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Nutrition équine

Avoine pour cheval : bienfaits, dosages et précautions

Tout savoir sur l'avoine pour cheval : valeurs nutritionnelles, dosages recommandés, risques digestifs et conseils pratiques d'un expert en hippologie.

9 min de lecture1 727 mots
L'avoine (Avena sativa) est la céréale la plus anciennement associée à l'alimentation du cheval. Utilisée depuis des siècles pour soutenir l'effort et maintenir l'état corporel, elle reste aujourd'hui un concentré de référence dans de nombreuses écuries. Sa réputation de céréale « sûre » repose sur des bases scientifiques solides : une teneur en fibres plus élevée que le maïs ou l'orge, une digestibilité de l'amidon supérieure dans l'intestin grêle, et une densité énergétique modérée. Mais cette sécurité relative ne dispense pas d'une gestion rigoureuse des quantités et des fréquences de distribution. Cet article fait le point sur la composition réelle de l'avoine, ses bénéfices mesurables, les dosages fondés sur les données scientifiques actuelles et les précautions indispensables pour éviter coliques, ulcères et troubles métaboliques.

Composition nutritionnelle de l'avoine

L'avoine est un aliment concentré dont les valeurs nutritionnelles varient selon la variété, le poids spécifique du grain, la teneur en enveloppes, les conditions de stockage et le mode de transformation. Il est donc recommandé, lorsque l'avoine représente une part importante de la ration sur le long terme, de faire analyser le lot en laboratoire plutôt que de se fier uniquement aux tables génériques.

Énergie, protéines et lipides

Les valeurs moyennes issues des tables de référence (ISU Equine) donnent pour l'avoine entière :

  • Matière sèche (MS) : environ 90 %
  • Énergie digestible (DE) : ≈ 3,35 Mcal/kg MS (soit environ 1,52 Mcal/lb), avec une plage courante de 11 à 13 MJ/kg selon les lots
  • Protéines brutes (CP) : 10 à 13 % MS (exemple de table : 13,2 %)
  • Lipides : environ 6,24 % MS, contribution notable à l'énergie totale, supérieure à celle de nombreuses autres céréales

Ces valeurs font de l'avoine un concentré énergétique modéré, bien adapté aux chevaux en travail léger à modéré, mais qui doit être dosé avec précision pour les chevaux à fort besoin énergétique.

Fibres et amidon : les deux clés de la sécurité digestive

L'avoine se distingue des autres céréales par sa teneur en fibres brutes d'environ 10 % (contre 2 à 3 % pour le maïs), principalement apportées par son enveloppe (hull). Cette richesse en fibres augmente le volume ingéré pour une énergie donnée, ralentit la vitesse d'ingestion et limite les risques de surconsommation rapide.

L'amidon représente environ 45 à 50 % de la matière sèche de l'avoine. Sa digestibilité pré-iléale (dans l'intestin grêle, avant le gros intestin) est remarquablement élevée : une étude expérimentale avec chevaux fistulés au jéjunum (Meyer et al., 1995) a mesuré une digestibilité pré-iléale de l'amidon d'avoine de 80 à 90 %, contre seulement 26 % pour l'orge et 30 % pour le maïs entier. Cette caractéristique réduit la fraction d'amidon qui déborde vers le gros intestin, limitant ainsi les risques de fermentations anormales.

Minéraux : le point de vigilance calcium/phosphore

Comme toutes les céréales, l'avoine présente un déséquilibre calcium/phosphore défavorable : elle est pauvre en calcium (environ 0,07 à 0,10 % MS) et relativement plus riche en phosphore (environ 0,32 % MS). Un apport important d'avoine sans correction minérale peut inverser le rapport Ca:P de la ration globale, ce qui est préjudiciable à la santé osseuse du cheval.

Il est donc indispensable de compléter systématiquement toute ration à base d'avoine avec une source de calcium adaptée (calcaire fourrager, luzerne, complément minéral équilibré) et de vérifier le rapport Ca:P de l'ensemble de la ration, idéalement avec l'aide d'un nutritionniste équin.

Bénéfices de l'avoine dans la ration du cheval

L'avoine offre plusieurs avantages concrets par rapport aux autres céréales, à condition d'être utilisée de manière raisonnée.

