L'orge est une céréale aux caractéristiques nutritionnelles bien documentées. Les données issues de la banque Feedipedia (plus de 17 000 analyses) permettent d'établir des valeurs de référence fiables, même si la composition réelle d'un lot peut varier selon la variété, la récolte et le mode de traitement.
Profil nutritionnel de l'orge
Composition en macronutriments
Voici les valeurs moyennes de l'orge grain exprimées sur matière sèche (MS ≈ 87,1 %) :
- Amidon : ~59,7 % MS (min 52,2 – max 66,8 %), soit environ 521 g/kg tel quel (données INRA 2011 citées par l'IFCE)
- Protéines brutes : ~11,8 % MS (min 8,5 – max 16,1 %)
- Cellulose brute : ~5,2 % MS
- NDF : ~21,7 % MS ; ADF : ~6,4 % MS
- Matières grasses : ~2,0 % MS
- Cendres : ~2,6 % MS
- Sucres totaux : ~2,8 % MS
Ces valeurs font de l'orge une céréale plus riche en amidon que l'avoine (~362 g/kg tel quel) mais moins que le maïs (~641 g/kg tel quel), ce qui lui confère une position intermédiaire dans la gamme des céréales équines.
Valeur énergétique
L'énergie brute de l'orge est d'environ 18,4 MJ/kg MS. En énergie digestible (DE), les tables de l'Iowa State University Extension indiquent une valeur d'environ 3,66 Mcal/kg tel quel (soit ~15,3 MJ/kg), ce qui en fait une céréale à haute densité énergétique.
Cette densité est un atout pour les chevaux dont les besoins énergétiques sont élevés, mais elle implique une vigilance accrue sur les quantités distribuées afin d'éviter une surcharge en amidon.
Intérêts de l'orge dans la ration du cheval
L'orge présente plusieurs avantages pratiques qui justifient son utilisation régulière en alimentation équine, à condition de respecter les règles de distribution.
Un apport énergétique concentré
Lorsque le fourrage seul ne suffit pas à couvrir les besoins du cheval — notamment en période de travail intense, de croissance active ou de lactation — l'orge permet d'augmenter efficacement la densité énergétique de la ration sans augmenter excessivement le volume distribué. C'est l'un de ses principaux atouts par rapport à l'avoine, dont la valeur énergétique est plus faible.
Alternative et complément aux autres céréales
L'orge s'intègre facilement dans des rations mixtes, en complément ou en substitution partielle d'autres céréales :
- Par rapport à l'avoine : l'orge apporte plus d'amidon à poids égal, ce qui permet de réduire les volumes distribués.
- Par rapport au maïs : l'orge est moins concentrée en amidon, ce qui offre une marge de sécurité légèrement plus grande.
Elle peut également entrer dans la composition d'aliments composés industriels, où son amidon est souvent traité thermiquement pour améliorer la digestibilité intestinale.
L'importance du mode de traitement
La forme sous laquelle l'orge est distribuée influence directement sa digestibilité et les risques associés :
- Grain entier : peu recommandé car le cheval le mastique insuffisamment, réduisant la digestibilité.
- Grain concassé ou aplati : forme la plus courante, améliore l'accessibilité de l'amidon à la digestion enzymatique.
- Grain floconné ou extrudé : traitement thermique qui gélatinise l'amidon et améliore sa digestibilité dans l'intestin grêle, réduisant la fraction qui atteint le gros intestin.
Plus le grain est finement traité, plus la vitesse de digestion augmente, ce qui peut accentuer les pics glycémiques si les quantités ne sont pas ajustées en conséquence.
Dosages recommandés : les repères chiffrés
La quantité d'orge à distribuer se raisonne avant tout à partir de la teneur en amidon par repas, et non simplement en kilogrammes de céréale. L'IFCE et la recherche scientifique convergent vers des seuils précis.
Les seuils d'amidon par repas
Les recommandations de l'IFCE (Equipedia), basées sur les références INRA 2011, fixent les limites suivantes :
- Maximum par repas : 1 g d'amidon/kg de poids vif (PV)
- Maximum par jour : 2 g d'amidon/kg de PV
Ces seuils sont confirmés par les travaux de Vervuert et al. (The Veterinary Journal, 2009), qui ont montré sur 4 chevaux en design cross-over que la réponse glycémique et insulinémique augmente significativement au-delà de 1,1 g d'amidon/kg PV/repas. Pour les chevaux à risque métabolique (EMS, Cushing, insulinodysrégulation), certains auteurs recommandent de descendre à moins de 0,3 g/kg PV/repas.
Calcul pratique pour un cheval de 500 kg
Voici comment calculer la quantité maximale d'orge par repas pour un cheval de 500 kg, en appliquant la méthode IFCE :
- Amidon maximum par repas : 500 kg × 1 g = 500 g d'amidon
- Teneur en amidon de l'orge (as fed) : 521 g/kg
- Quantité maximale d'orge par repas : 500 ÷ 521 = ≈ 0,96 kg d'orge brute
- Quantité maximale par jour : ≈ 1,9 kg d'orge brute
À titre de comparaison, pour le même cheval de 500 kg : l'avoine peut être distribuée jusqu'à 1,4 kg/repas et le maïs jusqu'à 0,78 kg/repas, ce qui illustre bien la position intermédiaire de l'orge.
