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Santé équine

Tendinite chez le cheval : tout comprendre pour mieux agir

Tendinite cheval : définition, causes, symptômes, diagnostic échographique, traitements et prévention. Guide expert basé sur des données vétérinaires réelles.

7 min de lecture1 240 mots
La tendinite est l'une des affections locomotrices les plus redoutées des propriétaires et entraîneurs de chevaux. Touchant en priorité le tendon fléchisseur superficiel du doigt (TFSD) sur les membres antérieurs, elle peut compromettre durablement la carrière sportive d'un cheval, voire y mettre fin prématurément. Loin d'être une simple inflammation passagère, la tendinopathie équine implique des lésions structurelles des fibres de collagène dont la cicatrisation exige des mois de patience et un suivi rigoureux. Avec une prévalence pouvant atteindre 11 % chez les pur-sang de course, ce n'est pas une pathologie anecdotique. Comprendre ses mécanismes, reconnaître ses signes précoces et adopter une stratégie thérapeutique adaptée sont les clés pour maximiser les chances de retour au travail.

Définition et anatomie : de quoi parle-t-on exactement ?

Le terme tendinite est couramment utilisé en équitation pour désigner toute affection douloureuse d'un tendon. En médecine vétérinaire moderne, on lui préfère souvent le terme de tendinopathie, qui englobe à la fois les formes inflammatoires aiguës et les formes dégénératives chroniques, sans préjuger du mécanisme dominant.

Chez le cheval athlète, la structure la plus fréquemment touchée est le tendon fléchisseur superficiel du doigt (TFSD), situé sur la face palmaire du membre antérieur, dans la région métacarpienne (le « canon »). Les études épidémiologiques estiment que ce tendon représente entre 75 et 93 % des lésions tendineuses chez le cheval de sport et de course.

Les lésions des membres postérieurs sont nettement plus rares : dans une grande cohorte japonaise de plus de 10 000 pur-sang, la prévalence de la tendinite du TFSD était de 11,1 % sur les antérieurs contre seulement 0,06 % sur les postérieurs.

Causes et facteurs de risque

Le mécanisme principal : la surcharge cumulative

La tendinopathie équine est avant tout une lésion de surmenage (overstrain). Lors du galop ou du saut, le boulet s'hyperétend et le TFSD subit des contraintes mécaniques considérables. Des micro-dommages s'accumulent progressivement dans les fibres de collagène jusqu'à ce qu'un épisode clinique survienne, souvent de façon apparemment brutale alors que la dégradation était en cours depuis des semaines ou des mois.

L'âge joue un rôle aggravant : avec le temps, la matrice interfasciculaire du tendon se modifie, réduisant la capacité des faisceaux à glisser les uns contre les autres et diminuant la tolérance au chargement répétitif.

Les principaux facteurs de risque identifiés

  • Âge : le risque augmente avec l'âge ; les chevaux de 3 ans et plus sont plus exposés que les 2 ans en course.
  • Sexe : les entiers présentent un risque plus élevé que les femelles et les hongres, selon les données épidémiologiques japonaises.
  • Intensité et charge d'entraînement : les galops rapides et les pics d'intensité sans récupération suffisante sont particulièrement impliqués dans les formes sévères.
  • Nature du sol : les surfaces très profondes, irrégulières ou glissantes augmentent les contraintes sur le tendon en favorisant l'hyperextension du boulet.
  • Conformation et aplombs : les défauts d'aplomb et les asymétries des pieds modifient la répartition des forces et fragilisent certaines structures.
  • Antécédent de tendinite : le tissu cicatriciel est mécaniquement moins performant que le tendon sain, ce qui prédispose fortement aux récidives.

Symptômes et diagnostic

Les signes cliniques à reconnaître

La tendinite se manifeste par une tétrade inflammatoire localisée sur la face palmaire du membre :

  • Chaleur au toucher sur le trajet tendineux
  • Gonflement et épaississement du tendon, parfois visible à l'œil nu
  • Douleur à la palpation, le cheval réagissant au pincement du tendon
  • Boiterie, souvent plus marquée en phase aiguë

Un point crucial souvent méconnu : l'intensité de la boiterie ne reflète pas la gravité des lésions. Elle est davantage corrélée à l'inflammation qu'à l'étendue des dommages structurels. Un cheval peu boiteux peut présenter une lésion sévère à l'échographie, et inversement.

Le diagnostic : l'échographie, examen de référence

Le diagnostic clinique repose sur l'historique d'effort associé aux signes locaux. Mais c'est l'échographie qui permet de confirmer, localiser et quantifier la lésion (étendue, présence d'une « core lesion » centrale, pourcentage de fibres atteintes).

