Détenir un cheval au pré, même sur sa propre propriété, implique de respecter un ensemble d'obligations légales encadrées par le Code rural et gérées par l'IFCE (Institut Français du Cheval et de l'Équitation). Ignorer ces règles expose le propriétaire à des sanctions administratives et peut compromettre la traçabilité de l'animal.
Garder son cheval au pré est souvent présenté comme la solution la plus naturelle et la plus économique pour un propriétaire. Mais derrière cette apparente simplicité se cachent des obligations réglementaires précises, des coûts récurrents souvent sous-estimés et des exigences techniques en matière de gestion du pâturage. Qu'il s'agisse d'un pré chez soi ou d'une pension externe, le propriétaire reste soumis au cadre du Code rural, aux règles d'identification IFCE et aux impératifs de bien-être animal. Ce guide complet vous donne les clés pour gérer votre cheval au pré en toute conformité, maîtriser votre budget et assurer à votre équidé des conditions de vie optimales, été comme hiver.
Cadre réglementaire : vos obligations légales
Déclaration du lieu de détention auprès de l'IFCE
Toute personne détenant un ou plusieurs équidés doit déclarer son lieu de détention auprès de l'IFCE (base SIRE) avant l'arrivée du premier cheval. Cette obligation est en vigueur depuis le 25 juillet 2010. L'IFCE attribue alors un numéro national unique au site.
En cas de changement de détenteur ou de déménagement du cheval, la mise à jour doit intervenir dans un délai de 30 jours. Si vous placez votre cheval en pension chez un professionnel, c'est l'hébergeur qui est détenteur responsable du site, mais vous conservez vos obligations en tant que propriétaire (identification, enregistrement de la propriété).
Identification et traçabilité de l'équidé
Un équidé est considéré comme correctement identifié s'il remplit trois conditions cumulatives :
- Être porteur d'un transpondeur (puce électronique) et disposer d'un relevé de signalement ;
- Posséder un document d'identification conforme (passeport équin) ;
- Être enregistré dans la base SIRE, base de données nationale gérée par l'IFCE.
L'arrêté du 25 juin 2018 relatif à l'identification des équidés, entré en vigueur le 1er juillet 2018, constitue le texte de référence actuel. Tout cheval non identifié ou dont le passeport n'est pas à jour expose son propriétaire à des contrôles et sanctions.
Registre d'élevage, vétérinaire sanitaire et bien-être animal
Le détenteur doit tenir un registre d'élevage recensant les mouvements de l'animal et les interventions/soins courants. Ce document peut être demandé lors de contrôles.
Si 3 équidés ou plus sont détenus sur un même site, la désignation d'un vétérinaire sanitaire est obligatoire. Par ailleurs, depuis le 1er janvier 2022, toute structure hébergeant des équidés dans le cadre d'une activité professionnelle doit désigner un référent bien-être animal.
Le Code rural interdit formellement de priver l'animal de nourriture ou d'abreuvement, de le laisser sans soins en cas de maladie ou de le maintenir dans un environnement causant souffrance ou blessure. Le certificat d'engagement et de connaissance (article D214-37-1 du Code rural) formalise ces obligations pour les détenteurs non professionnels.
Aménager un pré : abri, clôtures et eau
Un pré bien aménagé est la première garantie du bien-être de votre cheval. Trois éléments sont absolument incontournables : un abri, des clôtures sécurisées et un accès permanent à l'eau. Leur mise en place représente un investissement initial significatif, mais conditionne la sécurité et la santé de l'animal au quotidien.
L'abri : une nécessité avec des contraintes d'urbanisme
L'IFCE rappelle, en référence au principe du Code rural (l'animal est un être sensible), que tout cheval au pré doit disposer d'un abri adapté pour se protéger des conditions climatiques défavorables. Cet abri peut être naturel (haies denses, bosquet, relief) ou artificiel (structure en bois ou métal).
Point crucial souvent négligé : la construction d'un abri artificiel est soumise au droit de l'urbanisme. Selon la surface, la zone (agricole, naturelle, constructible) et la commune, un permis de construire ou une déclaration préalable peut être exigé. Il est donc impératif de vérifier la faisabilité administrative avant d'acquérir ou de louer une parcelle, sous peine de devoir démolir une structure non conforme.
