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Santé équine

Fourbure chez le cheval : causes, symptômes et traitements

Tout savoir sur la fourbure cheval (laminite) : causes, symptômes, diagnostic, traitements et prévention. Guide expert vétérinaire complet.

9 min de lecture1 661 mots

La fourbure du cheval, également appelée laminite, est l'une des affections les plus redoutées en médecine équine. Elle se définit comme une inflammation douloureuse des lamelles du pied, ces tissus qui assurent la suspension de la troisième phalange (P3) à l'intérieur du sabot. Lorsque cet appareil suspenseur défaille, P3 peut se déplacer — pivoter ou s'affaisser — jusqu'à perforer la sole dans les cas les plus graves. Classée comme deuxième cause de mortalité chez le cheval après les coliques, la fourbure constitue une urgence médicale absolue. Elle touche toutes les races, mais les poneys et les animaux en surpoids présentent un risque significativement plus élevé. Comprendre ses mécanismes, reconnaître ses signes précoces et agir vite sont les clés d'un pronostic favorable.

Définition et mécanisme de la fourbure

La fourbure est une affection inflammatoire et dégénérative des lamelles du pied (podophylle et kéraphylle), qui forment l'interface entre la paroi du sabot et la troisième phalange (P3). Ces lamelles assurent la suspension et la fixation de P3 à l'intérieur de la boîte cornée : lorsqu'elles sont endommagées, ce système de soutien s'effondre.

On distingue deux phases cliniques majeures :

  • Phase aiguë : inflammation intense, douleur sévère, instabilité lamellaire. C'est l'urgence vétérinaire par excellence.
  • Phase chronique : remaniements structuraux du pied, rotation et/ou affaissement de P3, déformations de la boîte cornée, récidives fréquentes.

Dans les cas extrêmes, la pointe de P3 peut perforer la sole, rendant le pronostic très sombre. La localisation est le plus souvent bilatérale aux antérieurs, mais tous les membres peuvent être atteints, y compris les quatre simultanément.

Causes et facteurs de risque

La fourbure est une maladie multifactorielle. On distingue quatre grandes catégories étiologiques, souvent intriquées.

Causes alimentaires et pâturage

C'est la cause la plus fréquente : plus de la moitié des cas de fourbure surviennent au pâturage (IFCE). La surconsommation de céréales est impliquée dans environ 10 % des cas. Le mécanisme central est la surcharge en sucres et amidon (NSC — Non-Structural Carbohydrates), qui provoque une hyperinsulinémie chez les sujets prédisposés, déclenchant la laminite dite endocrinopathique ou de pâturage. Les périodes de pousse intense de l'herbe (printemps, automne après pluies) sont particulièrement à risque.

Causes endocriniennes et métaboliques

Aujourd'hui reconnues comme dominantes dans de nombreuses populations, les causes endocriniennes regroupent :

  • Le syndrome métabolique équin (EMS/SME) : associé à l'obésité (19 à 40 % des chevaux domestiques selon les études), à l'insulinorésistance et à l'hyperinsulinémie (22 à 29 % des sujets susceptibles). Dans une cohorte de laminites endocrinopathiques, l'EMS était impliqué dans 82,4 % des cas.
  • Le PPID (syndrome de Cushing équin) : affection de l'hypophyse fréquente chez les chevaux âgés. La fourbure peut toucher 50 à 80 % des chevaux atteints de PPID selon les études (IFCE). La dysrégulation de l'insuline associée au PPID est le principal mécanisme déclencheur.

Causes mécaniques

Deux situations mécaniques sont bien documentées :

  • Fourbure d'exercice : après un effort intense sur sol dur, notamment chez les chevaux d'endurance.
  • Fourbure d'appui (supporting-limb laminitis) : le membre controlatéral à une fracture ou une boiterie sévère supporte une surcharge prolongée, pouvant entraîner une laminite unilatérale. C'est une complication redoutable, parfois fatale (comme dans le cas célèbre de Barbaro).

