Selon la définition scientifique internationale, un probiotique est un micro-organisme vivant qui, administré en quantité adéquate, confère un bénéfice sur la santé de l'hôte. Chez le cheval, cette définition s'applique à deux grandes familles de micro-organismes.
Qu'est-ce qu'un probiotique pour cheval ?
Les levures : la famille la plus utilisée
Les levures vivantes, et en particulier Saccharomyces cerevisiae, représentent les probiotiques les plus documentés et les plus encadrés réglementairement chez le cheval. Certaines souches sont officiellement autorisées dans l'Union européenne comme additifs zootechniques (catégorie « stabilisateurs de flore intestinale » ou « améliorateurs de digestibilité »). La souche CNCM I-4407, par exemple, bénéficie d'une autorisation jusqu'en juin 2029 pour les chevaux, avec des doses recommandées précisément définies.
On trouve également Saccharomyces cerevisiae var. boulardii, utilisée dans certains compléments à visée digestive, notamment lors de diarrhées.
Les bactéries probiotiques
Plusieurs genres bactériens sont formulés dans les compléments équins : Lactobacillus spp. (dont L. rhamnosus GG), Enterococcus faecium, Pediococcus acidilactici et Bacillus spp.. Ces souches visent principalement à renforcer la barrière intestinale, moduler la réponse immunitaire locale et concurrencer les pathogènes opportunistes.
Il est important de ne pas confondre probiotiques et prébiotiques : ces derniers (inuline, FOS…) sont des substrats non vivants destinés à nourrir les bactéries bénéfiques. Ils sont souvent co-formulés dans les compléments, mais leur mécanisme d'action est distinct.
Dosages et unités de mesure : comprendre les CFU
La puissance d'un probiotique s'exprime en CFU (Colony Forming Units), ou UFC en français (Unités Formant Colonie). Il s'agit du nombre de micro-organismes viables capables de se multiplier. C'est le paramètre clé à lire sur une étiquette, bien avant les teneurs en protéines ou en fibres.
Les repères réglementaires européens
Le règlement d'exécution UE 2019/899 fixe pour la souche S. cerevisiae CNCM I-4407 chez le cheval :
- Dose recommandée par animal et par jour : de 1,25×1010 à 6×1010 CFU/cheval/jour (soit 12,5 à 60 milliards UFC/jour)
- Teneur minimale dans l'aliment complet : 8×108 CFU/kg d'aliment (à 12 % d'humidité)
Ces chiffres constituent la référence réglementaire la plus solide disponible en Europe pour les levures équines.
Ce que proposent les produits commerciaux
À titre indicatif, voici les ordres de grandeur observés sur des produits du marché :
- Produits à base de levures simples : de 5 milliards CFU/g à 1,5×1010 CFU/g ; posologies allant de 5 à 50 milliards CFU/jour selon les fabricants
- Produits multi-souches : jusqu'à 20 milliards CFU/once (environ 28 g), combinant Saccharomyces, Bacillus, Enterococcus, Lactobacillus et Bifidobacterium
- Produits en granulés : 25 milliards CFU par mesure de 17,5 g, parfois enrichis en L-glutamine (1 250 mg/mesure) pour le soutien de la muqueuse intestinale
Ces données d'étiquetage sont cohérentes en ordre de grandeur avec les fourchettes réglementaires pour les levures autorisées, mais la viabilité réelle au moment de l'ingestion dépend des conditions de stockage et de la formulation.
Bénéfices des probiotiques : ce que dit la science
Les données scientifiques disponibles sont encourageantes sur certains points, mais nuancées. Voici un état des lieux honnête des preuves actuelles.
Effets documentés et contextes favorables
Plusieurs études contrôlées ont mis en évidence des effets mesurables dans des contextes spécifiques :
- Régime riche en amidon : une étude publiée dans Livestock Science (2018) a montré que des doses de 10×109 à 10×1010 CFU/jour de S. cerevisiae modifiaient l'écosystème gastrique, notamment en réduisant certaines bactéries productrices de lactate, facteur de risque d'acidose
- Poulains nouveau-nés : une étude publiée dans le Journal of Equine Veterinary Science (octobre 2023) sur 15 poulains a montré qu'une supplémentation en Lactobacillus rhamnosus GG (5 à 10 milliards CFU/jour pendant 150 jours) améliorait les gains de taille et de poids entre 120 et 150 jours, et augmentait certains marqueurs immunitaires (IgA, IgG, IL-6)
- Barrière intestinale chez le cheval sain : une étude récente (2024-2025, PMC) sur 12 chevaux sains supplémentés 84 jours avec un probiotique commercial multi-souches (L. rhamnosus, P. acidilactici, E. faecium) a analysé le microbiome, les acides gras à chaîne courte et les IgA sécrétoires, offrant des données prometteuses sur la modulation de la barrière intestinale
Limites et absences d'effet : la nuance indispensable
Plusieurs essais rigoureux n'ont pas démontré d'effet significatif dans certains contextes :
- Changement brutal de foin : une étude (Livestock Science, 2015) a montré que la supplémentation en S. cerevisiae n'empêchait pas les modifications du microbiote du gros intestin lors d'un changement alimentaire soudain
- Digestibilité et endotoxines : un essai sur 10 chevaux arabes hongres supplémentés avec S. cerevisiae NCYC 996 (7,5 g/repas à 1,5×1010 CFU/g) n'a détecté aucune amélioration de la digestibilité, des dénombrements fécaux, des acides gras volatils ni des endotoxines sériques
Une revue publiée dans le Journal of Equine Veterinary Science (2021) synthétise l'ensemble des données sur les probiotiques bactériens équins et conclut à des résultats hétérogènes, fortement dépendants de la souche, du contexte clinique, de la qualité du produit et de la capacité de colonisation intestinale.
