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Santé équine

Lymphangite chez le cheval : causes, symptômes et traitements

Tout savoir sur la lymphangite chez le cheval : formes cliniques, symptômes, diagnostic vétérinaire et traitements. Guide expert pour propriétaires et cavaliers.

9 min de lecture1 713 mots
La lymphangite chez le cheval est une urgence vétérinaire caractérisée par un gonflement massif, douloureux et brutal d'un membre — le plus souvent un postérieur — lié à une inflammation des vaisseaux lymphatiques, fréquemment associée à une cellulite bactérienne. Surnommée « poteau » par les cavaliers en raison de l'aspect cylindrique du membre atteint, cette affection peut tripler la circonférence du canon en quelques heures. Derrière ce tableau clinique spectaculaire se cachent en réalité plusieurs entités distinctes : la lymphangite aiguë bactérienne, la forme ulcéreuse liée à Corynebacterium pseudotuberculosis, la lymphangite épizootique fongique (aujourd'hui disparue de France) et le lymphœdème progressif chronique des chevaux de trait. Comprendre ces différences est essentiel pour agir vite et éviter des séquelles définitives.

Les différentes formes de lymphangite chez le cheval

Le terme « lymphangite » recouvre plusieurs affections distinctes qu'il est indispensable de différencier, tant leur pronostic et leur prise en charge diffèrent.

La lymphangite aiguë bactérienne (« poteau » ou big leg)

C'est la forme la plus courante en Europe. Elle se manifeste par un gonflement brutal et massif d'un membre, presque toujours un postérieur, secondaire à une infection bactérienne des vaisseaux lymphatiques. Une porte d'entrée cutanée — plaie, abrasion, piqûre d'insecte — est souvent retrouvée, mais pas systématiquement. Les bactéries impliquées sont variées : Staphylococcus spp., Streptococcus spp., Trueperella pyogenes, Pseudomonas aeruginosa, Fusobacterium necrophorum, entre autres.

La lymphangite ulcéreuse (Corynebacterium pseudotuberculosis)

Cette forme, liée au complexe « pigeon fever » ou « dryland distemper », est causée par Corynebacterium pseudotuberculosis. Elle se distingue par des plaies suintantes et ulcérées le long des chaînes lymphatiques des membres distaux. La bactérie survit dans le sol, les fèces, le foin et les copeaux, et se transmet via des micro-plaies ou des insectes vecteurs (mouches). L'incubation dure 1 à 4 semaines. Les formes internes de cette infection présentent une mortalité de 30 à 40 % selon le MSD Veterinary Manual.

La lymphangite épizootique (forme fongique, maladie exotique)

Due à Histoplasma farciminosum, identifié dès 1892, cette forme contagieuse est considérée comme une maladie exotique en France, disparue depuis 1945 selon l'IFCE. Elle sévit encore dans certaines zones tropicales et subtropicales. Sa mention reste importante pour le diagnostic différentiel lors de retours de chevaux de pays endémiques.

Le lymphœdème progressif chronique (CPL) des chevaux de trait

À ne pas confondre avec la lymphangite aiguë, le lymphœdème progressif chronique (CPL) est une affection génétique et dégénérative touchant principalement les races de trait (Frison, Clydesdale, Shire, Trait Breton…). Il se caractérise par une atteinte distale progressive des membres avec fibrose dermique, plis cutanés, nodules et squames, souvent surinfectée. Cette maladie débute tôt et s'aggrave tout au long de la vie du cheval ; elle est incurable à ce jour.

Symptômes et tableau clinique de la lymphangite aiguë

La lymphangite aiguë bactérienne présente un tableau clinique caractéristique qui permet souvent un diagnostic rapide au anatomie/pied-cheval" class="cocon-link" title="pied du cheval anatomie">pied du cheval. Voici les signes à connaître impérativement.

Signes locaux : l'œdème massif et ses caractéristiques

  • Gonflement brutal et massif : le membre peut atteindre 2 à 3 fois sa circonférence habituelle en quelques heures, donnant l'aspect d'un « poteau ».
  • Localisation : surtout les postérieurs, de façon unilatérale ; l'œdème peut s'étendre du pied jusqu'au jarret, parfois jusqu'au grasset, voire à la mamelle.
  • Signe du godet positif (pitting edema) : une pression digitale laisse une empreinte persistante, signe d'un œdème liquidien.
  • Chaleur et douleur : la palpation est très douloureuse, la peau est tendue, chaude, parfois suintante.
  • Boiterie marquée : souvent sévère, le cheval peut refuser d'appuyer le membre.

