cornage cheval — Guide Cheval
Santé équine

Cornage chez le cheval : causes, diagnostic et traitements

Tout savoir sur le cornage chez le cheval : définition, symptômes, diagnostic endoscopique, chirurgie et résultats. Guide expert complet.

8 min de lecture1 489 mots
Le cornage est l'une des affections respiratoires les plus connues en médecine équine. Caractérisé par un bruit inspiratoire anormal — sifflement ou ronflement — surtout perceptible à l'effort, il traduit le plus souvent une paralysie partielle ou totale du larynx. Derrière ce terme clinique se cache principalement la neuropathie laryngée récurrente (RLN), une dégénérescence progressive du nerf laryngé récurrent entraînant l'incapacité du larynx à s'ouvrir correctement lors de l'inspiration. Touchant préférentiellement les grands chevaux — Pur-sang, warmbloods, chevaux de trait — le cornage peut compromettre sérieusement les performances sportives. Heureusement, les techniques diagnostiques et chirurgicales modernes permettent aujourd'hui d'obtenir des résultats très satisfaisants dans la majorité des cas.

Définition et mécanisme du cornage

Le terme cornage (en anglais roaring) désigne une affection du cheval caractérisée par l'émission d'un bruit respiratoire anormal, principalement inspiratoire, lié à une obstruction partielle des voies aériennes supérieures au niveau du larynx. Dans l'immense majorité des cas, il correspond à l'hémiplégie laryngée (HL), également appelée neuropathie laryngée récurrente (Recurrent Laryngeal Neuropathy, RLN).

Le mécanisme est le suivant : le nerf laryngé récurrent (NLR) subit une démyélinisation progressive et une perte axonale, entraînant l'atrophie neurogène puis la paralysie du muscle cricoaryténoïdien dorsal (CAD), principal abducteur du larynx. Le cartilage aryténoïde — le plus souvent gauche — ne peut plus s'écarter suffisamment lors de l'inspiration. Il en résulte une réduction du diamètre des voies aériennes, une augmentation des résistances inspiratoires, des turbulences et le bruit caractéristique, ainsi qu'une intolérance à l'exercice pouvant être sévère.

La prédominance gauche s'explique par le trajet anatomique plus long du nerf laryngé récurrent gauche, qui contourne la crosse aortique avant de remonter vers le larynx, le rendant plus vulnérable à la dégénérescence axonale.

Épidémiologie et facteurs de risque

Prévalence selon les races

Le cornage touche inégalement les différentes races équines, avec une nette prédisposition des grands gabarits :

  • Pur-sang (Thoroughbred) : prévalence estimée entre 2 % et 19 % selon les études et les critères diagnostiques retenus. Une partie des chevaux présentent une asymétrie laryngée sans retentissement clinique ; certaines sources mentionnent jusqu'à 40 % d'asymétries ou d'asynchronies dans les populations de grands chevaux, sans forcément de conséquences fonctionnelles.
  • Chevaux de trait : prévalence nettement plus élevée, entre 35 % et 46 % selon les races. Une étude transversale menée sur 183 chevaux lors d'un concours de trait aux États-Unis (Michigan, 2005) a relevé une prévalence globale de 35 %, avec des disparités raciales : 42 % chez les Belges, 31 % chez les Percherons et 17 % chez les Clydesdales.
  • Warmbloods et autres grandes races sportives : également concernés, avec un risque corrélé à la taille au garrot.

Sur le plan de la latéralité, une série clinique de référence (Dixon, 2001 ; n=375 cas référés) rapporte 96 % d'atteintes gauches, 2 % droites et 2 % bilatérales.

Facteurs de risque identifiés

La RLN est considérée comme multifactorielle, avec une contribution génétique et environnementale :

  • Taille et gabarit : le facteur de risque le mieux documenté. Une étude GWAS menée chez le Pur-sang a mis en évidence une association entre la RLN et le locus LCORL/NCAPG, également impliqué dans la taille au garrot, confirmant une corrélation phénotypique et génétique entre hauteur et grade de RLN.
  • Héritabilité : estimée entre 32 % et 46 % selon les études, ce qui justifie une attention particulière à la sélection des reproducteurs.
  • Causes secondaires : dans une série de 375 cas, 94 % relevaient d'une RLN idiopathique et seulement 6 % d'une paralysie laryngée d'autre origine. Ces causes secondaires incluent la mycose des poches gutturales, les traumatismes ou tumeurs de la région tête-encolure, les complications infectieuses ou virales, et certaines intoxications.

