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Santé équine

Gale de boue chez le cheval : causes, symptômes et traitements

Tout savoir sur la gale de boue chez le cheval : causes réelles, symptômes, diagnostic vétérinaire et traitements efficaces pour protéger vos équidés.

7 min de lecture1 379 mots

La gale de boue est l'une des affections cutanées les plus redoutées des propriétaires de chevaux en hiver. Pourtant, ce terme courant est scientifiquement trompeur : il ne s'agit pas d'une véritable gale causée par des acariens, mais le plus souvent d'une dermatophilose ou d'une dermatite du paturon (equine pastern dermatitis, EPD). Derrière cette appellation populaire se cache en réalité un syndrome complexe, pouvant impliquer plusieurs agents — bactériens, parasitaires ou irritatifs — favorisés par l'humidité et la boue. L'IFCE qualifie cette affection de « très fréquente en hiver lorsque les terrains sont humides ». Comprendre ses véritables mécanismes est indispensable pour la traiter efficacement et éviter les récidives chroniques qui peuvent compromettre la locomotion du cheval.

Qu'est-ce que la gale de boue ? Définition et terminologie

Le terme « gale de boue » est un abus de langage très répandu dans le monde équestre. Il désigne en réalité un ensemble de lésions cutanées localisées au bas des membres, principalement au niveau du paturon, et non une gale au sens parasitologique du terme. On parle scientifiquement de dermatophilose ou de dermatite du paturon (EPD — Equine Pastern Dermatitis), également connue sous les appellations anglophones mud fever, scratches, greasy heel ou cracked heels.

L'IFCE (Équipédia) précise que la dermatophilose est une affection cutanée bactérienne, due à Dermatophilus congolensis, favorisée par l'humidité prolongée. Cependant, la réalité clinique est plus nuancée : l'EPD constitue un syndrome descriptif et non une étiologie unique. Plusieurs causes peuvent produire un tableau clinique similaire, ce qui rend le diagnostic précis indispensable avant tout traitement.

Causes et facteurs de risque

Les agents responsables

La gale de boue peut être provoquée par plusieurs agents distincts :

  • Dermatophilus congolensis : bactérie classiquement associée à la dermatophilose, citée par l'IFCE comme agent principal. Toutefois, une étude américaine (Aufox et al., Vet Dermatol, 2018) a montré que cette bactérie n'était détectée par RT-qPCR que chez 1 cheval sur 15 atteints (≈6,7%), suggérant qu'elle n'est pas systématiquement en cause.
  • Acariens Chorioptes equi : dans cette même étude, des mites chorioptiques ont été retrouvées chez 4 chevaux sur 15 atteints (≈26,7%), tous porteurs de fanons. La véritable gale du pied à Chorioptes est donc un diagnostic différentiel important, surtout chez les races à plumes.
  • Dermatophytes (champignons) : la teigne peut mimer une dermatite du paturon, bien que les cultures fongiques soient revenues négatives dans l'étude de 2018.
  • Autres causes : photosensibilisation et vasculite (notamment sur membres blancs), dermatite de contact ou irritative, surinfections secondaires.

Facteurs favorisants

Plusieurs facteurs augmentent significativement le risque d'apparition ou d'entretien de la gale de boue :

  • Humidité prolongée et terrains boueux : c'est le facteur déclenchant majeur. Les hivers pluvieux, les paddocks mal drainés et les zones de piétinement autour des abreuvoirs ou des mangeoires sont des contextes à haut risque.
  • Races à fanons : les chevaux de trait (Cob, Frison, Shire, Percheron…) sont particulièrement prédisposés car leurs plumes abondantes retiennent l'humidité et les saletés contre la peau, créant un environnement propice aux infections. L'UC Davis confirme cette prédisposition chez les races « draft ».
  • Membres blancs et peau non pigmentée : la peau dépourvue de mélanine est plus sensible aux phénomènes photo-induits et aux réactions vasculaires, augmentant la vulnérabilité aux lésions.
  • Hygiène insuffisante : ne pas sécher correctement les membres après le travail ou le bain favorise la macération cutanée.

Symptômes et diagnostic

Les signes cliniques à reconnaître

La gale de boue se manifeste principalement au niveau du bas des membres, surtout dans le pli du paturon, avec une possible extension vers le boulet ou le canon. Chez les chevaux vivant au pré, des lésions peuvent également apparaître sur la ligne du dos ou la croupe (forme généralisée de dermatophilose).

