phytothérapie cheval — Guide Cheval
Santé équine

Phytothérapie cheval : guide complet pour soigner naturellement

Tout savoir sur la phytothérapie cheval : plantes médicinales, indications, risques d'intoxication, réglementation antidopage et conseils vétérinaires.

8 min de lecture1 472 mots
La phytothérapie équine connaît un essor considérable : de plus en plus de propriétaires et de soigneurs se tournent vers les plantes médicinales pour soutenir la santé de leurs chevaux. Soulagement des douleurs articulaires, gestion du stress, soutien digestif ou cutané… les indications sont nombreuses. Pourtant, derrière cette approche naturelle se cachent des réalités complexes : niveau de preuve scientifique variable, risques d'intoxication, interactions médicamenteuses et contraintes réglementaires strictes en compétition. Cet article vous propose un tour d'horizon complet et factuel de la phytothérapie chez le cheval, en distinguant ses usages thérapeutiques légitimes des dangers liés aux plantes toxiques, pour vous permettre d'agir en toute connaissance de cause.

Qu'est-ce que la phytothérapie équine ?

La phytothérapie équine désigne l'utilisation de plantes médicinales — sous forme de plantes sèches, poudres, extraits ou teintures — pour prévenir, soulager ou accompagner le traitement de troubles chez le cheval. Elle s'inscrit dans une démarche de soin complémentaire, distincte de la médecine vétérinaire conventionnelle.

Il est essentiel de comprendre que la grande majorité des produits à base de plantes commercialisés pour les chevaux sont classés comme aliments complémentaires, et non comme médicaments vétérinaires disposant d'une autorisation de mise sur le marché (AMM). Leur encadrement réglementaire est donc moins strict, et leurs allégations thérapeutiques ne reposent pas toujours sur des études cliniques rigoureuses.

La phytothérapie ne remplace en aucun cas un diagnostic vétérinaire. Elle intervient après identification de la cause du trouble (boiterie, coliques, stress, dermatite…) et peut, dans certains cas, compléter utilement un traitement conventionnel.

Principales indications et plantes utilisées

Les domaines d'application de la phytothérapie chez le cheval sont variés. Voici les indications les plus fréquentes, avec les plantes associées et leur niveau de documentation :

Soutien locomoteur et anti-inflammatoire

C'est l'indication la plus répandue. L'Harpagophytum procumbens (griffe du diable) est la plante la mieux documentée dans ce domaine. Elle contient des harpagosides, composés aux propriétés anti-inflammatoires reconnues. Un produit standardisé peut afficher, par exemple, un taux de 1,80 % d'harpagosides avec une posologie indicative de 15 g/jour pour un cheval adulte de 550 kg pendant 3 semaines.

Attention : l'harpagoside est considéré par les autorités de courses (notamment la THA) comme une substance de type AINS. Son usage peut entraîner un résultat positif lors d'un contrôle antidopage et exposer à des sanctions sportives.

Gestion du stress et du comportement

Plusieurs plantes sont traditionnellement utilisées pour leurs propriétés apaisantes chez le cheval anxieux ou hypersensible : valériane, passiflore, mélisse, aubépine. Ces plantes agissent sur le système nerveux central et peuvent induire une sédation légère.

Leur usage en contexte sportif est particulièrement risqué : la valériane figure sur la liste des substances interdites de la FEI (Equine Prohibited Substances List — EPSL), mise à jour annuellement. Tout propriétaire de cheval de compétition doit vérifier systématiquement le statut de chaque plante avant administration.

Digestion, peau et voies respiratoires

D'autres domaines sont fréquemment ciblés par la phytothérapie équine :

  • Soutien digestif : fenouil, anis, chardon-Marie (protection hépatique), psyllium (transit).
  • Affections cutanées : calendula, aloe vera, ortie (reminéralisant).
  • Voies respiratoires : thym, eucalyptus, plantain.

Le niveau de preuve scientifique pour ces indications reste très hétérogène. La littérature vétérinaire internationale souligne que l'usage des compléments à base de plantes est « fréquent chez les chevaux », mais que les lacunes de validation et d'encadrement sont importantes.

Risques, effets indésirables et intoxications par les plantes

La phytothérapie n'est pas anodine. Deux types de risques doivent être distingués : les effets indésirables liés à un usage thérapeutique mal maîtrisé, et les intoxications accidentelles par des plantes toxiques présentes dans l'environnement du cheval.

Effets indésirables liés à l'usage thérapeutique

Même utilisées à visée thérapeutique, les plantes médicinales peuvent provoquer des effets indésirables :

  • Toxicité dose-dépendante : certains composés actifs deviennent toxiques en cas de surdosage ou d'usage prolongé.
  • Interactions médicamenteuses : une plante peut potentialiser ou inhiber l'effet d'un traitement vétérinaire en cours (anticoagulants, AINS, sédatifs).
  • Populations à risque : juments gestantes, poulains, chevaux souffrant d'insuffisance rénale ou hépatique, d'ulcères gastriques.
  • Qualité des produits : les compléments à base de plantes sont parfois insuffisamment contrôlés (contamination, adultération, composition incomplète), ce qui peut entraîner des effets inattendus ou un résultat positif au contrôle antidopage.

Intoxications accidentelles par plantes toxiques

En France, l'IFCE (Institut Français du Cheval et de l'Équitation) recense une dizaine d'espèces végétales responsables de la majorité des intoxications équines : prêles, fougères, colchique, if, millepertuis, cytise, robinier, laurier-rose, renoncule, entre autres. Les intoxications les plus fréquentes impliquent le robinier, l'if et le laurier-rose.

