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Santé équine

Gourme chez le cheval : symptômes, traitement et prévention

Tout savoir sur la gourme du cheval : causes, symptômes, diagnostic, traitement et prévention de cette maladie respiratoire très contagieuse.

7 min de lecture1 336 mots
La gourme est l'une des maladies infectieuses les plus contagieuses du cheval. Causée par la bactérie Streptococcus equi subsp. equi, elle touche principalement les voies respiratoires supérieures et les ganglions lymphatiques de la tête et de l'encolure. Connue depuis des siècles dans les écuries du monde entier, elle reste aujourd'hui une menace sérieuse pour tout élevage ou structure équestre. Sa transmission rapide, sa capacité à persister dans l'environnement et l'existence de porteurs chroniques asymptomatiques en font un adversaire redoutable. Cet article vous propose un tour complet et rigoureux de la maladie : de l'agent causal aux mesures de prévention, en passant par le diagnostic et les options thérapeutiques.

Qu'est-ce que la gourme du cheval ?

La gourme, appelée strangles en anglais, est une maladie infectieuse bactérienne hautement contagieuse qui affecte exclusivement les équidés (chevaux, poneys, ânes, mulets). Son agent causal est Streptococcus equi subsp. equi (S. equi), une bactérie Gram positif, β-hémolytique, appartenant au groupe C de Lancefield.

Il est important de la distinguer de Streptococcus equi subsp. zooepidemicus, une bactérie du même groupe, plus souvent commensal ou opportuniste, qui peut parfois mimer certains tableaux cliniques. Cette distinction justifie une confirmation microbiologique systématique en cas de suspicion.

La maladie se caractérise par une atteinte des voies respiratoires supérieures associée à une adénite (inflammation des ganglions lymphatiques) sous-mandibulaire et rétropharyngée, pouvant évoluer vers la formation d'abcès. Des complications graves, bien que moins fréquentes, sont possibles.

Transmission et facteurs favorisants

Sources d'infection et modes de transmission

Les principales sources d'infection sont les chevaux cliniquement malades, les convalescents et, surtout, les porteurs chroniques asymptomatiques qui constituent un réservoir silencieux particulièrement dangereux.

  • Transmission directe : contact avec le jetage nasal, le pus d'abcès ou les expectorations d'un animal infecté.
  • Transmission indirecte (fomites) : mains, vêtements, seaux, abreuvoirs, licols, barres d'attache, tout matériel partagé entre chevaux.

L'excrétion nasale débute 4 à 14 jours après l'infection, soit 1 à 2 jours après l'apparition de la fièvre, et peut persister jusqu'à 6 semaines après les signes cliniques.

Survie de la bactérie dans l'environnement

La survie de S. equi dans l'environnement est un facteur clé de la propagation de la maladie. Elle varie considérablement selon la température, l'humidité et l'exposition aux UV :

  • En conditions chaudes et sèches : survie détectée jusqu'à 2 jours.
  • En conditions froides et humides : survie possible au-delà de 30 jours (jusqu'à 34 jours dans un seau humide en hiver, selon Durham et al., Equine Veterinary Journal, 2018).
  • Dans une sonde naso-gastrique humide en hiver : jusqu'à 21 jours.
  • Sous plein soleil (UV) : la viabilité est fortement réduite, de l'ordre de 24 heures.

Ces données soulignent l'importance d'une désinfection rigoureuse de tout le matériel d'écurie lors d'un foyer.

Facteurs favorisants

Certaines situations fragilisent le système immunitaire du cheval et favorisent l'expression de la maladie :

  • Stress : transport, effort intense, changement d'environnement ou de groupe.
  • Surpeuplement et promiscuité en écurie collective.
  • Mouvements fréquents de chevaux (concours, marchés, pensions) facilitant l'introduction du germe.
  • Jeunes chevaux (poulains, yearlings) et animaux immunodéprimés sont plus vulnérables.

Symptômes et complications de la gourme

Tableau clinique classique

Après une période d'incubation de 3 à 14 jours, les signes cliniques typiques apparaissent :

  • Fièvre élevée : entre 38,9 °C et 41,1 °C (102–106 °F selon les guidelines AAEP), parfois dès 39,5 °C selon d'autres sources institutionnelles.
  • Abattement marqué, anorexie, difficultés à avaler (dysphagie).
  • Jetage nasal mucopurulent, bilatéral, parfois abondant.
  • Adénopathie sous-mandibulaire et rétropharyngée : gonflement douloureux des ganglions évoluant vers l'abcédation.
  • Stridor et gêne respiratoire possibles si les abcès compriment les voies aériennes supérieures.

La triade fièvre / jetage / abcès ganglionnaires est très évocatrice, mais une confirmation de laboratoire reste indispensable.

Complications à surveiller

Dans certains cas, la gourme peut évoluer vers des formes graves :

  • Portage chronique dans les poches gutturales : empyème ou formation de chondroïdes (concrétions calcifiées) pouvant héberger S. equi pendant des mois, voire des années. Environ 10 % des chevaux dans un foyer présentent ce type de portage persistant.
  • Purpura hémorragique : complication immuno-médiée survenant 2 à 4 semaines après la phase aiguë, potentiellement mortelle.
  • Formes bâtardes (dissémination) : diffusion hémato-lymphatique vers d'autres organes (poumons, abdomen, cerveau) — rares mais graves.