Les lésions typiques comprennent :

  • Dépilation et rougeur (érythème) de la zone atteinte
  • Suintements et formation de croûtes jaunâtres ou brunâtres
  • Douleur à la palpation de la zone lésée
  • Œdème et engorgement du membre dans les cas avancés
  • Prurit (démangeaisons) possible mais inconstant — l'IFCE précise que les lésions peuvent évoluer « sans forcément de démangeaisons »
  • Boiterie : généralement absente dans les formes légères, mais pouvant devenir sévère selon la cause, le stade et la localisation des lésions

La démarche diagnostique

Le diagnostic clinique repose sur la combinaison de lésions compatibles et d'un contexte humide/boueux. Cependant, pour identifier précisément l'agent responsable et adapter le traitement, des examens complémentaires sont souvent nécessaires :

  • Raclages cutanés superficiels : pour rechercher des acariens (Chorioptes equi), indispensables chez les chevaux à fanons
  • Prélèvements de poils en périphérie des lésions : pour analyse bactériologique (mise en évidence de D. congolensis) ou mycologique (dermatophytes)
  • Cytologie : examen rapide des cellules prélevées sur les croûtes
  • PCR (RT-qPCR) : technique de biologie moléculaire permettant une détection précise des agents infectieux

Les principaux diagnostics différentiels à écarter sont : la véritable gale du pied à Chorioptes equi, la teigne, la dermatose chronique proliférative des membres des chevaux de trait, la photosensibilisation, et les poux. Une étude pilote menée en Bosnie-Herzégovine sur 40 chevaux a retrouvé une prévalence de l'EPD de 12,5% (5/40), soulignant l'importance d'un diagnostic rigoureux.

Traitement de la gale de boue

La prise en charge dépend directement de la cause identifiée. Il n'existe pas de traitement universel : une dermatophilose bactérienne, une infestation à Chorioptes et une photosensibilisation ne se traitent pas de la même façon. Voici les grands axes thérapeutiques recommandés.

Mesures environnementales prioritaires

Quelle que soit la cause, la suppression de l'humidité chronique est la première mesure à mettre en place :

  • Rentrer le cheval au box si les conditions extérieures sont trop humides
  • Éviter d'enfermer l'humidité sous des bandes après une douche ou un travail
  • Tondre le bas des membres (clipper les fanons) pour limiter la rétention d'eau par les poils — mesure recommandée par l'IFCE
  • Assurer un séchage parfait des membres après chaque contact avec l'eau

Traitement local

Le protocole de soins locaux recommandé par l'IFCE comprend :

  • Nettoyage soigneux avec un savon antiseptique doux
  • Rinçage abondant puis séchage parfait de la zone — l'usage d'un sèche-cheveux est même mentionné pour garantir une peau parfaitement sèche
  • Application d'une pommade grasse antiseptique (ex. vaseline soufrée ou équivalent) sur les lésions
  • Pendant le travail : protection du pli du paturon avec un corps gras protecteur (vaseline soufrée) pour créer une barrière contre l'humidité

Il est important de ne pas arracher brutalement les croûtes, qui protègent la peau en cours de cicatrisation. Le ramollissement préalable avec un produit adapté est préférable.

Traitement général et traitement étiologique

Dans les formes sévères ou résistantes au traitement local :

  • Antibiotiques systémiques : prescrits par le vétérinaire en cas d'infection bactérienne confirmée ou d'échec du traitement local. Ils ne doivent jamais être utilisés sans prescription.
  • Traitement antiparasitaire : indispensable si des acariens Chorioptes sont identifiés. Il doit être accompagné de mesures d'hygiène et de désinfection du matériel et de l'environnement pour éviter les réinfestations.
  • Corticoïdes et protection solaire : envisagés en cas de photosensibilisation ou de vasculite sur membres blancs, sur avis vétérinaire.

Dans tous les cas, l'avis vétérinaire est indispensable dès que les lésions sont étendues, douloureuses, ou ne répondent pas aux soins de base en quelques jours.

Prévention : comment éviter la gale de boue ?

La prévention repose essentiellement sur la gestion de l'humidité et de la boue. Voici les mesures concrètes à mettre en œuvre :

  • Aménager et drainer les paddocks : stabiliser les zones de stationnement, prévoir un drainage efficace, déplacer régulièrement les points d'alimentation pour éviter le piétinement excessif et l'accumulation de boue
  • Sécher systématiquement les membres après chaque travail, bain ou sortie sous la pluie
  • Inspecter régulièrement le bas des membres, surtout en hiver, pour détecter les premières lésions avant qu'elles ne s'aggravent
  • Chez les chevaux à fanons : entretenir et tondre les plumes si nécessaire, et surveiller de près l'apparition de signes de prurit ou de lésions cachées sous les poils
  • Pour les chevaux à membres blancs : appliquer préventivement une crème barrière lors des sorties en terrain boueux
  • Maintenir une litière propre et sèche au box pour éviter la macération nocturne des membres

Conclusion

La gale de boue chez le cheval est une affection fréquente mais souvent mal comprise. Derrière ce terme populaire se cache un syndrome aux causes multiples — bactériennes, parasitaires ou irritatives — qui nécessite un diagnostic précis pour être traité efficacement. La gestion rigoureuse de l'humidité reste la clé de voûte de la prévention et du traitement. Face à des lésions persistantes ou sévères, ne tardez pas à consulter votre vétérinaire : un traitement adapté précoce évite les complications chroniques et protège durablement la santé de vos chevaux.

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Questions fréquentes

La dermatophilose à <em>Dermatophilus congolensis</em> peut théoriquement se transmettre entre animaux, notamment via le matériel de pansage partagé. En pratique, la contagion directe reste limitée ; c'est surtout l'environnement humide commun qui favorise les cas groupés. Il est néanmoins conseillé de ne pas partager les brosses et guêtres entre un cheval atteint et des chevaux sains.

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