Clôtures et accès à l'eau
Les clôtures électriques (ruban, fil, cordelette) avec électrificateur adapté constituent la solution la plus répandue pour les chevaux au pré. Elles nécessitent un entretien régulier : vérification de la tension, remplacement des piquets défaillants, contrôle de la mise à la terre. Une clôture défaillante est une source d'accident grave.
L'accès à l'eau doit être permanent et illimité. Un cheval de 500 kg peut consommer entre 25 et 50 litres d'eau par jour selon la température et l'activité. En hiver, un système antigel (abreuvoir chauffant ou vérification quotidienne) est indispensable. La propreté de l'abreuvoir doit être contrôlée régulièrement pour éviter les contaminations.
Gestion du pâturage : les données techniques IFCE
La gestion raisonnée du pâturage est souvent le point faible des propriétaires débutants. Un pré mal géré se dégrade rapidement, génère des zones surpâturées et des refus, et peut devenir insuffisant pour couvrir les besoins alimentaires du cheval. L'IFCE fournit des repères techniques précis pour éviter ces écueils.
Charge à l'hectare et pâturage tournant
L'IFCE recommande un chargement modéré inférieur à 1 UGB/ha, ce qui correspond à environ 1 à 2 chevaux par hectare selon la qualité de la prairie. Au-delà, le sol se dégrade et l'herbe ne se renouvelle plus suffisamment.
Pour optimiser les surfaces, le pâturage tournant est fortement conseillé : diviser la parcelle en 3 à 5 sous-parcelles et faire tourner les chevaux selon un calendrier précis. Les temps de repos recommandés sont :
- 25 à 30 jours entre deux passages au printemps ;
- 30 à 35 jours en été (croissance plus lente).
La hauteur d'herbe idéale à l'entrée est d'environ 12 cm ; les chevaux doivent sortir de la parcelle lorsque l'herbe atteint 5 à 3 cm, mesurée à l'herbomètre. En dessous, le sol est compacté et la repousse compromise.
Besoins en fourrages et complémentation hivernale
Même au pré, il faut anticiper les périodes où l'herbe est insuffisante : hiver, sécheresse estivale, surpâturage. L'IFCE préconise un apport en fourrages de 1,5 à 2 % du poids vif par jour en matière sèche (MS).
Exemple concret pour un cheval de 500 kg :
- À 1,5 % du PV : 7,5 kg de MS/jour en fourrages ;
- Si le foin est à 85 % de MS, cela représente environ 8,8 à 9 kg de foin brut par jour.
Sur une période hivernale de 4 mois (120 jours), ce même cheval nécessite donc environ 1 050 kg de foin. Ce stock doit être budgété et stocké à l'abri de l'humidité. Le broyage des refus et la gestion du fumier aux zones de nourrissage complètent l'entretien de la prairie.
Coûts réels : budget complet du cheval au pré
Le cheval au pré est l'option la moins onéreuse en termes de pension mensuelle, mais de nombreux postes de dépenses sont systématiquement sous-estimés. Voici une structure de coûts réaliste, que vous soyez en pension externe ou que votre cheval soit chez vous.
Pension au pré chez un professionnel : fourchettes de marché
Il n'existe pas de tarif national officiel pour la pension au pré. Les prix varient fortement selon la région, les services inclus et la qualité des infrastructures. À titre indicatif :
- Zones rurales éloignées : à partir de 150 €/mois pour une pension basique (herbe, eau, surveillance) ;
- Zones périurbaines ou Île-de-France : 250 à 400 €/mois et plus selon les prestations ;
- L'inclusion du foin hivernal, de la surveillance quotidienne et de l'accès à une carrière fait monter significativement le tarif.
Avant de signer, vérifiez précisément ce qui est inclus : foin, vermifugation, soins de base, surveillance en cas de blessure.