Il est recommandé de réaliser l'examen échographique entre 7 et 10 jours après l'accident : trop précoce, l'image peut sous-estimer l'étendue réelle car la lésion tend à s'aggraver durant les deux premières semaines. L'IFCE préconise une fenêtre de 3 à 10 jours pour un premier bilan.

Le suivi échographique est ensuite indispensable tout au long de la rééducation, idéalement tous les 2 à 3 mois, pour adapter le programme de travail à l'évolution réelle de la cicatrisation.

Traitements : de la phase aiguë au retour au travail

Phase aiguë (0 à 2 semaines) : contrôler l'inflammation

L'objectif prioritaire est de limiter l'extension de la lésion et de contrôler l'inflammation :

  • Cryothérapie (glace) : application répétée plusieurs fois par jour pour réduire la chaleur et l'œdème
  • Anti-inflammatoires (AINS) prescrits par le vétérinaire
  • Contention et immobilisation : bandage de soutien, voire attelle ou plâtre selon la sévérité, pour éviter l'aggravation pendant la phase d'extension lésionnelle

Durant ces deux premières semaines, le repos strict est impératif. Toute sollicitation mécanique prématurée risque d'aggraver significativement les dommages.

Rééducation progressive : la clé du pronostic

La rééducation contrôlée est l'élément le plus déterminant pour le pronostic à long terme. Les données compilées par l'IFCE (études Gillis 1997, Dyson 2004, O'Meara et al. 2010) sont éloquentes : le taux de récidive est d'environ 75 % avec un simple repos au pré non contrôlé, contre 50 % avec une convalescence structurée et progressive.

Un programme de réhabilitation typique comprend des phases successives de pas en main, de trot contrôlé, puis de galop progressif, chaque étape étant validée par un contrôle échographique. Les durées sont longues : même une lésion légère nécessite au moins 6 mois avant toute reprise complète, et la guérison histologique (structurelle) prend 15 à 18 mois minimum.

Thérapies complémentaires et innovations

Plusieurs approches viennent compléter la rééducation selon les cas :

  • PRP (plasma riche en plaquettes) : injection intralésionnelle visant à apporter des facteurs de croissance pour stimuler la cicatrisation. Option de plus en plus utilisée en pratique spécialisée.
  • Cellules souches : technique régénérative en développement, à discuter avec le vétérinaire selon le profil lésionnel.
  • Ondes de choc (ECSWT) : une revue systématique de 2022 conclut que les preuves d'efficacité restent limitées en médecine vétérinaire du sport, avec des effets analgésiques à court terme possibles mais des études encore insuffisantes.
  • Adaptation de la ferrure : l'IFCE insiste sur la nécessité de ferrer les deux antérieurs de façon cohérente, car le membre sain peut être surchargé pendant la convalescence et développer à son tour des problèmes.

Prévention : protéger les tendons au quotidien

La prévention de la tendinite repose sur plusieurs piliers complémentaires :

  • Gestion raisonnée de la charge de travail : progression graduelle de l'intensité et du volume, intégration de phases de récupération suffisantes, évitement des pics d'effort brutaux. C'est la mesure préventive la plus efficace contre l'accumulation de micro-dommages.
  • Surveillance quotidienne des tendons : palper systématiquement les tendons après chaque séance (chaleur, épaississement, douleur). Un diagnostic précoce change radicalement le pronostic.
  • Adaptation aux surfaces : éviter les sols très profonds ou irréguliers, moduler la vitesse et les sauts en fonction du terrain, privilégier des pistes bien entretenues.
  • Parage et ferrure réguliers : corriger les déséquilibres, gérer les asymétries de pieds, assurer une ferrure adaptée à la discipline et au morphotype du cheval.
  • Rééducation structurée après lésion : c'est aussi de la prévention secondaire — un protocole contrôlé réduit significativement le risque de récidive par rapport au repos au pré non encadré.

Conclusion

La tendinite du cheval est une pathologie sérieuse qui exige rigueur, patience et expertise vétérinaire. De la phase aiguë à la rééducation progressive, chaque étape conditionne le pronostic à long terme. Les données scientifiques sont claires : une convalescence structurée et un suivi échographique régulier réduisent significativement le risque de récidive. La prévention — gestion de la charge, surveillance quotidienne, ferrure adaptée — reste le meilleur investissement pour préserver la longévité sportive de votre cheval.

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Questions fréquentes

La durée varie selon la sévérité de la lésion. Une lésion légère nécessite au minimum 6 mois avant une reprise complète. Pour les formes modérées à sévères, le retour à l'entraînement prend généralement 9 à 18 mois. La guérison histologique (structurelle réelle) demande au moins 15 à 18 mois.

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