Quand et comment utiliser les probiotiques chez le cheval ?
Malgré des preuves encore incomplètes, certains contextes semblent plus favorables à l'utilisation des probiotiques. Voici les situations où leur emploi est le plus souvent recommandé par les praticiens.
- Changement de ration progressif : même si les études montrent des résultats mitigés lors de changements brutaux, accompagner une transition alimentaire avec un probiotique reste une pratique de précaution raisonnable
- Stress et transport : le stress altère le microbiote ; une supplémentation préventive avant et pendant les périodes à risque (concours, transport longue distance) est couramment pratiquée
- Antibiothérapie : les antibiotiques perturbent la flore intestinale ; les probiotiques peuvent aider à la restaurer, en veillant à les administrer à distance des prises d'antibiotiques
- Poulains : les données sur L. rhamnosus GG sont encourageantes pour le soutien immunitaire et la croissance dans les premiers mois de vie
- Chevaux à l'entraînement intensif : l'exercice intense modifie la perméabilité intestinale ; les probiotiques peuvent contribuer à maintenir l'intégrité de la barrière digestive
Dans tous les cas, un probiotique ne remplace pas une consultation vétérinaire en cas de symptômes digestifs sérieux (colique, diarrhée persistante, fièvre).
Comment choisir un bon probiotique équin ?
Face à la multitude de produits disponibles, voici les critères essentiels à évaluer avant tout achat.
Les critères de sélection incontournables
Un probiotique de qualité pour cheval doit afficher clairement :
- L'identification précise des souches : le genre, l'espèce et idéalement le numéro de souche (ex : Saccharomyces cerevisiae CNCM I-4407). Une mention vague comme « levures actives » est insuffisante
- La garantie CFU à la date de péremption (et non à la fabrication) : c'est la viabilité au moment de l'ingestion qui compte
- Les conditions de stockage : température, humidité, lumière — les micro-organismes vivants sont fragiles
- La stabilité à la chaleur : particulièrement importante pour les produits intégrés dans des granulés ou des aliments pellétés
- Le statut réglementaire : préférer les souches autorisées comme additifs zootechniques en UE, qui ont fait l'objet d'une évaluation de sécurité par l'EFSA
Précautions de manipulation
Un point souvent négligé : les préparations de levures en poudre peuvent générer de la poussière inhalable. L'EFSA et le règlement UE 2019/899 signalent que certaines formulations non enrobées peuvent présenter un risque de sensibilisation cutanée et respiratoire pour l'utilisateur. Il est recommandé de :
- Utiliser un masque anti-poussière lors de la manipulation de poudres de levures en grande quantité
- Préférer les formulations enrobées ou en granulés (« dust-free ») lorsque c'est possible
- Éviter de manipuler ces produits dans des espaces confinés sans ventilation
Précautions d'emploi et limites à connaître
L'enthousiasme pour les probiotiques ne doit pas occulter des points de vigilance importants.
- Ne pas retarder les soins vétérinaires : un probiotique ne traite pas une colique, une diarrhée infectieuse ou une dysbiose sévère. En cas de symptômes digestifs marqués, consultez un vétérinaire sans attendre
- L'effet n'est pas universel : la réponse aux probiotiques varie selon l'individu, son régime alimentaire de base, son statut physiologique (poulain, adulte, senior) et son état de santé
- La qualité des produits est très variable : des études indépendantes ont montré que certains compléments probiotiques du marché ne contiennent pas les CFU annoncés ou que les souches déclarées ne sont pas viables à l'ouverture
- Interactions médicamenteuses : en cas de traitement antibiotique, espacer l'administration du probiotique d'au moins 2 heures pour éviter que l'antibiotique ne détruise les micro-organismes avant leur action
- Durée de supplémentation : les effets des probiotiques sont généralement transitoires ; l'arrêt de la supplémentation entraîne souvent un retour progressif à l'état initial du microbiote
Conclusion
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Questions fréquentes
Oui, c'est une pratique courante, notamment lors de périodes à risque (transport, changement de saison, transition alimentaire). Les données scientifiques restent limitées en contexte préventif chez le cheval sain adulte, mais le rapport bénéfice/risque est généralement favorable si le produit est de qualité.
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📚 Sources et références
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