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Santé équine

Teigne du cheval : causes, symptômes et traitements

Tout savoir sur la teigne du cheval : causes fongiques, signes cliniques, diagnostic vétérinaire, traitements antifongiques et mesures de prévention efficaces.

7 min de lecture1 290 mots

La teigne du cheval est une affection cutanée fongique fréquente dans les écuries, redoutée pour sa contagiosité et sa capacité à se propager rapidement au sein d'un effectif. Causée par des champignons microscopiques appelés dermatophytes — principalement Trichophyton equinum — elle se manifeste par des plaques de dépilation rondes, squameuses et caractéristiques. Si elle guérit souvent spontanément en quelques semaines, une prise en charge rigoureuse reste indispensable pour limiter la diffusion au sein du troupeau et protéger les soigneurs. Cet article vous guide à travers les mécanismes de la maladie, les signes à reconnaître, les options thérapeutiques disponibles et les bonnes pratiques de prévention recommandées par les experts vétérinaires.

Qu'est-ce que la teigne du cheval ?

La teigne du cheval, appelée scientifiquement dermatophytose équine, est une mycose cutanée superficielle. Elle est provoquée par des champignons kératinophiles — c'est-à-dire qui se nourrissent de kératine — appartenant aux genres Trichophyton et Microsporum. L'espèce la plus fréquemment isolée chez les équidés est Trichophyton equinum, bien que d'autres espèces puissent être impliquées selon les régions et les contextes d'élevage.

Ces champignons colonisent la couche cornée de l'épiderme et les follicules pileux, produisant des filaments (hyphes) et des spores microscopiques de quelques micromètres de diamètre. Ce sont ces spores qui constituent les éléments contagieux, capables de survivre très longtemps dans l'environnement — jusqu'à 12 mois sur du matériel de sellerie selon certaines études.

La teigne est également une zoonose potentielle : la transmission à l'être humain est possible, bien que le risque soit généralement faible avec T. equinum. Il dépend de l'espèce fongique impliquée, de l'intensité de l'exposition et du respect des mesures d'hygiène.

Causes et facteurs favorisants

Modes de transmission

La contamination peut survenir de deux façons :

  • Transmission directe : contact entre chevaux infectés et chevaux sains, notamment lors de rassemblements (concours, marchés, introductions dans l'effectif).
  • Transmission indirecte : via des fomites — brosses, étrilles, couvertures, tapis de selle, sangles, licols, filets, harnachements — mais aussi via les mains et vêtements des soigneurs. Les spores peuvent persister sur les sangles de selle jusqu'à 12 mois, ce qui en fait un vecteur particulièrement redoutable.

L'environnement lui-même (boxes, clôtures, murs) peut constituer un réservoir durable de spores, rendant la décontamination des locaux indispensable en cas d'épidémie.

Facteurs de risque

Plusieurs facteurs augmentent la probabilité d'infection ou aggravent son expression clinique :

  • L'âge : les jeunes chevaux de moins de 2 à 3 ans sont nettement plus susceptibles de développer des signes cliniques, leur immunité étant encore immature.
  • La saison : les cas sont plus fréquents en automne et en hiver, périodes de confinement accru et d'humidité élevée. Les études menées en Australie sur des pur-sang confirment une recrudescence lors des périodes humides.
  • Les microtraumatismes cutanés : lésions préexistantes (frottements du harnachement, plaies, infestations parasitaires par des poux) facilitent la pénétration des spores dans la peau.
  • La densité animale : le confinement en groupe et les mouvements fréquents d'animaux favorisent la diffusion rapide au sein d'un effectif.

Symptômes et évolution clinique

Signes cliniques caractéristiques

Après une période d'incubation de 1 à 6 semaines, les premiers signes apparaissent sous forme de :

  • Petites élévations cutanées de 2 à 5 mm de diamètre, ou zones de poils dressés de 5 à 20 mm.
  • Évolution rapide vers des plaques alopéciques rondes, recouvertes de squames grises, caractéristiques de la maladie.
  • Lésions souvent multiples, siégeant préférentiellement sur la tête, l'encolure et le thorax, ainsi que dans les zones de contact avec la selle et la sangle.

Le prurit est généralement absent ou très discret, sauf en cas d'association parasitaire (poux) ou de surinfection bactérienne secondaire. Cette absence de démangeaisons distingue la teigne d'autres dermatoses équines.

Évolution et guérison

Sans traitement, la résolution spontanée est possible en 2 à 3 mois, à mesure que l'immunité de l'animal se développe. Avec un traitement local adapté, la repousse du poil est souvent observée en 1 à 4 semaines.

Une première infection confère généralement une immunité durable : la réinfection est rare, sauf si l'espèce fongique impliquée est différente. Cependant, l'absence de traitement prolonge la période de contagiosité et expose l'ensemble de l'effectif à un risque de contamination.