Une céréale plus sûre que le maïs ou l'orge

La combinaison d'une densité énergétique modérée et d'une teneur en fibres élevée fait de l'avoine la céréale la plus tolérée par le anatomie/systeme-digestif" class="cocon-link" title="système digestif cheval">système digestif du cheval. Pour obtenir la même quantité d'énergie qu'avec du maïs, le cheval doit ingérer un volume plus important d'avoine, ce qui ralentit naturellement la prise alimentaire et favorise la mastication et la salivation, deux éléments protecteurs pour l'estomac.

La meilleure digestibilité pré-iléale de son amidon (Meyer et al., 1995) est un avantage majeur : moins d'amidon non digéré atteint le gros intestin, réduisant le risque d'acidose cæcale, de dysbiose et d'endotoxémie.

Soutien à la performance chez le cheval de travail

L'avoine est particulièrement appréciée pour les chevaux en travail régulier (sport, loisir intensif, attelage) car elle apporte une énergie rapidement disponible via son amidon hautement digestible, sans les pics glycémiques excessifs observés avec le maïs à doses équivalentes.

Un essai contrôlé sur 12 trotteurs Standardbred (Lindberg et al., 2006, Equine Vet J Suppl.) a comparé une avoine standard à une avoine « high-fat » sur des périodes de 21 jours. Les résultats montrent que le régime avoine enrichie en lipides n'a eu aucun effet défavorable sur les paramètres d'exercice (fréquence cardiaque, lactate, glucose, glycogène musculaire), tout en réduisant l'insuline plasmatique pendant l'effort et en améliorant les digestibilités de la matière sèche, des lipides, des protéines et des fibres.

Dosages recommandés : raisonner en amidon par repas

La question du dosage de l'avoine ne se résume pas à « combien de kilos par jour ». La variable déterminante est la quantité d'amidon ingérée par repas, qui conditionne la capacité enzymatique de l'intestin grêle à tout digérer avant le gros intestin.

Les seuils scientifiques à respecter

Plusieurs références scientifiques convergent vers des recommandations chiffrées :

  • Recommandation prudente : < 1,1 g d'amidon/kg de poids vif (PV)/repas. Un essai contrôlé (Vervuert et al., The Veterinary Journal, 2009) montre que ce seuil produit des réponses glycémiques et insulinémiques modérées, même avec des céréales traitées.
  • Plafond maximal : ≤ 2 g d'amidon/kg PV/repas (NRC 2007, revues de consensus). Au-delà, une fraction significative d'amidon (estimée à ~20 %) atteint le gros intestin et génère des fermentations anormales.
  • Données épidémiologiques : Luthersson et al. (2009) ont montré qu'un apport de 2 g d'amidon/kg/repas multiplie par 2,6 le risque d'ulcères squameux, et par 3,2 au-delà de ce seuil.

Traduction pratique pour l'avoine

En retenant une teneur en amidon de l'avoine d'environ 45 à 50 % (variable selon le lot et le traitement), voici les équivalences approximatives pour un cheval de 500 kg :

  • Cible prudente (< 1,1 g amidon/kg PV/repas) : amidon/repas < 550 g → environ 1,0 à 1,2 kg d'avoine par repas
  • Plafond maximal (2 g amidon/kg PV/repas) : amidon/repas ≤ 1 000 g → environ 2,0 à 2,2 kg d'avoine par repas

Ces chiffres sont des approximations : ils dépendent de la teneur réelle en amidon du lot, de la vitesse d'ingestion du cheval, de la présence de fourrage (effet tampon) et du niveau de travail. Peser systématiquement les rations est indispensable : un litre d'avoine ne pèse pas le même poids qu'un litre de granulés (rappel IFCE).

Les données épidémiologiques (Hudson et al., 2001) indiquent qu'un apport de plus de 2,7 kg d'avoine par jour multiplie par 5,9 le risque de colique. La prudence s'impose donc dès que les quantités journalières dépassent 2 à 2,5 kg.

Fractionnement des repas et rôle du fourrage

Les recommandations de l'IFCE précisent les bonnes pratiques de distribution :

  • Fractionner la ration de concentrés en plusieurs petits repas (< 4 litres par repas) et multiplier le nombre de distributions quotidiennes
  • Distribuer le fourrage avant le concentré pour favoriser la digestion dans l'intestin grêle et tamponner l'acidité gastrique
  • Assurer un apport de fourrage d'au moins 1,5 à 2 % du poids vif en matière sèche par jour pour la santé digestive
  • Éviter les jeûnes prolongés : ne pas laisser le cheval à jeun plus de 4 heures consécutives
  • Toute modification de ration doit être progressive (transition sur 10 à 14 jours minimum) pour préserver l'équilibre du microbiote intestinal

Avoine entière, concassée ou floconnée : quelles différences ?

