pierre à sel cheval — Guide Cheval
Nutrition équine

Pierre à sel cheval : guide complet nutrition et dosage

Tout savoir sur la pierre à sel pour cheval : besoins en sodium, dosages recommandés, sel rose vs blanc, précautions. Guide expert basé sur NRC et IFCE.

8 min de lecture1 500 mots
La pierre à sel est l'un des compléments les plus simples et les plus essentiels de l'alimentation équine. Composée majoritairement de chlorure de sodium (NaCl), elle répond à un besoin nutritionnel fondamental : le sodium est systématiquement insuffisant dans les fourrages et les foins, contrairement à d'autres minéraux. L'Institut Français du Cheval et de l'Équitation (IFCE) recommande d'ailleurs un accès permanent et à volonté à un bloc de sel pour tout cheval, qu'il soit en box, en paddock ou au pré. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cachent des nuances importantes : dosage, type de sel, risques de surconsommation, gestion en période de chaleur ou d'effort. Cet article fait le point sur tout ce que vous devez savoir.

Pourquoi le sodium est-il indispensable au cheval ?

Le sodium (Na) est un électrolyte majeur impliqué dans de nombreuses fonctions vitales chez le cheval. Il joue un rôle central dans le maintien de l'équilibre hydrique, la transmission nerveuse et la contraction musculaire. Contrairement au potassium ou au calcium, le sodium est naturellement peu présent dans les fourrages et les foins, ce qui en fait un nutriment fréquemment limitant dans la ration équine.

Le chlorure (Cl), l'autre composant du sel (NaCl), est généralement mieux couvert par l'alimentation de base, mais les pertes sudorales importantes peuvent rapidement créer un déficit combiné en Na et Cl. C'est pourquoi la pierre à sel, source directe de NaCl, constitue une réponse nutritionnelle logique et efficace.

Composition chimique du sel (NaCl)

Le chlorure de sodium se décompose ainsi :

  • 39,34 % de sodium (Na)
  • 60,66 % de chlorure (Cl)

En pratique, cela signifie que :

  • 25 g de sel apportent environ 9,8 g de Na et 15,2 g de Cl
  • 50 g de sel apportent environ 19,7 g de Na et 30,3 g de Cl
  • 100 g de sel apportent environ 39,3 g de Na et 60,7 g de Cl

Ces conversions sont utiles pour estimer si les apports via le bloc couvrent les besoins journaliers du cheval selon son poids et son niveau d'activité.

Les pertes en sueur : un facteur déterminant

Le Merck Veterinary Manual fournit des estimations précieuses sur la composition de la sueur équine :

  • Sodium : environ 3,1 g par litre de sueur
  • Chlorure : environ 5,3 g par litre de sueur
  • Potassium : environ 1,6 g par litre de sueur

Ainsi, un cheval produisant 5 litres de sueur lors d'un effort soutenu perd environ 15,5 g de sodium et 26,5 g de chlorure. Ces chiffres illustrent pourquoi les besoins en NaCl augmentent considérablement avec la chaleur, la transpiration et l'intensité du travail.

Besoins en sel et dosages recommandés

Les besoins en sodium varient selon le poids du cheval, son niveau de travail, la température ambiante et la composition de sa ration. Les références nutritionnelles (NRC 2007) et les recommandations des universités spécialisées permettent d'établir des repères chiffrés fiables.

Cheval à l'entretien ou en travail léger

Pour un cheval adulte de 500 kg à l'entretien, les repères NRC 2007 indiquent :

  • Sodium : environ 10 g par jour
  • Chlorure : environ 40 g par jour

Pour couvrir le besoin minimal en sodium (10 g/j), il faut environ 25 g de NaCl par jour (calcul : 10 / 0,3934 ≈ 25 g). En pratique, la consommation observée via un bloc à lécher est souvent plus élevée :

  • Kentucky Equine Research (KER) rapporte une consommation moyenne de 50 g de sel par jour chez un cheval au repos
  • L'Université du Minnesota recommande 28 à 57 g par jour (1 à 2 onces)
  • L'Université du Missouri cite 57 à 85 g par jour (2 à 3 onces)

Ces écarts reflètent la variabilité individuelle et les différences de ration, de climat et d'accès à l'eau.

Cheval en travail intense ou par forte chaleur

Lors d'un effort soutenu ou en période estivale, les besoins en NaCl augmentent significativement. KER propose une règle pratique pour les chevaux d'endurance : environ 60 g d'électrolytes par heure d'exercice en climat modéré. Il est alors préférable de compléter la pierre à sel par un apport direct d'électrolytes mesurés, plutôt que de compter uniquement sur le léchage spontané du bloc.

L'estimation des pertes sudorales (données Merck) permet de calculer les besoins additionnels : pour chaque litre de sueur produit, le cheval perd environ 3,1 g de Na et 5,3 g de Cl, soit l'équivalent de 8 g de NaCl par litre de sueur.

Pierre à sel blanche, rose ou minéralisée : quelles différences ?

Le marché propose aujourd'hui plusieurs types de blocs à lécher. Il est important de comprendre leurs différences réelles pour faire un choix éclairé.

Sel blanc classique vs sel rose de l'Himalaya

Les deux types de blocs sont composés à plus de 95 % de NaCl. Les analyses ICP-OES montrent que le sel rose de l'Himalaya contient effectivement des traces de fer, manganèse, zinc et cuivre, mais en quantités très faibles au regard des besoins journaliers du cheval. Par exemple, le manganèse requis se compte en centaines de milligrammes par jour, alors que l'apport via léchage d'un bloc rose reste marginal.

