Le terme EGUS (Equine Gastric Ulcer Syndrome) désigne l'ensemble des lésions ulcéreuses et inflammatoires de l'estomac équin. La communauté vétérinaire distingue aujourd'hui deux entités bien distinctes, aux mécanismes et aux traitements différents.
Définition et classification de l'EGUS
ESGD : atteinte de la muqueuse squameuse
L'ESGD (Equine Squamous Gastric Disease) correspond aux lésions de la muqueuse non glandulaire, située dans la partie supérieure de l'estomac. Cette zone, dépourvue de protection naturelle contre l'acide, est particulièrement vulnérable. Les lésions se développent préférentiellement au niveau du margo plicatus, la ligne de jonction entre les deux types de muqueuse.
EGGD : atteinte de la muqueuse glandulaire
L'EGGD (Equine Glandular Gastric Disease) affecte la partie inférieure de l'estomac (cardia, fundus, antre pylorique) et parfois le duodénum proximal. Bien que cette muqueuse soit naturellement mieux protégée, elle peut être altérée par des facteurs spécifiques comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou un stress chronique. Le diagnostic de certitude repose dans les deux cas sur la gastroscopie, seul examen permettant de localiser, caractériser et évaluer la sévérité des lésions.
Prévalence : un problème massif et sous-estimé
Les données épidémiologiques sont éloquentes : l'ulcère gastrique n'est pas une pathologie rare, mais bien un problème de santé majeur dans de nombreuses populations équines.
- Pur-sang de course : 37 à 52 % hors entraînement, jusqu'à 100 % après 3 mois d'entraînement intensif (ESGD).
- Standardbred : 38 à 56 % hors entraînement, 72 à 88 % en entraînement.
- Chevaux d'endurance : 48 % hors compétition, 57 à 93 % en période d'entraînement.
- Showjumpers canadiens : jusqu'à 72 % pour l'EGGD.
- Polo poneys : 69 % d'EGGD rapportés dans certaines études.
- Chevaux peu sollicités : seulement 11 % dans certaines populations d'enseignement universitaire.
Une étude néo-zélandaise portant sur 171 chevaux de course a mis en évidence des lésions gastriques chez 88,3 % des animaux, sans différence significative entre races ni entre âges. Ces chiffres soulignent l'importance d'une surveillance proactive, notamment chez les chevaux soumis à un entraînement régulier.
Causes et facteurs de risque
L'estomac du cheval présente une particularité physiologique fondamentale : il sécrète de l'acide chlorhydrique en continu, même en l'absence de nourriture. La salive, riche en bicarbonates, et la présence de fibres alimentaires constituent les principaux tampons naturels. Toute perturbation de cet équilibre favorise l'apparition de lésions.
L'exercice : premier facteur de risque de l'ESGD
L'exercice est reconnu comme le principal facteur de risque des ulcères squameux. Au trot et au galop, l'augmentation de la pression abdominale projette le contenu acide de l'estomac vers la muqueuse squameuse non protégée. Une étude citée par l'IFCE illustre parfaitement ce phénomène : 37 % des chevaux de course présentaient des ulcères squameux avant l'entraînement, contre 100 % après seulement 3 mois de mise à l'entraînement.
Alimentation et mode de vie
À l'état naturel, les équidés consacrent plus de 60 % de leur temps au pâturage, assurant une ingestion quasi continue de fibres et une production salivaire abondante. Les pratiques modernes d'élevage — repas riches en concentrés, périodes de jeûne prolongées, box — réduisent drastiquement cet effet tampon. La diminution de la mastication entraîne moins de salive produite, donc une acidité gastrique moins neutralisée et une muqueuse plus exposée.
Médicaments et autres facteurs
Les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) sont fréquemment impliqués dans l'EGGD en altérant les mécanismes de défense de la muqueuse glandulaire (réduction de la production de mucus et de prostaglandines protectrices). Le stress chronique, les transports répétés et les changements brutaux d'environnement constituent également des facteurs aggravants reconnus.
Symptômes et diagnostic
Des signes cliniques peu spécifiques
Les manifestations de l'ulcère gastrique chez le cheval sont variables et souvent trompeuses. On observe fréquemment :
- Baisse d'appétit ou refus de certains aliments
- Coliques récurrentes ou aiguës
- Contre-performance ou refus au travail
- Perte de condition corporelle et amaigrissement
- Changements de comportement (irritabilité, sensibilité au pansage)
- Bruxisme (grincement de dents) et ptyalisme
Point crucial : il n'existe pas de corrélation épidémiologique solide entre la présence de signes cliniques et la présence d'ulcères confirmés à la gastroscopie. Un cheval peut présenter des lésions sévères sans signe apparent, et inversement. C'est pourquoi le diagnostic clinique seul est insuffisant.
La gastroscopie : examen de référence
La gastroscopie est le seul examen permettant de confirmer le diagnostic, de localiser les lésions (squameuses ou glandulaires), d'évaluer leur sévérité selon des échelles standardisées et d'adapter le traitement. Elle nécessite une préparation rigoureuse :
- Jeûne alimentaire de 12 heures avant l'examen
- Restriction hydrique d'au moins 8 heures pour permettre la vidange gastrique et la visualisation complète de la muqueuse
Une gastroscopie de contrôle est systématiquement recommandée en fin de traitement pour vérifier la cicatrisation. En cas de guérison incomplète ou de persistance des signes, le protocole thérapeutique est prolongé ou ajusté.