En termes de volume, l'IFCE indique qu'environ 2 kg d'orge concassée correspondent à ~6 litres — une référence utile pour les éleveurs qui mesurent à la seau.
Fractionnement des repas
L'IFCE et l'Oklahoma State University Extension insistent sur l'importance de fractionner les apports en concentrés. Certains auteurs recommandent de ne pas dépasser 0,2 à 0,4 % du poids vif de concentré par repas (soit 1 à 2 kg pour un cheval de 500 kg). Distribuer l'orge en 2 à 3 repas par jour plutôt qu'en une seule prise permet de respecter les seuils d'amidon et de mieux respecter la physiologie digestive du cheval, herbivore naturellement adapté à de multiples petits repas.
Risques et précautions à connaître
L'orge, mal utilisée, peut engendrer des troubles sérieux. Comprendre les mécanismes en jeu permet d'adopter les bonnes pratiques de distribution.
Surcharge en amidon et risques digestifs
Lorsque la quantité d'amidon ingérée dépasse la capacité de digestion enzymatique de l'intestin grêle, une fraction non digérée atteint le gros intestin (cæcum et côlon). Cet amidon est alors fermenté par les bactéries, ce qui entraîne :
- Une acidification du milieu intestinal (chute du pH)
- Un déséquilibre de la flore microbienne
- Un risque accru de coliques et de fourbure
Des travaux cités dans une revue récente (PMC, 2024) rappellent qu'une fraction notable d'amidon peut atteindre l'arrière-intestin dès 1 g/kg PV/repas, ce qui justifie de rester en dessous de ce seuil pour les chevaux sensibles.
Ulcères gastriques et troubles métaboliques
Des repas riches en amidon stimulent la production d'acide gastrique et peuvent favoriser l'apparition d'ulcères gastriques, notamment chez les chevaux de sport soumis à un stress régulier. Par ailleurs, une étude de Jose-Cunilleras et al. (The Veterinary Journal, 2006) a montré que des repas riches en amidon après l'exercice provoquent une hyperglycémie et une hyperinsulinémie marquées, sans bénéfice significatif sur la reconstitution du glycogène musculaire à 24 heures — ce qui relativise l'intérêt de l'orge en récupération post-effort.
Équilibre minéral et rapport Ca/P
Comme toutes les céréales, l'orge présente un rapport calcium/phosphore (Ca/P) défavorable : elle est riche en phosphore et pauvre en calcium. Une ration trop riche en orge sans complémentation minérale adaptée peut déséquilibrer ce rapport, avec des conséquences sur la santé osseuse, notamment chez les jeunes chevaux en croissance. L'IFCE recommande de systématiquement vérifier l'équilibre Ca/P lors de l'intégration de céréales dans la ration.
Chevaux à risque métabolique
Pour les chevaux présentant un syndrome métabolique équin (EMS), une maladie de Cushing, une insulinodysrégulation ou des antécédents de fourbure, l'orge doit être utilisée avec une extrême prudence, voire évitée. La recommandation pratique est de limiter l'apport d'amidon à moins de 0,3 g/kg PV/repas pour ces animaux, ce qui correspond à environ 0,29 kg d'orge par repas pour un cheval de 500 kg — une quantité très faible qui remet en question l'intérêt de cette céréale pour ces profils.
Conseils pratiques pour bien utiliser l'orge
- Toujours peser les rations plutôt que de mesurer en volume : la densité de l'orge varie selon le concassage.
- Introduire progressivement l'orge dans la ration sur 10 à 15 jours pour permettre à la flore intestinale de s'adapter.
- Distribuer après le foin : un estomac partiellement rempli de fourrage ralentit le transit des concentrés et réduit les pics glycémiques.
- Ne jamais dépasser 0,96 kg par repas pour un cheval de 500 kg (seuil IFCE basé sur l'amidon).
- Fractionner en 2 à 3 repas par jour pour respecter la physiologie digestive du cheval.
- Compléter en minéraux : associer un apport calcique (luzerne, carbonate de calcium) pour équilibrer le rapport Ca/P.
- Faire analyser le lot si possible, car la teneur en amidon peut varier de 52 à 67 % MS selon la variété et la récolte.
Vidéos
Les floconnés dans l'alimentation du cheval : bon ou mauvais
Orge germée pour chevaux : comment faire ? - YouTube
Germoir pour l'orge des chevaux - YouTube
L'alimentation de nos chevaux | Haras de Hus - YouTube
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Questions fréquentes
Selon les recommandations de l'IFCE basées sur les références INRA, la quantité maximale est d'environ <strong>0,96 kg d'orge brute par repas</strong> pour un cheval de 500 kg. Ce seuil correspond à 1 g d'amidon/kg de poids vif/repas, soit 500 g d'amidon apportés par 521 g d'amidon/kg d'orge.
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📚 Sources et références
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