Le terme mash (de l'anglais « purée » ou « bouillie ») désigne un repas humide préparé en réhydratant des ingrédients secs avec de l'eau tiède ou chaude. Il n'existe pas de recette universelle : la composition varie considérablement d'un produit à l'autre, ce qui rend toute généralisation nutritionnelle hasardeuse. Il faut impérativement raisonner par produit ou par recette, et non par concept.
Le mash cheval est un repas humide, tiède ou chaud, préparé à partir d'ingrédients très variés : son de blé, pulpe de betterave, floconnés de céréales, graines de lin, mélasse ou encore levures. Plébiscité par de nombreux propriétaires pour son côté « repas réconfortant », il répond à plusieurs objectifs : améliorer l'appétence, faciliter la mastication chez les chevaux âgés, apporter de l'eau via la réhydratation et fournir des fibres digestibles. Cependant, derrière ce concept simple se cachent des réalités nutritionnelles très différentes selon les recettes et les produits. Cet article vous guide à travers les données scientifiques disponibles, les valeurs nutritionnelles clés, les bénéfices réels et les précautions indispensables pour utiliser le mash de façon éclairée et sécurisée.
Qu'est-ce que le mash cheval ? Définition et compositions
Les ingrédients les plus courants
- Son de blé ou de riz : ingrédient historique du « bran mash » anglo-saxon, riche en phosphore mais pauvre en calcium.
- Pulpe de betterave : fibre très digestible, faible en amidon, riche en calcium (~0,6 %), idéale pour les chevaux sensibles.
- Floconnés de céréales : avoine, orge, maïs — apportent de l'énergie mais aussi de l'amidon.
- Graines de lin : source d'acides gras oméga-3, améliorent la digestibilité des protéines et des lipides.
- Mélasse : améliore l'appétence mais augmente la teneur en sucres simples.
- Levures, électrolytes, CMV : souvent ajoutés dans les formules industrielles pour compléter la ration.
Les mash industriels, comme le Cavalor Mash & Mix, illustrent bien cette diversité : avec une énergie digestible de 3,5 Mcal/kg, des protéines brutes à 13,5 % et un amidon pouvant atteindre 30 %, ce type de produit est un concentré réhydratable à part entière, et non un simple « repas de fibres ».
Mash « fibre » vs mash « concentré » : une distinction essentielle
Il convient de distinguer deux grandes familles :
- Le mash fibreux (pulpe de betterave, lin, luzerne) : faible en amidon, riche en fibres digestibles, adapté aux chevaux sensibles sur le plan métabolique.
- Le mash concentré (floconnés, son, mélasse) : densité énergétique élevée, amidon potentiellement important, à surveiller chez les chevaux à risque (insulino-résistance, PSSM, ulcères).
Cette distinction conditionne entièrement le choix du produit selon le profil du cheval.
Valeurs nutritionnelles : ce que disent les données
Les valeurs nutritionnelles d'un mash dépendent entièrement de sa composition. Voici les repères chiffrés les plus utiles pour les ingrédients les plus courants.
La pulpe de betterave : la fibre star du mash
La pulpe de betterave sans mélasse présente un profil nutritionnel particulièrement intéressant :
- Énergie digestible : ~1 100 kcal/lb
- Protéines brutes : 8,2 %
- Fibres : ~18 %
- Calcium : 0,6 % / Phosphore : 0,1 % (ratio Ca:P très favorable)
- Lipides : 0,3 %
Un point remarquable : le trempage suivi d'un rinçage réduit significativement la teneur en NSC (sucres solubles + amidon). Des analyses réalisées par Equi-Analytical (protocole Standlee) montrent une baisse de 48,6 % pour les pellets (de 10,9 % à 5,6 %) et de 62,3 % pour les shreds (de 16,7 % à 6,3 %). Ce rinçage est donc particulièrement recommandé pour les chevaux métaboliques.
Le son de blé : attention au ratio calcium/phosphore
Le son de blé est l'ingrédient le plus controversé du mash. Sa teneur en phosphore est environ 10 fois supérieure à sa teneur en calcium, ce qui inverse dangereusement le ratio Ca:P de la ration si utilisé en quantité importante.