Signes généraux : l'atteinte de l'état général

  • Hyperthermie : température rectale supérieure à 38,5 °C (valeur seuil IFCE).
  • Abattement et anorexie : le cheval peut refuser de manger et paraître prostré.
  • Sudation, tremblements : signes d'une douleur intense ou d'un état fébrile marqué.
  • Augmentation de la fréquence respiratoire : en lien avec la douleur et/ou la fièvre.

La rapidité d'installation de ces signes est un élément clé : une lymphangite aiguë se développe en quelques heures, ce qui la distingue d'un engorgement banal ou d'un œdème chronique.

Causes et mécanismes physiopathologiques

Comprendre pourquoi la lymphangite provoque un tel œdème nécessite de revenir sur le fonctionnement du système lymphatique équin et sur les mécanismes d'infection.

Contrairement au système cardiovasculaire, le système lymphatique ne dispose pas d'organe-pompe équivalent au cœur. La progression de la lymphe dépend des contractions musculaires, de la respiration et de la pression tissulaire. Lorsqu'une infection bactérienne dépasse la capacité de défense des nœuds lymphatiques régionaux, l'inflammation des vaisseaux lymphatiques bloque ce drainage, entraînant une accumulation massive de liquide inflammatoire dans les tissus.

  • Porte d'entrée : plaie, abrasion, piqûre d'insecte, micro-lésion cutanée — parfois aucune lésion visible malgré un examen attentif.
  • Multiplication bactérienne : les bactéries prolifèrent et dépassent les défenses immunitaires locales.
  • Obstruction lymphatique : l'inflammation des vaisseaux lymphatiques rend le drainage inefficace.
  • Accumulation liquidienne : le liquide inflammatoire s'accumule dans les espaces interstitiels, créant l'œdème caractéristique.

Les facteurs favorisants incluent : les conditions d'hygiène précaires, les litières humides, les blessures non traitées, la sédentarité prolongée au box et les périodes de forte activité des insectes vecteurs.

Diagnostic : comment confirmer une lymphangite chez le cheval

Le diagnostic de lymphangite repose d'abord sur l'examen clinique, mais plusieurs examens complémentaires permettent de préciser la forme, l'agent causal et d'éliminer les diagnostics différentiels.

Diagnostic clinique et examens complémentaires

Le diagnostic de la lymphangite aiguë bactérienne est avant tout clinique : le caractère brutal du gonflement, sa localisation unilatérale sur un postérieur, la douleur intense et la fièvre orientent rapidement le vétérinaire. La recherche d'une porte d'entrée cutanée fait partie de l'examen systématique, même si elle n'est pas toujours retrouvée.

Les examens complémentaires utiles comprennent :

  • Échographie des tissus mous : indispensable pour évaluer l'étendue de l'atteinte, détecter des collections (abcès), et éliminer une lésion tendineuse ou un hématome.
  • Bactériologie et culture : à réaliser sur tout écoulement ou lésion accessible, particulièrement en cas de suspicion de Corynebacterium pseudotuberculosis ou d'infection réfractaire au traitement initial.
  • Radiographies : parfois nécessaires pour exclure une fracture en cas de boiterie sévère ou de contexte traumatique.
  • Sérologie SHI (synergistic hemolysin inhibition) : utilisée pour les formes internes à C. pseudotuberculosis, associée à l'échographie abdominale/thoracique.
  • Numération formule sanguine et biochimie : pour évaluer l'état inflammatoire général (hyperleucocytose, élévation des protéines de phase aiguë).

Diagnostic différentiel : ne pas confondre avec d'autres œdèmes

Plusieurs affections peuvent mimer une lymphangite et doivent être éliminées :

  • Engorgement simple (« stocking up ») : œdème bilatéral, peu douloureux, touchant souvent plusieurs membres chez un cheval peu exercé ou au box prolongé ; se résout spontanément avec le mouvement.
  • Dermatites (gale de boue, dermatophilose) : gonflement plus progressif, lésions cutanées caractéristiques, moins douloureux.
  • Œdèmes déclives d'origine systémique : maladies cardiaques, digestives (hypoprotéinémie), anémie infectieuse équine — atteinte souvent bilatérale et symétrique.
  • CPL chez les chevaux de trait : évolution chronique et progressive, absence de début aigu brutal.
  • Cellulite sans atteinte lymphatique : distinction parfois difficile cliniquement, souvent traitée de façon similaire.

Traitement de la lymphangite chez le cheval

La lymphangite aiguë est une urgence vétérinaire. Un traitement rapide et adapté est indispensable pour éviter la chronicité, les séquelles lymphatiques permanentes et les récidives. La prise en charge est toujours multimodale.