Diagnostic de la gourme

Le diagnostic repose sur la combinaison du tableau clinique et de la confirmation microbiologique. La biologie sanguine peut montrer une leucocytose à neutrophilie et une hyperfibrinogénémie, signes d'infection bactérienne, mais sans spécificité pour la gourme.

Méthodes de confirmation microbiologique

Deux techniques principales permettent d'identifier S. equi :

  • Culture bactérienne : nécessite des bactéries vivantes ; délai typique de 2 à 3 jours. Peut être mise en défaut par une flore contaminante abondante.
  • PCR : plus sensible et plus rapide ; résultat en 2 à 3 jours ouvrés, avec option STAT (résultat le jour même). Attention : la PCR peut rester positive jusqu'à 30 jours après une vaccination intranasale (détection de l'ADN de la souche vaccinale).

Les prélèvements idéaux sont : le pus d'un abcès drainé (moins contaminé), les écouvillons nasopharyngés, ou les lavages de poches gutturales par endoscopie pour identifier les porteurs chroniques.

Vérification de la guérison

La confirmation de l'absence d'excrétion est indispensable avant de lever l'isolement. Le protocole recommandé par les laboratoires universitaires de référence consiste en 3 lavages de poches gutturales négatifs, espacés de 7 jours (soit sur une période de 21 jours minimum). Cette rigueur est essentielle pour éviter la réintroduction du germe dans un groupe sain.

Traitement de la gourme chez le cheval

Il n'existe pas de protocole universel : la prise en charge doit être individualisée par le vétérinaire selon le stade de la maladie, la gravité des signes et le contexte de l'écurie.

Traitement de soutien et gestion des abcès

La prise en charge symptomatique est souvent suffisante dans les formes non compliquées :

  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) pour réduire la fièvre et la douleur.
  • Compresses chaudes appliquées sur les ganglions pour favoriser la maturation des abcès.
  • Incision et drainage par le vétérinaire lorsque l'abcès est mûr, afin de soulager l'animal et d'accélérer la guérison.
  • Alimentation adaptée (fourrage haché, mash) si la dysphagie est importante.

Antibiothérapie : quand et comment ?

L'usage des antibiotiques n'est pas systématique et doit être discuté avec le vétérinaire :

  • Ils peuvent être contre-indiqués lorsque les abcès sont en phase de maturation (risque d'abcès enkystés non drainés).
  • Lorsqu'ils sont nécessaires (stade précoce, formes graves, complications), la pénicilline est l'antibiotique de référence. À ce jour, aucune résistance significative de S. equi à la pénicilline n'a été rapportée.
  • La gestion des porteurs chroniques (empyème des poches gutturales, chondroïdes) peut nécessiter des lavages endoscopiques répétés et une antibiothérapie locale ou systémique prolongée.

Prévention : biosécurité, quarantaine et vaccination

Mesures de biosécurité en écurie

La prévention repose avant tout sur des règles d'hygiène strictes :

  • Isolement immédiat de tout cheval présentant de la fièvre ou un jetage, sans attendre la confirmation du diagnostic.
  • Matériel dédié par cheval ou par lot (seaux, licols, brosses) ; désinfection régulière des aires communes.
  • Organisation des soins des chevaux sains vers les chevaux malades, jamais l'inverse.
  • Hygiène rigoureuse des mains et changement de vêtements entre les lots.
  • Limitation des mouvements de chevaux entrants et sortants pendant un foyer.

Quarantaine des nouveaux arrivants

Le consensus JVIM (Revised Consensus Statement on Strangles) recommande d'isoler tout nouveau cheval pendant au moins 3 semaines à son arrivée dans une structure. Cette période doit être accompagnée d'un programme de dépistage incluant endoscopie des poches gutturales et culture/PCR selon la stratégie de l'établissement. Cette mesure simple est l'une des plus efficaces pour prévenir l'introduction de la maladie.

Vaccination contre la gourme

La vaccination est recommandée par l'AAEP principalement pour les chevaux à haut risque d'exposition (structures avec problème endémique, chevaux de concours, pensions à fort turn-over). Points clés :

  • Il est conseillé de débuter la vaccination environ 3 mois après la guérison clinique (recommandation IFCE).
  • La vaccination intranasale peut entraîner une PCR positive jusqu'à 30 jours après l'injection : en informer le vétérinaire en cas de dépistage.
  • La vaccination ne remplace pas les mesures de biosécurité ; elle les complète.

Conclusion

La gourme reste une maladie incontournable en médecine équine, dont la gestion exige rigueur et réactivité. Dès les premiers signes suspects — fièvre, jetage, gonflement ganglionnaire — l'isolement immédiat et l'appel au vétérinaire sont les réflexes qui font la différence. La confirmation microbiologique, la gestion des porteurs chroniques et le respect des protocoles de biosécurité sont les piliers d'une maîtrise efficace des foyers. Bien prévenue et bien traitée, la gourme ne laisse généralement pas de séquelles durables.

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Questions fréquentes

Non, la gourme est une maladie spécifique aux équidés. <em>Streptococcus equi subsp. equi</em> n'est pas considéré comme un agent zoonotique significatif pour l'homme en bonne santé. Des précautions d'hygiène de base (lavage des mains) restent toutefois recommandées lors de la manipulation d'animaux malades.

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📚 Sources et références

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