Traitement : protocoles selon le type de lésion
Le traitement de l'ulcère gastrique équin dépend du type de lésion identifié à la gastroscopie. Les approches diffèrent significativement entre ESGD et EGGD.
Traitement de l'ESGD (muqueuse squameuse)
L'oméprazole est la molécule de référence pour le traitement des ulcères squameux. C'est le seul médicament disposant d'une AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) pour le traitement des ulcères gastriques chez les équidés en France. Le protocole standard recommandé par l'IFCE est le suivant :
- Administration orale, une fois par jour, de préférence le matin à jeun
- Durée moyenne : 28 jours
- Optimisation : distribuer une grosse quantité de fourrage 60 à 90 minutes après l'administration pour maximiser l'effet du médicament
Les données cliniques confirment l'efficacité : un essai randomisé sur 60 pur-sang (EVJ, 2014) rapporte un taux de cicatrisation des lésions squameuses de 86 % et une amélioration de grade chez 96 % des chevaux traités à l'oméprazole.
Traitement de l'EGGD (muqueuse glandulaire)
L'oméprazole seul est peu efficace sur la muqueuse glandulaire, notamment au niveau de l'antre pylorique, et n'est pas recommandé en monothérapie pour l'EGGD. Le même essai EVJ 2014 ne rapporte qu'un taux de cicatrisation glandulaire de 14 % sous oméprazole seul, avec une aggravation des lésions glandulaires chez 36 % des chevaux. Les protocoles de première intention recommandés sont :
- Oméprazole PO 1 fois/jour + sucralfate PO 2 fois/jour : le sucralfate est administré 60 à 90 min après l'oméprazole (au moment du fourrage), puis une seconde fois environ 12 h plus tard (repas du soir).
- Misoprostol PO 2 fois/jour en alternative : attention, cette molécule est contre-indiquée chez les juments gestantes (risque de contractions utérines) et ne doit pas être manipulée par une femme enceinte.
Prévention et gestion au quotidien
La prévention de l'ulcère gastrique repose sur une approche globale combinant gestion alimentaire, adaptation de l'entraînement et réduction du stress. Voici les mesures clés recommandées :
- Accès au foin en quasi-continu : limiter les périodes de jeûne à moins de 4 à 6 heures maximum, notamment la nuit.
- Réduire la part des concentrés dans la ration et privilégier les fourrages de qualité comme base alimentaire.
- Distribuer du foin avant l'exercice pour créer un tampon physique dans l'estomac et limiter les projections acides.
- Limiter l'usage des AINS aux situations strictement nécessaires et toujours sous contrôle vétérinaire.
- Réduire les sources de stress : favoriser la vie en groupe ou en contact visuel avec d'autres chevaux, limiter les transports répétés.
- Surveiller régulièrement les chevaux à risque (course, sport intensif) par gastroscopie de contrôle, même en l'absence de signes cliniques évidents.
L'IFCE insiste sur la nécessité de combiner systématiquement mesures thérapeutiques et modifications de la gestion pour obtenir une guérison durable et prévenir les récidives, très fréquentes si les facteurs de risque ne sont pas corrigés.
Conclusion
Cet article vous a plu ? Réagissez !
Questions fréquentes
Il est impossible de confirmer un ulcère gastrique sans gastroscopie. Les signes cliniques (coliques, baisse d'appétit, contre-performance) sont évocateurs mais non spécifiques. Un cheval peut avoir des lésions sévères sans aucun symptôme apparent. Seule l'endoscopie permet un diagnostic de certitude.
Notez cet article
📚 Sources et références
- [1]
- [2]
- [3]
- [4]
- [5]
- [6]
Articles liés

Fourbure chez le cheval : causes, symptômes et traitements
La fourbure du cheval, également appelée laminite, est l'une des affections les plus redoutées en médecine équine. Elle se définit comme une inflammation douloureuse des lamelles du pied, ces tissus q...
Lire l'article →
Vermifuge cheval : guide complet pour une vermifugation raisonnée
La vermifugation du cheval a profondément évolué ces dernières années. Finie la rotation systématique toutes les six à huit semaines : les recommandations actuelles de l'AAEP (révisées en mai 2024), d...
Lire l'article →
Gale de boue chez le cheval : causes, symptômes et traitements
La gale de boue est l'une des affections cutanées les plus redoutées des propriétaires de chevaux en hiver. Pourtant, ce terme courant est scientifiquement trompeur : il ne s'agit pas d'une véritable ...
Lire l'article →
Rhinopneumonie du cheval : tout savoir sur cette maladie virale
La rhinopneumonie équine est l'une des maladies virales les plus répandues dans les populations de chevaux domestiques à travers le monde. Causée par des herpèsvirus équins — principalement EHV-1 et E...
Lire l'article →
Anatomie du cheval : guide complet et illustré
Comprendre l'anatomie du cheval est indispensable pour tout cavalier, éleveur ou professionnel de la filière équine. Loin d'être une discipline réservée aux vétérinaires, cette connaissance permet d'o...
Lire l'article →
Foin pour cheval : guide complet nutrition et qualité
Le foin constitue la pierre angulaire de l'alimentation du cheval. En tant qu'herbivore non-ruminant, le cheval est physiologiquement conçu pour ingérer des fibres en continu : à l'état naturel, il pa...
Lire l'article →Commentaires
Connectez-vous pour laisser un commentaire et rejoindre la communauté Guide Cheval
Restez informé
Recevez nos meilleurs articles sur le monde équestre directement dans votre boîte mail.
Pas de spam. Désinscription possible à tout moment.