La dangerosité peut être extrême : quelques grammes d'if suffisent à tuer un cheval. Le principe fondamental reste que « c'est la dose qui fait le poison », mais certaines plantes sont létales à très faible quantité.

Les facteurs favorisants sont multiples :

  • Surpâturage et paddocks restreints (le cheval broute par manque de fourrage).
  • Périodes de sécheresse estivale ou de disette automnale.
  • Distribution de déchets de taille (thuya, if, lauriers, buis) — pratique à proscrire absolument.
  • Contamination du foin ou changement de région (nouvelles plantes inconnues).
  • Risque plus élevé dans le sud de la France en raison du climat et de la flore locale.

Les signes cliniques sont souvent peu spécifiques et d'apparition variable : baisse d'état général, troubles digestifs (coliques, diarrhées), perturbations cardiaques et respiratoires, troubles locomoteurs et nerveux (ataxie, convulsions). Le cheval ne pouvant pas vomir, l'aggravation peut être rapide.

Diagnostic et prise en charge des intoxications

Face à une suspicion d'intoxication par une plante, la rapidité d'action est déterminante. Voici la conduite à tenir :

  • Retirer immédiatement le cheval de la source suspectée (pré, foin, déchets verts).
  • Appeler son vétérinaire sans délai et lui décrire précisément les symptômes observés et leur chronologie.
  • Conserver des échantillons de la plante ou du foin suspect pour identification toxicologique.
  • En cas de doute, contacter un Centre National d'Informations Toxicologiques Vétérinaires (CNITV).

La France dispose de quatre centres spécialisés :

  • Lyon : 04 78 87 10 40 (24h/24, 7j/7)
  • Nantes : 02 40 68 77 40 (24h/24, 7j/7)
  • Alfort : 01 48 93 13 00 (jours ouvrables, 9h-17h)
  • Toulouse : 05 61 19 39 40 (jours ouvrables, 9h-17h)

Le traitement dépend du toxique identifié : un antidote spécifique peut être administré si le toxique est connu et le délai suffisamment court ; dans la majorité des cas, le traitement est symptomatique (soutien des fonctions vitales, fluidothérapie, etc.).

Les appels concernant les équidés représentent environ 3 % des cas d'intoxication traités par ces centres, selon les données de l'IFCE.

Réglementation, antidopage et bonnes pratiques

L'usage de plantes médicinales en contexte de compétition équestre est soumis à une réglementation stricte. La FEI (Fédération Équestre Internationale) publie et met à jour annuellement l'Equine Prohibited Substances List (EPSL), avec un préavis de 90 jours avant toute modification.

Plusieurs plantes couramment utilisées en phytothérapie y figurent comme substances interdites ou soumises à seuil :

  • Valériane : substance interdite en compétition FEI.
  • Harpagophytum (harpagoside) : classé substance de type AINS, détectable après administration.
  • Tout produit contaminé ou adultéré peut générer un résultat positif, même si la plante n'est pas intrinsèquement interdite.

La responsabilité du résultat positif incombe au propriétaire ou à l'entraîneur, quelle que soit la source de la substance. Il est donc impératif de :

  • Vérifier chaque produit sur l'EPSL avant administration.
  • Respecter les délais de détection recommandés avant une compétition.
  • Choisir des produits avec traçabilité et analyses de composition garanties.
  • Consulter son vétérinaire pour tout doute sur une interaction ou un statut réglementaire.

En dehors de la compétition, les bonnes pratiques restent les mêmes : diagnostic vétérinaire préalable, revue des traitements en cours, vigilance accrue pour les populations sensibles (juments gestantes, poulains, chevaux malades).

Prévention : protéger son cheval des plantes dangereuses

La prévention des intoxications par les plantes repose sur quelques principes fondamentaux que tout propriétaire doit maîtriser :

  • Identifier les plantes toxiques présentes dans les prairies, haies et abords des paddocks. L'IFCE propose depuis 2023 une série de vidéos pédagogiques sur les plantes toxiques pour les équidés, enrichie en 2024 de cinq nouvelles espèces (une vidéo par mois jusqu'en septembre).
  • Ne jamais distribuer de déchets de taille de jardin : thuya, if, lauriers, buis sont potentiellement mortels.
  • Gérer le pâturage : éviter le surpâturage, assurer un apport suffisant en fourrage pour que le cheval ne soit pas contraint de brouter des plantes inhabituelles.
  • Surveiller la qualité du foin : un foin contaminé par des plantes toxiques peut provoquer une intoxication insidieuse.
  • Adapter la vigilance aux saisons : les risques sont accrus en été (sécheresse) et en automne (disette), périodes où le cheval est plus susceptible d'ingérer des plantes qu'il éviterait normalement.
  • Former son entourage : toute personne s'occupant du cheval doit connaître les plantes à risque et les conduites d'urgence.

Conclusion

La phytothérapie équine offre des perspectives intéressantes pour le soutien de la santé du cheval, à condition d'être pratiquée avec rigueur et discernement. Elle ne saurait se substituer à un suivi vétérinaire, et ses risques — effets indésirables, interactions, intoxications accidentelles, infractions antidopage — sont réels. En s'appuyant sur des produits de qualité documentée, en consultant les listes réglementaires et en restant vigilant face aux plantes de l'environnement, chaque propriétaire peut tirer le meilleur parti des plantes médicinales tout en préservant la sécurité de son cheval.

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Questions fréquentes

Non. La phytothérapie est une approche complémentaire, jamais un substitut au diagnostic et au traitement vétérinaire. Elle peut accompagner une prise en charge conventionnelle, mais uniquement après identification précise du trouble par un professionnel de santé animale.

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📚 Sources et références

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