Plusieurs groupes parasitaires sont concernés par la vermifugation équine. Leur importance varie selon l'âge du cheval, la saison et le contexte d'élevage.
Les principaux parasites internes du cheval
Petits et grands strongles
Les petits strongles (cyathostomes) sont les parasites les plus fréquents chez le cheval adulte. Leurs larves peuvent s'enkyster dans la paroi du côlon, rendant leur élimination difficile. Dans un élevage correctement vermifugé, 99 % des œufs de strongles observés à la coproscopie sont des petits strongles.
Les grands strongles (notamment Strongylus vulgaris) sont historiquement très pathogènes : leurs larves migrent dans les vaisseaux mésentériques et peuvent provoquer des coliques graves. Bien que moins fréquents aujourd'hui, leur présence reste un enjeu sanitaire majeur. Distinguer petits et grands strongles nécessite une coproculture associée à une PCR en laboratoire spécialisé.
Ascarides, ténias, oxyures et gastérophiles
- Ascarides (Parascaris spp.) : concernent principalement les poulains et jeunes chevaux. Ils peuvent provoquer des coliques sévères, voire des occlusions intestinales. Les résistances aux ivermectines sont documentées chez cette espèce.
- Ténias (Anoplocephala perfoliata) : présents dans 20 à 80 % des chevaux selon la zone géographique. Leur excrétion d'œufs est intermittente, ce qui rend la coproscopie classique peu sensible pour les détecter.
- Oxyures (Oxyuris equi) : responsables d'un prurit anal intense. Leurs œufs se retrouvent surtout sur la région périnéale, rarement dans les crottins, ce qui complique le diagnostic coproscopique.
- Gastérophiles (bots) : larves de mouches parasitant l'estomac ; leur prise en charge s'intègre dans une stratégie saisonnière, généralement en fin d'automne après les premières gelées.
Diagnostic parasitaire : la coproscopie au cœur de la stratégie
La coproscopie (FEC, Fecal Egg Count) est l'outil de référence pour évaluer la charge parasitaire d'un cheval et orienter les décisions de traitement. Elle consiste à observer et compter au microscope les œufs présents dans les crottins, avec un résultat exprimé en opg (œufs par gramme).
Quand et comment réaliser une coproscopie ?
Pour obtenir un résultat fiable, la coproscopie doit être réalisée au minimum 2 à 3 mois après le dernier vermifuge (selon la molécule utilisée et sa durée d'action), afin d'éviter des faux négatifs. L'AAEP recommande 1 à 2 coproscopies par an pour les adultes, afin de classer chaque cheval selon son niveau d'excrétion.
Point crucial souligné par l'AAEP 2024 : il n'existe pas de corrélation directe entre le FEC et les lésions cliniques. Un cheval peut présenter une excrétion faible tout en hébergeant des stades larvaires pathogènes enkystés. La coproscopie oriente le traitement, mais ne remplace pas l'évaluation clinique globale.
Seuils d'excrétion et stratification des chevaux
Les seuils communément utilisés pour classer les chevaux sont :
- Faible excréteur : 0 à 200 opg
- Excréteur modéré : 200 à 500 opg
- Fort excréteur : > 500 opg
Selon l'IFCE, seulement 20 à 30 % des chevaux sont de forts excréteurs, mais ils produisent la grande majorité de la contamination des pâtures. Une étude américaine portant sur 58 329 coproscopies issues de 141 pratiques vétérinaires dans 37 États (2019–2022) a confirmé que 18,1 % des chevaux contribuent à 80 % de l'excrétion totale — un phénomène dit de sur-dispersion.
Le FECRT : tester l'efficacité des vermifuges
Le FECRT (Fecal Egg Count Reduction Test) est le gold standard pour détecter les résistances. Il compare les FEC avant traitement et 10 à 14 jours après, et exprime le résultat en pourcentage de réduction. L'AAEP 2024 recommande de réaliser ce test au moins une fois par an. Un objectif de > 95 % de réduction à J14 est généralement visé pour valider l'efficacité d'une molécule.
