rhinopneumonie cheval — Guide Cheval
Santé équine

Rhinopneumonie du cheval : tout savoir sur cette maladie virale

Rhinopneumonie cheval : causes, symptômes respiratoires, abortifs et nerveux, diagnostic PCR, vaccination et biosécurité. Guide expert complet par un hippologiste.

8 min de lecture1 507 mots
La rhinopneumonie équine est l'une des maladies virales les plus répandues dans les populations de chevaux domestiques à travers le monde. Causée par des herpèsvirus équins — principalement EHV-1 et EHV-4 — elle se manifeste sous trois formes cliniques distinctes : respiratoire, abortive et neurologique. Si la forme respiratoire est la plus fréquente et souvent bénigne, les formes abortive et nerveuse peuvent avoir des conséquences dramatiques en élevage comme en sport. Endémique en France et surveillée activement par le RESPE, cette maladie exige une vigilance constante de la part des propriétaires, éleveurs et vétérinaires. Comprendre ses mécanismes, reconnaître ses signes précoces et appliquer des mesures de prévention rigoureuses sont les clés pour limiter sa propagation.

Agents responsables et mécanismes de transmission

La rhinopneumonie équine est provoquée par des herpèsvirus équins (HVE), principalement EHV-1 (Equid alphaherpesvirus 1) et EHV-4 (Equid alphaherpesvirus 4). Ces deux virus sont considérés comme endémiques dans la quasi-totalité des populations équines domestiques mondiales, selon l'Organisation mondiale de la santé animale (WOAH).

Comme tous les alphaherpèsvirus, EHV-1 et EHV-4 ont la capacité d'établir une infection latente dans l'organisme du cheval après la primo-infection. Des réactivations peuvent survenir à la faveur d'un stress (transport, compétition, sevrage, mise-bas, maladie intercurrente), entraînant une nouvelle excrétion virale et une possible contamination de l'entourage, même en l'absence de signes cliniques évidents.

Voies de transmission

La transmission s'effectue principalement par :

  • Contact direct entre chevaux via les sécrétions respiratoires (toux, jetage, contact nez-à-nez)
  • Contact indirect via des fomites contaminés : seaux, licols, brosses, mains et vêtements des soigneurs
  • Environnement contaminé : litière, boxes, véhicules de transport

Les rassemblements équins (concours, ventes, courses, transports groupés) constituent des facteurs majeurs de diffusion. La période d'incubation est de 2 à 10 jours après l'infection, et l'excrétion virale peut se prolonger jusqu'à 21 jours après l'apparition des signes cliniques, ce qui justifie des quarantaines prolongées.

Différences entre EHV-1 et EHV-4

EHV-4 est plus fréquemment associé à la forme respiratoire, généralement moins grave. EHV-1 est impliqué dans toutes les formes cliniques, mais c'est lui qui est responsable des complications les plus sévères : avortements, mortalité périnatale et forme neurologique (EHM). Sur le plan moléculaire, un polymorphisme du gène ORF30 (mutation N752D de l'ADN polymérase) est historiquement associé à un risque accru de forme neurologique, avec un odds ratio estimé à 26,9 dans une étude irlandaise portant sur des cas de 1990 à 2017 — bien que ce marqueur seul n'explique pas entièrement la neuropathogénicité.

Symptômes selon les formes cliniques

La rhinopneumonie se présente sous trois tableaux cliniques distincts, dont la gravité et les conséquences varient considérablement. Reconnaître précocement les signes est essentiel pour limiter la diffusion et protéger les animaux vulnérables.

Forme respiratoire (la plus fréquente)

C'est la présentation la plus courante, touchant en priorité les jeunes chevaux et les animaux nouvellement introduits dans un effectif. Les signes caractéristiques sont :

  • Hyperthermie : température rectale supérieure à 38,5 °C
  • Abattement et baisse d'appétit
  • Toux sèche
  • Jetage nasal séreux (translucide), pouvant devenir muco-purulent en cas de surinfection bactérienne secondaire

La phase clinique dure généralement 1 à 2 semaines. Chez un cheval correctement vacciné, la forme peut être nettement raccourcie, voire absente.