Causes inflammatoires et septiques

Les maladies systémiques graves peuvent déclencher une fourbure par libération de toxines et perturbation vasculaire au niveau du pied :

  • Coliques sévères (notamment rétention de cæcum ou côlon)
  • Diarrhées abondantes (typhlocolite)
  • Infections post-partum (métrite, rétention placentaire)
  • Pneumonies et autres états septiques

Dans ces situations, l'IFCE recommande une surveillance active des pieds (chaleur du sabot, pouls digité) comme signal d'alarme précoce.

Symptômes et diagnostic

Reconnaître rapidement la fourbure est essentiel pour limiter les lésions irréversibles.

Signes cliniques à reconnaître

Les signes typiques de la fourbure aiguë sont :

  • Posture antalgique caractéristique : le cheval « campe » en avançant les membres postérieurs sous lui et en reculant les antérieurs pour reporter le poids vers l'arrière.
  • Démarche « sur des œufs » : réticence marquée à se déplacer, pas courts et douloureux.
  • Chaleur des sabots et augmentation du pouls digité (artères digitales palpables et bondissantes).
  • Boiterie sévère, pouvant aller jusqu'au décubitus (cheval couché, incapable de se lever).
  • Douleur à la pression de la pince de maréchal sur la sole.

La localisation est le plus souvent bilatérale aux antérieurs, mais tous les membres peuvent être touchés.

Démarche diagnostique vétérinaire

Le diagnostic repose sur plusieurs étapes complémentaires :

  • Examen clinique locomoteur : évaluation de la douleur, de la posture, du pouls digité et de la chaleur des sabots.
  • Radiographies du pied : indispensables pour mesurer la rotation de P3, l'épaisseur de la sole résiduelle et guider la ferrure orthopédique. Elles permettent de classer la sévérité et d'établir le pronostic.
  • Bilan étiologique : dosage de l'insuline basale et/ou test dynamique (ODST), dosage de l'ACTH pour le PPID, enquête alimentaire et évaluation de l'état corporel (score de condition corporelle).

Identifier la cause est aussi important que traiter la douleur : sans correction de l'étiologie, les récidives sont inévitables.

Traitements de la fourbure

La prise en charge de la fourbure est multimodale et doit être instaurée en urgence par un vétérinaire. Elle combine gestion de la douleur, soutien mécanique du pied et traitement de la cause.

Gestion en phase aiguë

Les priorités immédiates sont :

  • Analgésie et anti-inflammatoires : AINS (phénylbutazone, flunixine méglumine) pour contrôler la douleur et l'inflammation lamellaire. La dose et la durée sont adaptées par le vétérinaire selon la sévérité.
  • Repos strict sur litière épaisse et molle (copeaux profonds, sable) pour soulager mécaniquement les pieds.
  • Soutien mécanique du pied : parage d'urgence, hipposandales rembourrées, semelles en mousse ou en silicone pour reporter l'appui sur la fourchette et réduire les contraintes sur les lamelles.
  • Retrait immédiat de la cause : sortie du pâturage, suppression des céréales, traitement de l'infection primaire.

Cryothérapie : refroidissement préventif et curatif

La cryothérapie distale (refroidissement continu des membres dans de l'eau glacée ou de la glace) est une avancée majeure dans la prévention et le traitement précoce de la laminite, notamment chez les chevaux hospitalisés pour sepsis, colique grave ou diarrhée.

  • Température cible : maintenir le pied entre 5 et 10 °C (les études expérimentales efficaces rapportent des températures de 3,5 à 7,1 °C).
  • Durée : 48 à 72 heures en continu dans les protocoles expérimentaux ; en clinique, maintien recommandé jusqu'à 24 h après résolution des signes d'infection ou de la phase inflammatoire.
  • Efficacité maximale : débuter le plus tôt possible, idéalement avant l'apparition de la boiterie chez les sujets à haut risque.

La cryothérapie réduit le métabolisme local et protège les lamelles de l'ischémie-reperfusion lors des phases inflammatoires systémiques.

Prise en charge à long terme

La gestion chronique vise à stabiliser le pied, prévenir les récidives et traiter la cause sous-jacente :

  • Ferrure orthopédique : adaptée aux radiographies (ferrures à talon surélevé, ferrures en cœur de grenouille, etc.) pour corriger les contraintes sur P3 et améliorer la circulation.
  • Traitement du PPID : le pergolide (agoniste dopaminergique) est le traitement de référence, à une posologie de départ de 2 µg/kg par voie orale toutes les 24 h, ajustée selon la réponse clinique et le dosage de l'ACTH.
  • Gestion de l'EMS : perte de poids progressive, ration pauvre en sucres et amidon (foin analysé, < 10 % NSC), exercice adapté dès que l'état locomoteur le permet.
  • Suivi radiographique régulier pour évaluer la position de P3 et adapter le parage.