Le mode de transformation de l'avoine modifie significativement ses propriétés nutritionnelles et digestives, et donc les précautions à prendre.

  • Avoine entière : forme la plus « sûre » grâce à l'enveloppe intacte qui ralentit la digestion et augmente le volume ingéré. Cependant, les jeunes chevaux ou les chevaux aux dents usées peuvent ne pas la broyer efficacement, réduisant son utilisation.
  • Avoine concassée/roulée : la rupture de l'enveloppe augmente la surface de contact enzymatique et améliore la digestibilité, mais accélère aussi la vitesse de digestion et peut amplifier les réponses glycémiques. Les quantités par repas doivent être encore plus strictement contrôlées.
  • Avoine floconnée : traitement thermique qui gélatinise partiellement l'amidon, améliorant la digestibilité pré-iléale. Utile pour les poulains, les vieux chevaux ou les chevaux convalescents.
  • Avoine décortiquée (sans enveloppe) : une étude (ScienceDirect, 2006) confirme que le décorticage améliore significativement la digestibilité de la matière sèche, des protéines et des fibres. Mais la suppression de l'enveloppe augmente la densité énergétique et supprime l'effet « encombrant » protecteur : le risque de surconsommation et de débordement d'amidon vers le gros intestin est accru si les quantités ne sont pas rigoureusement maîtrisées.

En résumé : plus l'avoine est transformée, plus elle est digestible, mais plus la rigueur sur les quantités par repas devient critique.

Risques et situations nécessitant une vigilance accrue

Malgré ses qualités, l'avoine n'est pas sans risques lorsqu'elle est mal gérée ou distribuée à des chevaux présentant des fragilités particulières.

Coliques, acidose et ulcères gastriques

Lorsque la quantité d'amidon par repas dépasse la capacité digestive de l'intestin grêle, l'excès fermente dans le gros intestin. Ce phénomène abaisse le pH cæcal, perturbe la flore bactérienne et peut déclencher :

  • Une acidose du gros intestin avec risque de colique
  • Une dysbiose et libération d'endotoxines pouvant favoriser la fourbure (laminite)
  • Des ulcères gastriques (EGUS), notamment de la muqueuse squameuse, dont le risque est multiplié par 2,6 à 3,2 selon la dose d'amidon par repas (Luthersson et al., 2009)

Les données épidémiologiques de Tinker et al. (1997) montrent qu'un apport de 2,5 à 5 kg de céréales par jour multiplie le risque de colique par 4,8, et par 6,3 au-delà de 5 kg/jour.

Chevaux à risque métabolique : SME, insulinodysrégulation, fourbure

Chez les chevaux présentant un syndrome métabolique équin (SME), une insulinodysrégulation ou des antécédents de fourbure, les céréales — dont l'avoine — sont généralement déconseillées ou très strictement encadrées. L'objectif est de minimiser les pics glycémiques et insulinémiques qui aggravent ces pathologies.

L'essai Vervuert (2009) démontre clairement que les réponses glycémiques et insulinémiques augmentent proportionnellement à la dose d'amidon par repas. Pour ces chevaux, des alternatives fourragères à faible teneur en sucres solubles et amidon (foin de prairie pauvre, enrubannage analysé) sont préférables à toute céréale.

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Conclusion

L'avoine reste une céréale de choix pour le cheval de travail, à condition de l'utiliser avec méthode. Sa richesse en fibres, sa digestibilité élevée de l'amidon dans l'intestin grêle et sa densité énergétique modérée en font la céréale la plus sûre du panel. Mais cette sécurité relative ne dispense pas de peser les rations, de respecter les seuils d'amidon par repas (idéalement < 1,1 g/kg de poids vif), de fractionner les distributions et de corriger le déséquilibre calcium/phosphore. Pour les chevaux métaboliques ou à risque digestif, une consultation vétérinaire s'impose avant toute introduction de céréales.

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Questions fréquentes

En visant le seuil prudent de 1,1 g d'amidon/kg de poids vif par repas, cela correspond à environ 1,0 à 1,2 kg d'avoine par repas pour un cheval de 500 kg (en supposant ~45-50 % d'amidon dans l'avoine). Le plafond absolu est de 2,0 à 2,2 kg par repas, mais ce seuil doit rester exceptionnel et toujours associé à un apport de fourrage conséquent avant le concentré.

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