Forme abortive et périnatale

Causée principalement par EHV-1, cette forme est particulièrement redoutée en élevage. L'IFCE classe EHV-1 comme la première cause d'avortement infectieux chez les équidés. Ses caractéristiques :

  • Avortement souvent sans signes prémonitoires (pas d'écoulement vulvaire, pas de montée laiteuse)
  • La jument est généralement non malade
  • Survient le plus souvent entre le 9e et le 11e mois de gestation, mais possible dès le 4e mois
  • Délai entre contamination et avortement : de 9 jours à 4 mois

Dans un effectif non vacciné, jusqu'à 80 à 90 % des juments gestantes peuvent avorter lors d'un épisode. La forme périnatale se traduit par la naissance d'un poulain vivant mais en détresse respiratoire sévère, décédant le plus souvent dans les 3 premiers jours.

Forme neurologique (EHM)

La myéloencéphalopathie herpétique équine (EHM) est la forme la plus grave. Elle est presque exclusivement liée à EHV-1. Les signes cliniques incluent :

  • Fièvre (souvent signe précoce)
  • Ataxie et faiblesse des membres postérieurs
  • Troubles urinaires : dysurie, rétention ou incontinence
  • Troubles de la défécation
  • Dans les cas graves : décubitus, impossibilité de se relever, complications pouvant être fatales

L'EHM nécessite une réaction immédiate : isolement strict, appel vétérinaire en urgence et suspension de tout mouvement d'animaux dans l'écurie concernée.

Diagnostic vétérinaire

Le diagnostic clinique seul ne suffit pas à confirmer la rhinopneumonie, car ses signes respiratoires sont partagés avec d'autres affections (grippe équine, gourme, etc.). La confirmation de laboratoire est indispensable pour orienter la gestion sanitaire.

PCR : méthode de référence

La PCR (réaction en chaîne par polymérase) est la technique de choix en phase aiguë. Elle permet de détecter et différencier EHV-1 et EHV-4 rapidement. Les prélèvements utilisés selon le tableau clinique :

  • Forme respiratoire : écouvillon naso-pharyngé ou nasal, sang EDTA
  • Forme abortive : tissus fœtaux (poumon, foie, rein, thymus, rate) et placenta
  • Forme neurologique : liquide céphalo-rachidien (LCR), tissu nerveux (cerveau, moelle épinière)

À titre d'exemple concret, le RESPE a confirmé un cas d'EHV-1 le 18 avril 2025 par PCR sur écouvillon naso-pharyngé, avec apparition des symptômes le 16 avril — illustrant la rapidité possible du diagnostic.

Sérologie et épidémiologie

Les tests sérologiques (ELISA) permettent de détecter les anticorps anti-EHV-1/EHV-4 et sont utiles pour évaluer l'exposition d'un effectif ou réaliser des enquêtes épidémiologiques. Leur interprétation individuelle reste délicate : la vaccination, les expositions antérieures et la latence virale peuvent fausser les résultats. Ils ne remplacent pas la PCR pour le diagnostic en phase aiguë.

Traitement et prise en charge

Il n'existe pas de traitement antiviral curatif spécifique homologué contre EHV-1 et EHV-4 en médecine équine. La prise en charge repose sur des soins de support adaptés à la forme clinique.

  • Repos strict et isolement de l'animal malade
  • Gestion de la fièvre (anti-inflammatoires non stéroïdiens sur prescription vétérinaire)
  • Hydratation et alimentation adaptées
  • Antibiothérapie uniquement en cas de surinfection bactérienne confirmée ou fortement suspectée, sur prescription vétérinaire

Pour la forme neurologique (EHM), des soins intensifs sont nécessaires : prévention des escarres, aide au lever (sangle/sling), sondage vésical en cas de rétention urinaire, gestion de la douleur. Certains protocoles vétérinaires incluent des antiviraux (aciclovir, valaciclovir) pour réduire la charge virale circulante, bien que le niveau de preuve clinique reste variable et que leur utilisation soit décidée au cas par cas.

