coproscopie cheval — Guide Cheval
Santé équine

Coproscopie cheval : guide complet pour une vermifugation raisonnée

Tout savoir sur la coproscopie cheval : définition, seuils EPG, parasites détectés, FECRT et stratégie de vermifugation raisonnée. Guide expert vétérinaire.

8 min de lecture1 409 mots
La coproscopie est aujourd'hui l'outil de référence pour piloter la vermifugation des chevaux de façon raisonnée et responsable. Concrètement, il s'agit d'analyser au microscope les crottins d'un cheval afin de détecter et de quantifier les œufs de parasites qu'il excrète, un résultat exprimé en œufs par gramme (OPG ou EPG). Loin d'être un simple examen de routine, la coproscopie permet d'identifier les « forts excréteurs » qui contaminent les pâtures, d'évaluer l'efficacité réelle d'un vermifuge et de limiter l'émergence de résistances anthelminthiques. Dans un contexte où les traitements systématiques « à l'aveugle » sont de plus en plus remis en question, maîtriser cet outil est devenu indispensable pour tout propriétaire ou professionnel soucieux de la santé de ses chevaux.

Définition et objectifs de la coproscopie équine

La coproscopie équine, aussi appelée FEC (Fecal Egg Count), consiste à observer et à compter au microscope les œufs de parasites présents dans les crottins d'un cheval. Le résultat est exprimé en nombre d'œufs par gramme (OPG/EPG) de matières fécales. Cet examen est réalisé par un vétérinaire ou un laboratoire spécialisé à partir d'un échantillon frais de crottins.

Ses objectifs sont multiples et complémentaires :

  • Identifier les forts excréteurs au sein d'un troupeau pour cibler les traitements et réduire la contamination des pâtures.
  • Orienter le choix de la molécule vermifuge, notamment chez le poulain où les parasites dominants diffèrent de ceux de l'adulte.
  • Évaluer l'efficacité d'un anthelminthique via le test de réduction d'excrétion d'œufs (FECRT), en comparant les résultats avant et après traitement.
  • Limiter la pression de sélection sur les parasites et ralentir l'émergence de résistances aux vermifuges.

Parasites détectés et limites diagnostiques

Ce que la coproscopie permet de détecter

La coproscopie standard permet principalement de détecter et de quantifier les œufs de deux grands groupes parasitaires :

  • Les strongylidés (strongles) : petits et grands strongles, dont les cyathostomes qui représentent, dans les élevages correctement vermifugés, environ 99 % des œufs de strongles observés.
  • Parascaris equorum/spp. (ascarides) : particulièrement importants chez le poulain.

Il est important de noter que la anatomie/morphologie-cheval" class="cocon-link" title="morphologie du cheval">morphologie des œufs ne permet pas de distinguer les petits strongles des grands strongles : une coproculture ou des techniques complémentaires (identification larvaire) sont nécessaires pour aller au niveau de l'espèce.

Les limites importantes à connaître

La coproscopie présente des angles morts diagnostiques qu'il est essentiel de connaître pour ne pas l'utiliser seule comme outil de décision :

  • Oxyures (Oxyuris equi) : les œufs sont déposés autour de l'anus et peu retrouvés dans les crottins. Une méthode au ruban adhésif périnéal est plus adaptée.
  • Ténias (Anoplocephala perfoliata) : l'excrétion d'œufs est intermittente, rendant la coproscopie peu fiable pour établir le statut. Un test sérologique ou salivaire est préférable.
  • Larves enkystées de petits strongles (cyathostomes) : peu ou pas détectables par coproscopie alors qu'elles peuvent être à l'origine de formes cliniques graves (cyathostominose larvaire).
  • Absence de corrélation directe entre le niveau d'EPG et la charge parasitaire réelle en stades pathogènes (larves) : un cheval avec un faible EPG peut héberger une charge larvaire enkystée significative.

Protocoles, seuils de décision et interprétation des résultats

Les seuils EPG pour décider de traiter

Chez le cheval adulte (≥ 3 ans), les seuils usuels de classification sont les suivants :

  • Faible excréteur : < 200 EPG → surveillance, pas de traitement immédiat nécessaire.
  • Excréteur modéré : 200 à 500 EPG → décision à adapter selon le contexte de l'exploitation.
  • Fort excréteur : > 500 EPG → traitement recommandé.

L'IFCE propose un seuil de décision à choisir entre 200 et 500 EPG selon les pratiques de l'exploitation. Statistiquement, seuls 20 à 30 % des chevaux adultes sont de forts excréteurs, mais ils sont responsables d'environ 80 % de la contamination des pâtures (règle dite « 20/80 »). Dans une population adulte, on estime que 50 à 75 % des chevaux sont de faibles excréteurs, 10 à 20 % modérés et 15 à 30 % forts excréteurs.

Délais à respecter avant l'analyse

Pour obtenir un résultat interprétable, il est indispensable de respecter un délai suffisant après le dernier traitement vermifuge :

  • Au minimum 8 semaines après un traitement par benzimidazole, pyrantel ou ivermectine.
  • Au minimum 12 semaines après un traitement par moxidectine, dont la rémanence est plus longue.
  • L'IFCE recommande d'attendre 2 à 3 mois après le dernier vermifuge avant toute coproscopie d'évaluation.

Un prélèvement trop précoce conduirait à un résultat faussement négatif, sans rapport avec le statut parasitaire réel du cheval.