Stratégies de vermifugation selon l'âge
La vermifugation raisonnée ne se résume pas à un protocole unique. Elle s'adapte à l'âge du cheval, à son statut excréteur et au contexte épidémiologique de l'élevage.
Chevaux adultes : la vermifugation sélective
Pour les adultes, l'ESCCAP France recommande une vermifugation sélective basée sur les coproscopies :
- 4 examens de crottins la première année, puis 3 par an
- Traitement déclenché si le seuil de 200 opg est dépassé
- Recontrôle post-traitement pour vérifier la baisse significative de l'excrétion
L'AAEP préconise un minimum de 1 à 2 traitements par an pour tous les chevaux (couverture de base), avec des traitements supplémentaires ciblés chez les forts excréteurs. Les saisons à risque (printemps et automne) correspondent aux périodes où les comptages d'œufs sont généralement les plus élevés.
Poulains et jeunes chevaux : un plan plus structuré
Les poulains ayant accès à l'herbe suivent un plan stratégique défini par l'ESCCAP France :
- 4 semaines : traitement contre Strongyloides westeri uniquement si démontré par coproscopie dans l'élevage
- 2 mois : petits strongles, Parascaris, grands strongles (stades larvaires) ; coproscopie de contrôle à 3 mois recommandée
- 5 mois : petits strongles, Parascaris, ténias si présence constatée
- 8 mois : petits strongles, Parascaris, grands strongles, ténias et gastérophiles si indiqués
Pour les jeunes chevaux de 1 à 4 ans, quatre périodes de traitement par an sont conseillées (printemps, début été, fin été/début automne, fin automne), avec coproscopies et contrôle d'efficacité intégrés.
Résistances aux vermifuges : un enjeu majeur
Les résistances aux anthelminthiques constituent aujourd'hui l'une des principales menaces en parasitologie équine. L'ESCCAP France les qualifie de problème actuel, notamment pour les ascarides, les petits strongles et les oxyures.
Deux facteurs principaux favorisent leur développement :
- Le sous-dosage : un cheval dont le poids est sous-estimé reçoit une dose insuffisante, ce qui sélectionne les individus parasitaires résistants. L'IFCE propose un outil de calcul du poids basé sur la mesure du périmètre thoracique pour limiter ce risque.
- La vermifugation trop fréquente : traiter tous les chevaux à intervalles fixes exerce une pression de sélection intense sur les populations parasitaires, accélérant l'émergence de résistances.
L'abandon des rotations « aveugles » de molécules et des traitements systématiques toutes les 6 à 8 semaines est désormais une recommandation ferme des lignes directrices AAEP 2024. Seul le FECRT annuel permet de s'assurer que les molécules utilisées restent efficaces dans un élevage donné.
Prévention non médicamenteuse et gestion de l'environnement
La vermifugation ne peut être efficace sans une gestion rigoureuse de l'environnement. Une grande partie du réservoir parasitaire se trouve dans les pâtures et les boxes, pas dans le cheval lui-même.
- Ramassage fréquent des crottins : c'est la mesure la plus efficace pour réduire la contamination des pâtures et interrompre le cycle parasitaire.
- Éviter le surpâturage et la surdensité : plus la densité de chevaux est élevée sur une parcelle, plus la contamination est rapide.
- Rotation des parcelles : laisser reposer les pâtures permet de réduire naturellement la charge en larves infestantes.
- Quarantaine stricte des nouveaux arrivants (ESCCAP) : tout cheval entrant dans un élevage doit faire l'objet d'une coproscopie, d'un traitement adapté et d'un contrôle d'efficacité avant d'être mis en contact avec les autres chevaux. Cette mesure est essentielle pour éviter l'introduction de souches résistantes.
L'approche intégrée — combinant gestion de l'environnement, biosécurité et vermifugation ciblée — est aujourd'hui le standard recommandé par l'ensemble des autorités scientifiques.
Conclusion
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Questions fréquentes
Il n'existe plus de fréquence fixe universelle. L'AAEP recommande un minimum de 1 à 2 traitements par an pour tous les adultes, complétés par des traitements ciblés chez les forts excréteurs (>500 opg). La décision se base sur des coproscopies réalisées 1 à 2 fois par an.
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📚 Sources et références
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