Prévention : vaccination et biosécurité

La prévention de la rhinopneumonie repose sur deux piliers complémentaires et indissociables : la vaccination et les mesures de biosécurité.

Vaccination : bénéfices et limites

Des vaccins contre EHV-1 et EHV-4 sont disponibles en France. Leur objectif est de réduire la sévérité clinique et de limiter l'excrétion virale, sans garantir une protection totale contre l'infection ni contre toutes les formes graves. Chez un cheval vacciné, la phase respiratoire peut être nettement raccourcie voire absente. La vaccination est particulièrement recommandée pour :

  • Les juments gestantes (protection contre les avortements)
  • Les chevaux de sport et de compétition (exposés aux rassemblements)
  • Les jeunes chevaux en collectivité

Le protocole vaccinal doit être défini avec votre vétérinaire selon le profil de risque de l'animal.

Mesures de biosécurité essentielles

La biosécurité est le premier rempart contre la diffusion du virus, surtout lors d'un épisode actif :

  • Isolement/quarantaine : minimum 21 jours pour tout cheval positif ou exposé, en lien avec la durée possible d'excrétion virale
  • Surveillance thermique : prise de température 2 fois par jour en contexte de risque ; alerter le vétérinaire dès que la température dépasse 38,5 °C
  • Matériel individuel : ne jamais partager seaux, licols, brosses entre chevaux
  • Circuits de soins organisés : soigner d'abord les chevaux sains, puis les suspects, puis les malades
  • Désinfection : nettoyage préalable puis désinfection des surfaces, boxes et matériels (solutions chlorées diluées)
  • Hygiène personnelle : lavage des mains, changement de vêtements et de chaussures entre les groupes d'animaux
  • Limitation des mouvements : suspendre les entrées/sorties d'animaux lors d'un foyer actif

Épidémiologie et surveillance en France

La rhinopneumonie fait l'objet d'une surveillance active en France via le RESPE (Réseau d'Épidémio-Surveillance en Pathologie Équine), en lien avec l'IFCE. Les données collectées permettent de suivre l'évolution des foyers déclarés par forme clinique.

À titre d'illustration, le GDS Centre Val de Loire signalait en novembre 2024 : 21 cas de forme respiratoire (EHV-1/EHV-4) dans plusieurs départements, 2 cas de forme nerveuse (myéloencéphalite à EHV-1) en Essonne et Eure-et-Loir, et 3 cas de forme abortive dans le Calvados et l'Orne. Ces chiffres, bien que non exhaustifs, témoignent de la circulation active et régulière du virus sur le territoire.

À l'échelle mondiale, des études de séroprévalence confirment l'endémicité du virus : une étude réalisée en Éthiopie sur 460 sérums retrouvait une séroprévalence globale EHV-1/4 de 65,9 % — valeur non extrapolable à la France mais illustrant la diffusion universelle de ces virus. Aux États-Unis, l'USDA-APHIS classe EHV-1 parmi les principaux risques sanitaires équins du pays.

Conclusion

La rhinopneumonie équine reste un défi sanitaire majeur pour l'ensemble de la filière équine française et mondiale. Si la forme respiratoire est souvent bénigne, les formes abortive et neurologique peuvent avoir des conséquences dévastatrices. La combinaison d'une vaccination régulière adaptée au profil de risque de chaque animal et de mesures de biosécurité rigoureuses constitue la stratégie la plus efficace. La vigilance quotidienne — notamment la surveillance thermique — et la réactivité face aux premiers signes restent les meilleures armes du propriétaire et de l'éleveur.

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Questions fréquentes

Oui, la vaccination ne garantit pas une protection totale contre l'infection. Elle réduit significativement la sévérité des signes cliniques et la durée d'excrétion virale. Un cheval vacciné peut donc être infecté mais présenter une forme très atténuée, voire asymptomatique.

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