Symptômes et présentation clinique

Le signe cardinal du cornage est l'émission d'un bruit respiratoire anormal à l'inspiration, décrit comme un sifflement, un ronflement ou un « roar » (grondement). Ce bruit est :

  • Principalement audible à l'effort (trot, galop), parfois absent ou discret au repos dans les formes légères.
  • D'intensité variable selon le grade de paralysie et le niveau d'effort fourni.
  • Parfois perceptible au repos dans les formes sévères (grades 3–4).

L'autre symptôme majeur est l'intolérance à l'exercice : baisse de performance, essoufflement prématuré, récupération difficile. Chez les chevaux de course ou de sport de haut niveau, cette limitation peut être le premier signe alertant le cavalier ou l'entraîneur avant même que le bruit soit clairement identifié.

Il est important de noter le caractère évolutif de l'affection : une atteinte légère peut s'aggraver progressivement avec le temps, justifiant une surveillance régulière même en l'absence de retentissement clinique immédiat.

Diagnostic du cornage

Endoscopie : l'examen de référence

L'endoscopie des voies aériennes supérieures est l'outil diagnostique incontournable. Deux modalités sont utilisées :

  • Endoscopie au repos : permet d'observer l'asymétrie des aryténoïdes et d'attribuer un grade. Utile surtout pour les atteintes marquées, mais peut sous-estimer les formes légères ou dynamiques.
  • Endoscopie dynamique à l'exercice (sur tapis roulant ou avec endoscope embarqué overground) : considérée comme le gold standard. Elle permet de relier directement l'anomalie laryngée à l'effort, d'objectiver le collapsus et de distinguer le cornage d'autres obstructions dynamiques (voile du palais, épiglotte, replis ary-épiglottiques).

La gradation endoscopique couramment utilisée (échelle 1–4) est la suivante :

  • Grade 1 : mouvements synchrones et symétriques, abduction complète — normal.
  • Grade 2 : asynchronie ou asymétrie intermittente, mais abduction complète possible.
  • Grade 3 : asynchronie ou asymétrie persistante, abduction complète impossible.
  • Grade 4 : paralysie complète, absence de mouvement de l'aryténoïde.

Échographie laryngée : outil complémentaire

L'échographie laryngée constitue un examen complémentaire non invasif utile, notamment pour le dépistage. Des études menées chez les warmbloods rapportent une sensibilité pouvant atteindre 100 % chez les chevaux de moins de 5 ans pour la RLN, avec une forte corrélation avec l'endoscopie au repos. Pour les mesures transversales comparées à l'endoscopie overground, la sensibilité est de 73 % et la spécificité de 88 %.

Cependant, l'échographie ne remplace pas l'endoscopie à l'exercice pour évaluer la fonction dynamique du larynx : elle reste un outil de dépistage et d'orientation diagnostique, particulièrement utile en pratique de terrain.

Traitements chirurgicaux et résultats

Techniques chirurgicales principales

Pour les formes cliniquement significatives (grades 3–4 ou baisse de performance notable), le traitement est essentiellement chirurgical. Deux techniques sont principalement utilisées :

  • Ventriculocordectomie / cordectomie (souvent réalisée au laser transendoscopique) : vise à réduire le bruit et à limiter les effets de vibration et d'obstruction de la corde vocale. Souvent associée à la laryngoplastie.
  • Laryngoplastie prothétique (« tie-back ») : mise en place d'une prothèse fixant le cartilage aryténoïde en position plus ouverte, mimant l'action du muscle abducteur paralysé. Elle améliore le débit d'air inspiratoire et réduit l'intolérance à l'effort.
  • Aryténoïdectomie partielle : indiquée principalement après échec de la laryngoplastie ou en cas de chondrite aryténoïdienne.

Résultats publiés et complications

Les données de la littérature permettent d'apprécier l'efficacité des interventions :

  • Laryngoplastie + ventriculocordectomie laser (n=78 Pur-sang) : retour en course chez 82 % des chevaux ayant couru avant la chirurgie et chez 75 % de ceux n'ayant pas encore couru. Les indices de performance (PI et Beyer Speed Figures) ont été restaurés à des valeurs préopératoires chez 73 % à 78 % des chevaux.
  • Aryténoïdectomie partielle (n=69) : 80 % des chevaux ont couru après la chirurgie, dont 67 % au moins cinq fois. Le délai médian entre la chirurgie et la première course était de 6 mois (intervalle : 2–20 mois). 16 % ont nécessité une seconde intervention pour retirer du tissu de granulation intralaryngé.

Les complications possibles incluent les fausses déglutitions, la pneumonie d'aspiration, les maladies des voies respiratoires basses et l'échec chirurgical nécessitant une réintervention. Ces risques doivent être discutés avec le propriétaire avant toute décision opératoire.