Le ratio Ca:P recommandé chez le cheval est de 1,5 à 2:1 (calcium pour 1 part de phosphore), et ne doit jamais descendre en dessous de 1:1 (Merck Veterinary Manual). Un usage quotidien non corrigé de son de blé peut conduire à une hyperparathyroïdie secondaire nutritionnelle, connue sous le nom de « big head disease » ou « bran disease » — une déminéralisation osseuse grave décrite dans la littérature vétérinaire (Feedipedia, AQHA).
Prévention : si le mash contient du son de blé, compensez l'apport calcique via de la luzerne, du carbonate de calcium ou un CMV équilibré.
Les graines de lin : un atout digestif prouvé
Une étude expérimentale (Särkijärvi et al., 2020, PMC) menée sur 6 juments Finnhorse en carré latin 3×3 (21 jours par période) a évalué l'incorporation de gruaux de lin à raison de ~0,8 g/kg de poids vif par jour (soit environ 400 g/j pour un cheval de 500 kg), représentant 6,3 à 6,7 % de la matière sèche de la ration.
Résultats : amélioration significative de la digestibilité des protéines brutes et des lipides, sans effet négatif sur la digestibilité des fibres, et aucun effet indésirable sur les paramètres hématologiques ou la santé générale. Ces données soutiennent l'intégration du lin dans un mash fibreux comme stratégie pour améliorer la valeur nutritionnelle sans augmenter l'amidon.
Bénéfices réels du mash : ce qui est prouvé et ce qui est surestimé
Le mash bénéficie d'une image très positive dans la culture équestre, mais tous les bénéfices qui lui sont attribués ne reposent pas sur des preuves scientifiques solides. Voici un état des lieux honnête.
Hydratation : un apport utile mais limité
Un cheval de 500 kg au repos boit typiquement 21 à 29 litres par jour (Merck Veterinary Manual), et jusqu'à 80 litres ou plus en période de forte chaleur ou d'effort intense. Le mash réhydraté apporte de l'eau « dans le seau », ce qui peut être utile, notamment en hiver lorsque la baisse de température réduit l'ingestion d'eau et augmente le risque de coliques par impaction.
Cependant, un mash ne remplace pas un abreuvement ad libitum et ne garantit pas une augmentation significative de l'eau totale ingérée. La priorité absolue reste l'accès permanent à une eau propre et à température adéquate (eau légèrement tiède en hiver pour encourager la consommation).
Effet laxatif du bran mash : un mythe à déconstruire
La tradition du « bran mash du samedi soir » est profondément ancrée dans la culture équestre britannique et française. Pourtant, les données disponibles (synthétisées par Kentucky Equine Research et des sources vétérinaires comme Cornell) indiquent que le son de blé n'augmente pas de façon mesurable la teneur en eau des fèces et n'a pas d'effet laxatif démontré.
Pire : administré de façon irrégulière (une fois par semaine), le mash constitue un changement brutal de ration susceptible de perturber le microbiote intestinal. Tout nouvel aliment doit être introduit progressivement sur 10 à 15 jours.
Bénéfices réellement documentés
- Facilité de mastication : la texture molle est précieuse pour les chevaux âgés ou présentant des problèmes dentaires.
- Appétence : le mash tiède est souvent très apprécié, utile pour les chevaux stressés, convalescents ou en perte d'appétit.
- Support de médication : le mash est un excellent vecteur pour administrer électrolytes, compléments ou médicaments.
- Réduction de l'amidon : un mash à base de fibres digestibles (pulpe, lin) peut partiellement substituer les concentrés céréaliers et réduire la charge en amidon par repas.
Dosages et fréquence d'utilisation : repères pratiques
Il n'existe pas de dose universelle pour le mash cheval : tout dépend du produit, de sa densité énergétique, de sa teneur en amidon et du profil du cheval. Voici les repères les plus utiles.
Fréquence recommandée
La pratique la plus courante et la plus sécurisée est un usage de 2 à 3 fois par semaine en complément de la ration habituelle. Un usage quotidien n'est justifié que dans des cas particuliers (cheval âgé avec difficultés de mastication, ration spécifiquement formulée) et idéalement sur conseil vétérinaire ou d'un nutritionniste équin.