Prévention de la fourbure

La prévention est d'autant plus importante que la fourbure chronique laisse des séquelles irréversibles. Elle repose sur l'identification des sujets à risque et la mise en place de mesures adaptées.

  • Gestion du pâturage : limiter l'accès à l'herbe riche (muselière, paddock pauvre, rotation des parcelles), éviter les périodes de pousse intense (printemps, automne humide). Privilégier les sorties en fin de journée quand la teneur en sucres de l'herbe est plus basse.
  • Contrôle alimentaire : ration pauvre en NSC pour les sujets à risque, éviter les changements brutaux de régime, peser le foin et faire analyser sa composition.
  • Surveillance de l'état corporel : maintenir un score de condition corporelle optimal (3 à 3,5/5), lutter contre l'obésité par l'exercice régulier.
  • Dépistage endocrinien : dosage annuel de l'insuline et de l'ACTH chez les poneys, chevaux âgés, obèses ou avec antécédents de fourbure. Traitement précoce du PPID et de l'EMS.
  • Surveillance lors de maladies graves : palper quotidiennement le pouls digité et vérifier la chaleur des sabots chez tout cheval hospitalisé pour colique, diarrhée ou infection systémique. Instaurer la cryothérapie préventive dès que le risque est identifié.

Épidémiologie et données chiffrées

La prévalence de la fourbure varie considérablement selon les études, les populations et les méthodes d'évaluation : de 1,5 % à 34 % toutes causes confondues. Voici les données les plus robustes disponibles :

  • Royaume-Uni : une étude portant sur environ 113 000 chevaux (Hinckley & Henderson, 1996) estimait une prévalence de 7,1 % et plus de 8 000 cas annuels. Sur une ferme de 1 140 chevaux et poneys en East Anglia, une prévalence annuelle de ~13 % (148 épisodes/an) a été observée entre 1997 et 1999.
  • Australie (2017, PubMed) : sur 233 chevaux et poneys, 15 % avaient au moins un antécédent de laminite. La différence entre poneys (21,8 %) et chevaux (4,4 %) était hautement significative (P < 0,001). L'incidence atteignait 6,5 cas pour 100 pony-years contre seulement 0,55 pour 100 horse-years.
  • PPID : la fourbure peut affecter 50 à 80 % des chevaux atteints du syndrome de Cushing selon les études (IFCE).
  • Répartition étiologique : dans les cohortes de laminite endocrinopathique, l'EMS est impliqué dans 82,4 % des cas ; la laminite de pâturage sans endocrinopathie identifiée ne représente qu'une minorité des cas (environ 6 %).

Ces données confirment que les poneys, les animaux obèses et les chevaux âgés atteints de PPID constituent les populations les plus vulnérables, et que la cause endocrinienne est aujourd'hui la plus fréquente dans les populations de loisir.

Vidéos

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Conclusion

La fourbure est une urgence médicale qui engage le pronostic vital et fonctionnel du cheval. Deuxième cause de mortalité équine après les coliques, elle exige une reconnaissance rapide, une intervention vétérinaire immédiate et une recherche systématique de la cause sous-jacente. Les avancées récentes — notamment la compréhension du rôle central de l'hyperinsulinémie et l'efficacité de la cryothérapie préventive — ont transformé sa prise en charge. La prévention, fondée sur la gestion alimentaire, le dépistage endocrinien et la surveillance des sujets à risque, reste le meilleur investissement pour préserver la santé et le bien-être de votre cheval.

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Questions fréquentes

Les signes caractéristiques sont une posture antalgique typique (cheval qui recule les antérieurs et avance les postérieurs pour reporter son poids), une réticence à se déplacer, une démarche « sur des œufs », des sabots chauds et un pouls digité fort et bondissant. Appelez votre vétérinaire en urgence dès l'apparition de ces signes.

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📚 Sources et références

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