Prévention et gestion à long terme

La prévention primaire de la RLN idiopathique reste limitée, l'étiologie exacte n'étant pas complètement élucidée. Néanmoins, plusieurs axes de gestion sont recommandés :

  • Gestion du risque génétique : compte tenu d'une héritabilité estimée entre 32 % et 46 %, il est conseillé d'éviter de reproduire des sujets fortement atteints ou issus de familles à forte incidence. La recherche génomique (GWAS) ouvre des perspectives pour le dépistage précoce des sujets à risque.
  • Dépistage endoscopique précoce : recommandé chez les chevaux destinés à la performance ou à la vente, idéalement par endoscopie au repos et à l'effort. Un diagnostic précoce permet d'adapter l'entraînement et d'anticiper la prise en charge chirurgicale avant une dégradation trop avancée.
  • Surveillance évolutive : les atteintes légères (grades 1–2) ne nécessitent pas forcément d'intervention immédiate, mais doivent être réévaluées régulièrement, car le caractère progressif de la neuropathie peut conduire à une aggravation.
  • Prévention des causes secondaires : traitement rigoureux des infections des poches gutturales, surveillance des traumatismes cervicaux et bilan complet avant toute décision thérapeutique pour éliminer une étiologie curable.

Conclusion

Le cornage demeure l'une des affections respiratoires les plus fréquentes et les plus impactantes chez le cheval de sport et de travail. Grâce aux progrès de l'endoscopie dynamique et des techniques chirurgicales, le diagnostic est aujourd'hui précis et les résultats post-opératoires encourageants, avec un retour à la performance chez la grande majorité des chevaux traités. Une détection précoce, une évaluation rigoureuse du grade et une prise en charge adaptée à la discipline restent les clés d'un pronostic favorable.

Cet article vous a plu ? Réagissez !

Questions fréquentes

Le signe le plus caractéristique est un bruit respiratoire anormal — sifflement ou ronflement — principalement audible à l'inspiration lors de l'effort (trot, galop). Une baisse de performance inexpliquée ou un essoufflement prématuré peuvent également alerter. Seul un vétérinaire peut confirmer le diagnostic par endoscopie.

Notez cet article

📚 Sources et références

Articles liés

fourbure cheval — Guide Cheval
Santé

Fourbure chez le cheval : causes, symptômes et traitements

La fourbure du cheval, également appelée laminite, est l'une des affections les plus redoutées en médecine équine. Elle se définit comme une inflammation douloureuse des lamelles du pied, ces tissus q...

Lire l'article →
vermifuge cheval — Guide Cheval
Santé

Vermifuge cheval : guide complet pour une vermifugation raisonnée

La vermifugation du cheval a profondément évolué ces dernières années. Finie la rotation systématique toutes les six à huit semaines : les recommandations actuelles de l'AAEP (révisées en mai 2024), d...

Lire l'article →
gale de boue cheval — Guide Cheval
Santé

Gale de boue chez le cheval : causes, symptômes et traitements

La gale de boue est l'une des affections cutanées les plus redoutées des propriétaires de chevaux en hiver. Pourtant, ce terme courant est scientifiquement trompeur : il ne s'agit pas d'une véritable ...

Lire l'article →
rhinopneumonie cheval — Guide Cheval
Santé

Rhinopneumonie du cheval : tout savoir sur cette maladie virale

La rhinopneumonie équine est l'une des maladies virales les plus répandues dans les populations de chevaux domestiques à travers le monde. Causée par des herpèsvirus équins — principalement EHV-1 et E...

Lire l'article →
anatomie du cheval — Guide Cheval
Anatomie

Anatomie du cheval : guide complet et illustré

Comprendre l'anatomie du cheval est indispensable pour tout cavalier, éleveur ou professionnel de la filière équine. Loin d'être une discipline réservée aux vétérinaires, cette connaissance permet d'o...

Lire l'article →
foin cheval — Guide Cheval
Nutrition

Foin pour cheval : guide complet nutrition et qualité

Le foin constitue la pierre angulaire de l'alimentation du cheval. En tant qu'herbivore non-ruminant, le cheval est physiologiquement conçu pour ingérer des fibres en continu : à l'état naturel, il pa...

Lire l'article →

Commentaires

Connectez-vous pour laisser un commentaire et rejoindre la communauté Guide Cheval

Restez informé

Recevez nos meilleurs articles sur le monde équestre directement dans votre boîte mail.

Pas de spam. Désinscription possible à tout moment.