Diagnostic vétérinaire

L'aspect clinique des lésions — plaques alopéciques rondes, squameuses, multiples, dans un contexte contagieux — oriente fortement vers le diagnostic de teigne. Cependant, toute lésion dermatologique n'est pas une teigne : le diagnostic différentiel inclut notamment la dermatophilose (infection bactérienne à Dermatophilus congolensis), les allergies cutanées ou d'autres mycoses.

La confirmation de certitude repose sur :

  • Un prélèvement de poils et de squames en périphérie des lésions actives.
  • Un examen microscopique direct à la recherche d'hyphes et de spores.
  • Une culture fongique sur milieu spécifique, permettant d'identifier l'espèce en cause.

Il faut noter que la culture peut être délicate : des études de laboratoire rapportent des taux de contamination des milieux de culture pouvant atteindre 36 % par des moisissures environnementales, rendant certains résultats ininterprétables. La qualité du prélèvement et le choix du milieu de culture sont donc déterminants pour obtenir un résultat fiable.

Traitement de la teigne chez le cheval

Traitement local antifongique

Le traitement local constitue la première ligne thérapeutique. L'antifongique de référence en médecine équine est l'énilconazole, appliqué par friction ou épongeage sur l'ensemble du corps — même si les lésions sont localisées — afin d'éliminer les spores présentes sur toute la surface cutanée.

Le schéma posologique couramment utilisé consiste à diluer l'énilconazole à 10 % pour obtenir une solution à 0,2 %, appliquée 4 fois à 3–4 jours d'intervalle. Plusieurs applications successives sont nécessaires pour obtenir une efficacité optimale.

Traitement systémique

Dans les cas sévères ou réfractaires au traitement local, un traitement systémique par griséofulvine per os peut être envisagé par le vétérinaire. Les posologies de référence sont :

  • Chez l'adulte : 5 à 10 mg/kg/jour pendant 3 à 6 semaines.
  • Chez le poulain : 15 mg/kg/jour pendant 2 à 4 semaines.

Ce traitement n'est cependant pas systématique : il n'est généralement pas recommandé lorsqu'une thérapeutique topique efficace est disponible. Des précautions importantes s'imposent : la griséofulvine est contre-indiquée en début de gestation (risque tératogène) et nécessite une surveillance des enzymes hépatiques lors d'administrations prolongées.

Décontamination de l'environnement

Le traitement du cheval seul est insuffisant. La décontamination de l'environnement est indispensable pour éviter les recontaminations :

  • Nettoyage et désinfection des boxes avec un désinfectant actif sur les spores fongiques (eau de Javel diluée).
  • Trempage du matériel de pansage, des couvertures et de la sellerie dans une solution antifongique.
  • Si une espèce tellurique est identifiée, traitement du sol du box à la Javel peut être envisagé.
  • Isolement des chevaux atteints ; les soigneurs doivent s'en occuper en dernier et porter des gants.

Prévention et bonnes pratiques en écurie

La prévention repose sur une hygiène rigoureuse et une gestion sanitaire proactive :

  • Matériel individualisé : chaque cheval doit disposer de son propre matériel de pansage (brosses, étrilles, éponges). Idéalement, le harnachement (licol, filet, sangle) est également individualisé.
  • Entretien régulier : tapis de selle et couvertures lavés régulièrement avec des produits fongicides.
  • Quarantaine des nouveaux arrivants : tout cheval introduit dans l'effectif doit être isolé et observé pendant une période suffisante avant d'intégrer le groupe.
  • Surveillance des concours et rassemblements : inspecter les chevaux au retour d'événements extérieurs et désinfecter le matériel utilisé.
  • Entretien de la peau : limiter les microtraumatismes cutanés liés au harnachement et traiter rapidement toute lésion cutanée préexistante.

Ces mesures simples, appliquées de façon systématique, permettent de réduire considérablement le risque d'introduction et de diffusion de la teigne au sein d'une écurie.

Conclusion

La teigne du cheval est une mycose cutanée bénigne dans la grande majorité des cas, mais sa contagiosité élevée en fait un véritable défi sanitaire en écurie. Une identification précoce, un traitement antifongique local rigoureux et une décontamination systématique de l'environnement et du matériel sont les piliers d'une prise en charge efficace. La prévention — hygiène, individualisation du matériel, quarantaine des nouveaux arrivants — reste le meilleur outil pour protéger durablement votre effectif. En cas de doute, consultez votre vétérinaire sans attendre.

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Questions fréquentes

Oui, la teigne est une zoonose potentielle, mais le risque de transmission à l'humain reste généralement faible avec <em>Trichophyton equinum</em>. Il est conseillé de porter des gants lors des soins et de se laver soigneusement les mains après tout contact avec un cheval atteint.

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