Sur le plan de la palatabilité, une étude publiée dans Research in Veterinary Science (Sill et al., 2024) a montré que les chevaux préfèrent le sel blanc au sel rose lors de tests de préférence. Cela signifie qu'un cheval qui lèche peu son bloc rose ne manque pas nécessairement de sel : il peut simplement le trouver moins appétissant.

Conclusion pratique : le sel blanc classique reste la référence nutritionnelle. Le sel rose peut être utilisé, mais ne présente pas d'avantage nutritionnel démontré pour le cheval.

Blocs minéralisés, séléniés et mélassés : prudence

Certains blocs à lécher sont enrichis en minéraux (zinc, cuivre, sélénium) ou en mélasse pour améliorer l'appétence. L'IFCE met en garde contre les blocs mélassés : ils peuvent inciter le cheval à consommer bien plus que ses besoins réels en sel, sans que cela corresponde à un besoin nutritionnel.

Les blocs enrichis en sélénium présentent un risque de surdosage si le cheval reçoit déjà un aliment minéralisé ou un complément vitaminé. L'Université du Minnesota recommande d'éviter de multiplier les sources de minéraux en libre-service, car la consommation individuelle est difficilement contrôlable. En cas de doute, privilégiez un bloc de sel pur (NaCl) et gérez les apports en oligo-éléments via des compléments dosés avec précision.

Comment mettre à disposition la pierre à sel ?

La recommandation de l'IFCE est claire : la pierre à sel doit être disponible en permanence et à volonté, que le cheval soit en box, en paddock ou au pré. Ce principe repose sur la capacité naturelle du cheval à autoréguler sa consommation de sel selon ses besoins du moment. Un cheval peut ne pas lécher son bloc pendant plusieurs jours, puis consommer davantage après un effort intense ou par forte chaleur.

  • En box : fixez le bloc à un anneau ou placez-le dans un support adapté, à hauteur de tête, à l'abri de l'humidité excessive.
  • Au paddock ou au pré : utilisez un support ou un filet à sel résistant aux intempéries. Évitez de poser le bloc directement sur le sol boueux.
  • En groupe : prévoyez plusieurs blocs pour éviter que les chevaux dominants monopolisent l'accès.
  • Eau fraîche : l'accès à l'eau propre en permanence est impératif dès lors qu'un bloc de sel est mis à disposition, car le sel augmente la soif et l'excrétion urinaire.

En hiver, l'Université du Minnesota recommande même d'augmenter légèrement l'apport en sel pour stimuler la consommation d'eau et réduire le risque de coliques par impaction liées à une déshydratation relative.

Précautions et risques à connaître

Si la pierre à sel est un complément simple et sûr dans la grande majorité des cas, quelques situations méritent une vigilance particulière.

Risque d'acidose métabolique en cas de surconsommation

Une étude publiée dans PLOS ONE (Zeyner et al., 2017) a évalué l'effet de différentes doses de NaCl chez des juments Warmblood en travail modéré :

  • 50 g/j : effets compatibles avec une acidose compensée, augmentation de l'excrétion urinaire de Na et Cl
  • 100 g/j : diminution significative du pH sanguin, acidose métabolique légère

Ces résultats indiquent que des apports très élevés en sel, sans justification (absence de sueur importante, ration pauvre en fourrage), peuvent perturber l'équilibre acido-basique. La digestibilité apparente du sodium est d'environ 60-62 %, et celle du chlorure dépasse 94 %, ce qui signifie qu'une grande partie du sel consommé en excès est éliminée par les reins.

Recommandation : évitez les apports systématiques de fortes doses de sel sans raison identifiée (chaleur, effort, diarrhée) et sans suivi vétérinaire.

L'eau : une condition non négociable

Un cheval qui consomme du sel sans accès suffisant à l'eau court un risque réel de déshydratation, voire de colique par impaction. Ce risque est particulièrement élevé en hiver lorsque l'eau est froide ou gelée, et que le cheval réduit spontanément sa consommation d'eau. Vérifiez quotidiennement que les abreuvoirs sont fonctionnels et que l'eau n'est pas gelée. En cas de gel, l'utilisation d'un abreuvoir chauffant est fortement recommandée.

Conclusion

La pierre à sel est un incontournable de la nutrition équine, simple à mettre en place et peu coûteux. Un bloc de sel blanc (NaCl) en libre-service, associé à un accès permanent à l'eau fraîche, couvre les besoins de base en sodium pour la grande majorité des chevaux. En période de chaleur ou d'effort intense, un apport complémentaire en électrolytes dosés devient nécessaire. Évitez les blocs mélassés ou la multiplication des sources minérales non contrôlées. La simplicité reste ici la meilleure stratégie : du sel, de l'eau, et une surveillance régulière de la consommation.

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Questions fréquentes

Un cheval adulte de 500 kg à l'entretien a besoin d'environ 25 g de NaCl par jour pour couvrir son besoin minimal en sodium (≈ 10 g/j selon NRC 2007). En pratique, la consommation via un bloc à lécher est souvent de 50 à 85 g/j selon les individus et les conditions. Ces besoins augmentent significativement avec l'effort et la chaleur.

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