Postes récurrents à ne pas oublier
Qu'il soit en pension ou chez vous, votre cheval génère des dépenses annuelles incompressibles :
- Maréchalerie : 400 à 720 €/an selon le rythme (toutes les 6 à 8 semaines) et le type de prestation (parage seul ou ferrure complète) ;
- Santé courante (vaccins grippe/tétanos, vermifuges, visites vétérinaires de routine) : 300 à 800 €/an selon le protocole sanitaire ;
- Assurance responsabilité civile équin : environ 80 à 150 €/an, indispensable dès que le cheval évolue hors de votre propriété ;
- Foin hivernal : variable selon la région et la récolte, à calculer sur la base de ~9 kg/jour pour un cheval de 500 kg ;
- Entretien des clôtures et du matériel : piquets, ruban, électrificateur, abreuvoir — prévoir un budget annuel de maintenance.
Cheval au pré chez soi : la vraie structure de coût
Sans pension mensuelle à payer, les coûts sont souvent perçus comme quasi nuls. C'est une erreur fréquente. Les postes réels comprennent :
- Investissement initial : clôtures (piquets, électrificateur, ruban/fil, mise à la terre), abri (si artificiel : vérifier le permis d'urbanisme), abreuvoir ;
- Eau : raccordement, consommation, système antigel hivernal ;
- Gestion de la prairie : broyage des refus, rotation, éventuellement fauche et stockage du foin produit ;
- Gestion du fumier : curage des zones de nourrissage et de l'abri, évacuation ou compostage ;
- Déplacements : si le pré est éloigné du domicile, le coût en carburant et en temps peut devenir significatif sur l'année.
En cumulant tous ces postes, le coût réel d'un cheval au pré chez soi peut facilement dépasser 200 à 300 €/mois hors investissements initiaux.
Bonnes pratiques au quotidien
Au-delà de la conformité réglementaire et de la gestion technique, la vie au pré demande une surveillance quotidienne rigoureuse et une bonne connaissance du comportement équin. Voici les réflexes essentiels à adopter.
Surveillance quotidienne et santé
Un cheval au pré doit être observé au minimum une fois par jour. Cette visite permet de détecter rapidement une blessure, un signe de colique, une boiterie ou un comportement anormal. En hiver, la vérification de l'abreuvoir (gel, propreté) et de la disponibilité du foin est prioritaire.
Établissez un protocole sanitaire annuel avec votre vétérinaire : vaccination contre la grippe équine et le tétanos, vermifugation raisonnée (idéalement basée sur des coproscopies), bilan dentaire annuel. Ces actes préventifs évitent des interventions curatives bien plus coûteuses.
Conformité administrative : le réflexe propriétaire
Adoptez ces réflexes administratifs dès l'acquisition d'un cheval :
- Vérifier que le passeport est à jour et que la puce est lisible avant tout achat ;
- Déclarer le lieu de détention sur SIRE avant l'arrivée du cheval ;
- Mettre à jour la propriété dans SIRE dans les 30 jours suivant l'achat ;
- Tenir le registre d'élevage à jour avec les mouvements et soins ;
- Si vous détenez 3 équidés ou plus, désigner un vétérinaire sanitaire pour votre site.
Ces démarches, réalisées en ligne sur le portail SIRE de l'IFCE, prennent peu de temps mais protègent juridiquement le propriétaire et garantissent la traçabilité de l'animal en cas de contrôle ou de crise sanitaire.
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Conclusion
Le cheval au pré est une solution de vie naturelle et économiquement accessible, à condition d'en maîtriser toutes les dimensions. Conformité administrative avec l'IFCE, aménagement sécurisé du site, gestion raisonnée du pâturage et budget réaliste incluant tous les postes récurrents : voilà les quatre piliers d'une détention réussie. Un propriétaire bien informé est un propriétaire serein, et surtout, un cheval bien géré au pré est un cheval en meilleure santé. Prenez le temps de vous former et de vous entourer de professionnels compétents.
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Questions fréquentes
Oui, l'obligation de déclaration du lieu de détention auprès de l'IFCE (base SIRE) s'applique dès le premier équidé, sans seuil minimum. La déclaration doit être faite avant l'arrivée du cheval sur le site.
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📚 Sources et références
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