Traitement médical : antibiothérapie et anti-inflammatoires

  • Antibiothérapie : c'est le pilier du traitement. Elle doit être instaurée rapidement, par voie générale (intramusculaire ou intraveineuse selon la gravité). Les pénicillines (pénicilline G, amoxicilline) sont souvent utilisées en première intention ; les associations (pénicilline + gentamicine, ou triméthoprime-sulfamides) peuvent être indiquées selon l'agent suspecté. La durée est généralement de 7 à 14 jours minimum, à adapter selon l'évolution clinique et les résultats bactériologiques.
  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : phénylbutazone ou flunixine méglumine pour réduire la douleur, la fièvre et l'inflammation. Ils améliorent le confort du cheval et facilitent la mobilisation.
  • Corticoïdes : parfois utilisés à faible dose en phase aiguë pour réduire l'œdème inflammatoire, mais leur usage reste controversé en présence d'infection active.

Traitement physique et soins locaux

  • Bandages de soutien et de contention : essentiels pour favoriser le retour lymphatique et limiter l'extension de l'œdème. Ils doivent être posés avec soin pour éviter les points de pression.
  • Hydrothérapie (douches froides) : application d'eau froide sur le membre plusieurs fois par jour pour réduire l'inflammation locale et soulager la douleur.
  • Exercice contrôlé au pas : dès que la douleur le permet, une marche au pas régulière (20 à 30 minutes, 2 à 3 fois par jour) est fortement recommandée pour stimuler le drainage lymphatique. C'est l'un des éléments les plus efficaces du traitement.
  • Soins de la porte d'entrée : nettoyage et désinfection de toute plaie identifiée, pansements adaptés si nécessaire.
  • Drainage chirurgical : en cas d'abcès constitué (notamment dans les formes à C. pseudotuberculosis), un drainage chirurgical peut être nécessaire.

Prévention et gestion des récidives

La lymphangite laisse souvent des séquelles sur les vaisseaux lymphatiques, prédisposant aux récidives. La prévention repose sur :

  • Hygiène rigoureuse des membres : nettoyage quotidien, séchage soigneusement des paturons, traitement précoce de toute lésion cutanée.
  • Exercice régulier : éviter les périodes prolongées d'inactivité au box, facteur majeur de récidive.
  • Lutte contre les insectes : répulsifs, filets anti-insectes, gestion des fumiers pour limiter la prolifération des mouches vecteurs.
  • Bandages préventifs : chez les chevaux à antécédents, des bandages de soutien lors des périodes de repos prolongé peuvent être bénéfiques.
  • Surveillance des membres : tout début de gonflement doit être signalé rapidement au vétérinaire pour une prise en charge précoce.

Pronostic et séquelles possibles

Le pronostic de la lymphangite aiguë bactérienne est favorable si le traitement est instauré rapidement. En revanche, un traitement tardif ou insuffisant peut conduire à des séquelles permanentes qui compromettent la carrière sportive du cheval.

  • Fibrose lymphatique : les épisodes répétés ou mal traités entraînent une fibrose progressive des vaisseaux et des tissus lymphatiques, rendant le membre définitivement plus volumineux (« jambe éléphantine »).
  • Récidives fréquentes : une fois les vaisseaux lymphatiques endommagés, le risque de récidive est significativement augmenté, parfois pour des causes minimes.
  • Complications cutanées : épaississement cutané, hyperkératose, ulcérations chroniques peuvent s'installer sur les membres chroniquement atteints.
  • Formes à C. pseudotuberculosis : les formes internes (atteinte pulmonaire, abdominale) présentent une mortalité de 30 à 40 %, soulignant l'importance d'un diagnostic précoce.

Un cheval ayant présenté une lymphangite aiguë peut reprendre une activité sportive normale si la prise en charge a été rapide et complète. La clé est la précocité de l'intervention vétérinaire.

Conclusion

La lymphangite chez le cheval est une urgence vétérinaire qui ne tolère aucun retard de prise en charge. Qu'il s'agisse de la forme aiguë bactérienne, de la forme ulcéreuse ou du lymphœdème chronique des chevaux de trait, chaque entité requiert une approche diagnostique et thérapeutique adaptée. L'association d'une antibiothérapie ciblée, d'anti-inflammatoires, de soins physiques rigoureux et d'un exercice contrôlé reste la clé d'une guérison sans séquelles. La vigilance quotidienne du propriétaire — hygiène des membres, traitement précoce des plaies, exercice régulier — demeure le meilleur rempart contre les récidives.

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Questions fréquentes

L'engorgement simple (« stocking up ») est généralement bilatéral, peu ou pas douloureux, et se résorbe après quelques minutes d'exercice. La lymphangite, elle, est unilatérale, d'apparition brutale, très douloureuse à la palpation, souvent accompagnée de fièvre et ne régresse pas avec le mouvement. En cas de doute, consultez immédiatement votre vétérinaire.

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