant le stimulus potentiellement aversif à une conséquence positive, modifiant ainsi la réponse émotionnelle du cheval. L'objectif est de maintenir un niveau d'activation (arousal) minimal, compatible avec un apprentissage efficace.
Des recherches publiées en 2022 dans la revue Animals (MDPI) soulignent l'importance de ces techniques dans les pratiques de manipulation dites fear-free, notamment pour préparer les chevaux aux procédures vétérinaires et réduire le stress lors des soins.
Clarté des signaux et auto-portage
Un principe fondamental de l'ISES stipule : un signal = une signification. Les aides doivent être discriminables, non contradictoires et appliquées de façon cohérente. Des signaux simultanés et opposés (par exemple, jambe qui pousse et main qui retient sans intention pédagogique claire) génèrent de la confusion et des résistances.
L'objectif final est l'auto-portage (self-carriage) : le cheval maintient allure, tempo, direction et posture sans sollicitations incessantes de la part du cavalier. Cela témoigne d'un apprentissage consolidé et d'une communication efficace, à l'opposé d'un cheval maintenu sous « nagging » permanent.
Protocole pratique : comment structurer une séance éthologique
Il n'existe pas de protocole universel unique, mais les principes ISES permettent de construire une trame opérationnelle robuste, applicable aussi bien à pied que monté.
- Étape A — Vérification préalable : avant de conclure à un « problème de comportement », éliminer toute cause de douleur ou d'inconfort (boiterie, dorsalgie, dentition, harnachement inadapté). Les signes de douleur font partie intégrante des principes ISES.
- Étape B — Définir un objectif comportemental mesurable : par exemple « immobilité pendant 10 secondes », « reculer 3 pas sur signal léger », « accepter le toucher sur la zone X sans retrait », « embarquer dans le van en moins de 60 secondes ».
- Étape C — Découpage en sous-étapes (shaping) : décomposer l'objectif en micro-critères atteignables ; renforcer chaque approximation successive ; ne modifier qu'un paramètre à la fois (lieu, durée, intensité du stimulus).
- Étape D — Choix du plan de renforcement : renforcement négatif avec relâcher au bon timing, et/ou renforcement positif pour consolider et améliorer l'état émotionnel.
- Étape E — Habituation et gestion des émotions : exposition graduelle, contre-conditionnement, évitement du flooding ; maintenir un niveau d'arousal compatible avec l'apprentissage.
- Étape F — Généralisation et maintien : répéter en contexte stable, puis généraliser progressivement (autres lieux, autres personnes, autres moments) ; viser l'auto-portage.
Cette trame a été appliquée à grande échelle : un article du Journal of Veterinary Behavior (Volume 29, janvier–février 2019, DOI 10.1016/j.jveb.2018.11.001) rapporte un programme néo-zélandais (Foal NZ) ayant entraîné plus de 3 000 poulains Pur-sang en s'appuyant sur les principes ISES, démontrant la faisabilité d'une application structurée à grande échelle.
Résultats attendus et limites à connaître
Une pratique éthologique bien conduite produit des résultats observables et mesurables. Il convient cependant de distinguer ce qui est solidement établi de ce qui mérite prudence.
Résultats réalistes et observables
Lorsque les principes sont correctement appliqués, on peut raisonnablement attendre :
- Une réponse à des signaux plus légers et plus cohérents : meilleure discriminabilité des aides, réduction de la pression nécessaire.
- Une diminution des comportements de conflit (résistances, agitation, ruades) si ceux-ci étaient liés à la confusion, à la douleur ou à des pressions mal temporisées.
- Une amélioration de la sécurité : réduction des réactions de fuite ou de défense grâce à une meilleure gestion émotionnelle, à la progressivité et à la clarté des signaux.
- Une meilleure coopération aux soins : les techniques de désensibilisation et de contre-conditionnement réduisent le stress lors des manipulations vétérinaires, comme le souligne la revue Animals (2022).
Résultats à annoncer avec prudence
Les notions de « relation » ou de « confiance » sont pédagogiquement utiles, mais scientifiquement, elles doivent être traduites en indicateurs mesurables : latence de réponse, fréquence des comportements d'évitement, posture (oreilles, queue, position de la tête), variabilité de la fréquence cardiaque (HRV) ou taux de cortisol salivaire.
Les revues systématiques sur le bien-être équin soulignent régulièrement l'hétérogénéité méthodologique des études et la difficulté à conclure de façon univoque sur des concepts aussi larges que la « confiance » ou le « lien ». Une approche honnête consiste à décrire des comportements observables plutôt que des états internes supposés.
Enfin, l'étiquette « éthologique » ne garantit pas en elle-même la qualité d'une méthode. Certaines pratiques commercialisées sous ce nom peuvent inclure des techniques de contrainte ou de flooding incompatibles avec les principes evidence-based de l'ISES.
Vidéos
Comprendre son cheval grâce à l'équitation éthologique
Des cours d'éthologie équine avec Thierry Lhermitte
PREMIER EXERCICE FACILE EN EQUITATION ETHOLOGIQUE
Équitation éthologique - Arrêtez de faire ça !
Conclusion
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Questions fréquentes
Oui. La FFE a structuré un cursus en 5 Savoirs éthologiques, validés uniquement par des enseignants titulaires du Brevet Fédéral d'Équitation Éthologique (BFEEE) ou d'un Certificat de Compétence dédié. Ce cadre garantit une progression pédagogique encadrée.
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📚 Sources et références
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