L'usage hebdomadaire unique (tradition du « mash du week-end ») est à éviter ou à maintenir de façon très régulière et progressive pour ne pas perturber le microbiote.
Quantités et préparation
- Pulpe de betterave : 450 à 900 g de matière sèche pour un cheval de ~450 kg, à introduire progressivement. Ratio eau/pulpe recommandé : 2 volumes d'eau pour 1 volume de pulpe ; trempage de 30 minutes à 2 heures selon la forme (shreds ou pellets).
- Lin (gruaux) : repère expérimental de ~0,8 g/kg de poids vif/jour (soit ~400 g/j pour 500 kg), en association avec d'autres fibres.
- Mash industriel : respecter scrupuleusement les recommandations de l'étiquette, en tenant compte de la teneur en amidon (pouvant atteindre 30 % sur certains produits).
La texture idéale est celle d'une soupe épaisse homogène, sans zones sèches ni grumeaux durs. Ne jamais laisser un mash humide fermenter : préparer à la demande et jeter tout reste présentant une odeur anormale, surtout par temps chaud.
Précautions et risques à connaître
Bien utilisé, le mash est un outil nutritionnel intéressant. Mal utilisé, il peut engendrer des déséquilibres sérieux. Voici les points de vigilance essentiels.
Déséquilibre minéral : le risque principal
Le risque le plus documenté concerne les mash riches en son de blé : l'excès de phosphore par rapport au calcium peut, à long terme, provoquer une hyperparathyroïdie secondaire nutritionnelle (« big head disease »), caractérisée par une déminéralisation osseuse et un gonflement des os de la tête. Cette pathologie, bien décrite dans la littérature vétérinaire (Merck, Feedipedia, AQHA), est évitable en maintenant un ratio Ca:P supérieur à 1:1 (idéalement 1,5:1).
Solution : compenser avec de la luzerne, du carbonate de calcium ou un aliment complémentaire équilibré en minéraux.
Chevaux à risque métabolique : choisir le bon mash
Pour les chevaux souffrant de syndrome métabolique équin, d'insulino-résistance, de fourbure, de PSSM ou d'ulcères gastriques, les mash contenant des céréales floconnées et de la mélasse sont à éviter ou à limiter strictement. Privilégiez :
- La pulpe de betterave rincée après trempage (NSC réduit de 48 à 62 %)
- Les mash industriels étiquetés « faible en amidon/sucres » (vérifier amidon + sucres < 10–12 % au total)
- Les formules à base de fibres digestibles (luzerne, coques de soja, lin)
Autres points de vigilance
- Transition progressive : tout nouveau mash doit être introduit sur 10 à 15 jours pour préserver l'équilibre du microbiote intestinal.
- Risque de bouchon œsophagien : les pellets de pulpe non trempés peuvent provoquer un « choke » (obstruction œsophagienne). Toujours tremper suffisamment avant distribution.
- Hygiène : un mash humide se détériore rapidement, surtout par temps chaud. Préparer à la demande et ne jamais laisser fermenter.
- Ne pas substituer le fourrage : le mash est un complément, jamais un substitut au foin ou à l'herbe, qui restent la base indispensable de toute ration équine.
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Conclusion
Le mash cheval est un outil nutritionnel polyvalent, à condition de l'utiliser avec discernement. Son efficacité dépend entièrement de sa composition : un mash fibreux à base de pulpe de betterave et de lin n'a rien à voir avec un mash concentré aux céréales floconnées. Lisez les étiquettes, adaptez le choix au profil de votre cheval, respectez une transition progressive et ne négligez jamais l'équilibre minéral, notamment le ratio calcium/phosphore. Bien intégré dans une ration globale cohérente, le mash reste un excellent complément pour le confort, l'hydratation et l'appétence de votre cheval.
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Questions fréquentes
Un usage quotidien est possible dans certains cas (chevaux âgés, difficultés de mastication) mais doit être adapté au profil du cheval et à l'équilibre global de la ration. Pour la majorité des chevaux, 2 à 3 fois par semaine est suffisant et plus sécurisé. Consultez un vétérinaire ou un nutritionniste équin pour un usage quotidien.
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📚 Sources et références
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