Le FECRT : tester l'efficacité des vermifuges

Le Fecal Egg Count Reduction Test (FECRT) est le test de référence pour évaluer l'efficacité d'un anthelminthique et détecter d'éventuelles résistances parasitaires. Son protocole est simple :

  • J0 : coproscopie avant traitement (le cheval doit présenter un EPG suffisant pour que le test soit interprétable).
  • J+14 : coproscopie de contrôle, 14 jours après l'administration du vermifuge.

La réduction d'excrétion est calculée en pourcentage. Une réduction insuffisante par rapport aux seuils attendus selon la classe de molécule utilisée signe une résistance anthelminthique. L'AAEP recommande de réaliser des FECRT annuels à l'échelle de l'écurie ou du troupeau pour s'assurer de l'efficacité réelle des traitements utilisés.

Parasites en cause et signes cliniques associés

La coproscopie n'est pas un outil de diagnostic de maladie à proprement parler, mais elle s'inscrit dans une démarche de prévention des pathologies parasitaires. Voici les principaux tableaux cliniques que les parasites détectés peuvent provoquer :

  • Ascaridose (Parascaris spp.) chez le poulain : retard de croissance, amaigrissement, toux lors de la migration larvaire pulmonaire. Des occlusions intestinales par pelotes d'ascarides peuvent survenir, parfois mortelles.
  • Strongylose à cyathostomes : coliques, troubles digestifs, amaigrissement. L'émergence massive de larves enkystées en fin d'hiver peut provoquer une cyathostominose larvaire avec diarrhée aiguë profuse et hypoprotéinémie, potentiellement fatale.
  • Grands strongles (Strongylus vulgaris) : migration larvaire dans les artères mésentériques pouvant entraîner des thrombo-embolies et des coliques graves, voire mortelles.
  • Ténias (Anoplocephala perfoliata) : coliques, risque d'invagination iléo-cæcale.

Ces signes cliniques soulignent l'importance d'une surveillance régulière, même en l'absence de symptômes évidents.

Stratégie de vermifugation raisonnée guidée par la coproscopie

Chez l'adulte : cibler les forts excréteurs

La coproscopie est le pilier de la vermifugation ciblée, qui remplace progressivement les traitements systématiques à intervalles fixes. La stratégie recommandée pour les adultes est la suivante :

  • Printemps/été : réaliser une coproscopie et traiter uniquement les forts excréteurs (> 200 à 500 EPG selon le seuil retenu).
  • Automne : traiter l'ensemble des chevaux pour couvrir les parasites mal détectés par la coproscopie (ténias, larves enkystées de cyathostomes).
  • Les faibles excréteurs stables peuvent ne recevoir qu'un seul traitement par an, réduisant ainsi la pression de sélection.

Cette approche repose sur la règle 20/80 : en traitant les 20 à 30 % de forts excréteurs, on réduit drastiquement la contamination des pâtures pour l'ensemble du troupeau.

Chez le poulain et le jeune cheval

Les poulains ont un profil parasitaire différent des adultes et nécessitent une approche adaptée :

  • Les ascarides (Parascaris spp.) sont le parasite prioritaire chez le jeune, car ils sont plus pathogènes et les poulains n'ont pas encore développé d'immunité.
  • La coproscopie permet d'orienter le choix de la molécule : en cas d'œufs d'ascarides dominants, le fenbendazole ou le pyrantel sont préférés à l'ivermectine (résistances fréquentes de Parascaris à l'ivermectine documentées).
  • Les poulains doivent être suivis plus fréquemment, avec des coproscopies régulières dès les premiers mois de vie.

Prévention et bonnes pratiques de surveillance

La coproscopie s'intègre dans une démarche globale de gestion sanitaire qui inclut des mesures non médicamenteuses essentielles :

  • Établir un statut excréteur individuel fiable : l'IFCE recommande de réaliser au moins 3 coproscopies la première année (printemps, été, automne), puis 2 la deuxième année, pour classer chaque cheval de façon fiable.
  • Gestion des pâtures : ramasser régulièrement les crottins (idéalement 2 à 3 fois par semaine), alterner les pâtures, éviter le surpâturage. L'IFCE rappelle qu'une grande majorité des formes parasitaires infestantes se trouve dans l'environnement (pâtures et boxes).
  • Quarantaine et coproscopie à l'entrée : tout nouveau cheval intégrant une écurie devrait faire l'objet d'une coproscopie et d'un FECRT avant d'être mis en contact avec les autres.
  • Limiter la rotation des molécules sans raison : ne changer de classe d'anthelminthique qu'en cas de résistance avérée par FECRT, et non par principe de rotation systématique.
  • Tenir un registre de vermifugation : noter les dates de traitement, les molécules utilisées et les résultats de coproscopie pour chaque cheval.

Ces mesures combinées permettent de préserver l'efficacité des vermifuges disponibles sur le long terme, un enjeu majeur face à la progression des résistances anthelminthiques chez les strongles équins.

Conclusion

La coproscopie équine est bien plus qu'un simple examen de laboratoire : c'est le fondement d'une gestion parasitaire moderne, raisonnée et durable. En identifiant les forts excréteurs, en guidant le choix des molécules et en permettant de tester leur efficacité via le FECRT, elle contribue directement à préserver la santé des chevaux et à lutter contre l'émergence des résistances anthelminthiques. Associée à une bonne gestion des pâtures et à un suivi régulier, elle constitue l'outil incontournable de tout programme sanitaire équin responsable.

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Questions fréquentes

Prélevez un échantillon frais de crottins (environ 30 à 50 g) directement dans le crottin, en évitant le contact avec le sol. Placez-le dans un sachet hermétique ou un pot à prélèvement et conservez-le au réfrigérateur (4°C) si l'analyse n'est pas immédiate. L'idéal est de l'acheminer au laboratoire dans les 24 à 48 heures.

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