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Santé équine

Headshaking chez le cheval : causes, diagnostic et traitements

Tout savoir sur le headshaking cheval : symptômes, causes neuropathiques, diagnostic différentiel et traitements efficaces. Guide expert vétérinaire.

7 min de lecture1 217 mots

Le headshaking — ou encensement pathologique — est l'un des syndromes les plus déroutants de la médecine équine. Il se manifeste par des secousses répétitives, brusques et involontaires de la tête, comme si le cheval cherchait à chasser un insecte de ses naseaux. Intermittent ou continu, déclenché par la lumière, le vent ou l'effort, ce trouble peut rendre un cheval inutilisable et altérer sérieusement son bien-être. La forme la plus fréquente, appelée Trigeminal-Mediated Headshaking (TMHS), est aujourd'hui reconnue comme une douleur faciale neuropathique liée à une hypersensibilité du nerf trijumeau. Cet article vous guide à travers les mécanismes, les causes, la démarche diagnostique et les options thérapeutiques actuelles, des plus simples aux plus innovantes.

Définition et mécanismes du headshaking

Le headshaking désigne un ensemble de signes cliniques caractérisés par des mouvements répétitifs, involontaires et souvent violents de la tête et de l'encolure. Il ne s'agit pas d'une maladie unique, mais d'un signe clinique pouvant résulter de nombreuses causes sous-jacentes.

La forme idiopathique la plus documentée est le Trigeminal-Mediated Headshaking (TMHS) : une douleur neuropathique faciale liée à un abaissement du seuil d'activation du nerf trijumeau. Chez ces chevaux, des stimuli normalement anodins — lumière, vent, vibrations, effort — deviennent douloureux, déclenchant les secousses caractéristiques. Des travaux neurophysiologiques confirment ce concept d'hypersensibilité fonctionnelle du nerf infraorbitaire, sans lésion histologique évidente dans la majorité des cas.

Cette analogie avec la névralgie du trijumeau humaine (« tic douloureux ») est aujourd'hui largement acceptée dans la communauté vétérinaire scientifique.

Causes et facteurs déclenchants

Avant de conclure à un TMHS idiopathique, il est indispensable d'éliminer les nombreuses causes secondaires susceptibles de provoquer ou d'aggraver un headshaking.

Causes secondaires à éliminer

  • Affections dentaires et sinusales : maladie dentaire, abcès, fracture dentaire, sinusite primaire ou secondaire.
  • Affections ORL : otite, parasites de l'oreille (acariens, tiques), corps étrangers auriculaires.
  • Poches gutturales : infections ou inflammations pouvant irriter les structures nerveuses adjacentes.
  • Affections oculaires : kystes intraoculaires, masses, sensibilité lumineuse exacerbée (photic headshaking).
  • Problèmes musculosquelettiques et cervicaux : douleur cervicale, harnachement inadapté, problèmes comportementaux.
  • Appareil hyoïde : l'ostéoarthropathie temporohyoïde est discutée comme diagnostic différentiel, bien que des études CT récentes ne retrouvent pas d'association robuste entre anomalies de l'hyoïde et headshaking.

Facteurs déclenchants et saisonnalité

Environ 60 % des chevaux atteints de TMHS présentent une forme saisonnière, avec une prédominance au printemps et en été, corrélée à la photopériode et aux conditions météorologiques. Les principaux déclencheurs identifiés sont :

  • La lumière vive (soleil, réflexions) — forme dite « photic headshaking »
  • Le vent et les courants d'air
  • Les sons aigus et les vibrations
  • L'augmentation de l'intensité de l'exercice
  • La poussière et certains allergènes environnementaux

L'âge moyen d'apparition est estimé à 9 ans, et les hongres semblent statistiquement plus représentés, toutes races confondues.

Symptômes et présentation clinique

La sémiologie du headshaking est assez caractéristique une fois les causes secondaires écartées. Les signes les plus fréquemment observés incluent :

  • Secousses verticales répétitives et brusques de la tête (flicks), parfois horizontales ou rotatoires
  • Frottements du nez contre les membres antérieurs ou contre tout objet à portée
  • Éternuements, snorts et agitation nasale
  • Aggravation nette à l'exercice, avec retentissement sur les performances
  • Dans les cas sévères : auto-traumatismes, difficultés à s'alimenter, risques pour le cavalier et les soigneurs

Le tableau clinique peut varier d'une légère gêne intermittente à une incapacité totale de travail, rendant le cheval dangereux à monter. La sévérité est souvent évaluée à l'aide d'échelles de score comportemental lors des consultations spécialisées.

Démarche diagnostique

Il n'existe pas de test unique permettant de confirmer un TMHS. Le diagnostic repose sur une démarche rigoureuse d'exclusion des causes secondaires combinée à une anamnèse structurée.

Anamnèse et examen clinique

L'anamnèse doit documenter précisément :

  • La saisonnalité (mois d'apparition, lien avec la photopériode)
  • L'horaire des épisodes (jour vs nuit, en extérieur vs en manège)
  • La réponse éventuelle au masque UV ou au nose-net
  • Le lien avec l'exercice, le vent, la poussière ou certains environnements

L'examen clinique complet comprend obligatoirement un examen dentaire, oculaire et auriculaire approfondi, ainsi qu'un examen locomoteur et cervical.

Examens complémentaires

Selon l'orientation clinique, les examens complémentaires peuvent inclure :

  • Endoscopie des voies respiratoires supérieures et des poches gutturales
  • Radiographies dentaires, sinusales ou cervicales
  • Scanner (CT) ou IRM pour les structures crâniennes, dentaires et sinusales
  • Blocs nerveux ciblés (notamment infraorbitaire) pour objectiver la composante neuropathique

Des travaux récents évaluent des méthodes neurophysiologiques de mesure du seuil de stimulation du nerf infraorbitaire, confirmant l'abaissement de seuil dans les formes idiopathiques — une avancée prometteuse pour objectiver le diagnostic à l'avenir.

Traitements : des mesures simples aux techniques avancées

Il n'existe pas de traitement universellement curatif du headshaking. La prise en charge est progressive, individualisée, et vise le contrôle des signes cliniques et l'amélioration du bien-être.

Mesures non médicamenteuses (première intention)

  • Évitement des déclencheurs : adaptation des horaires de travail (éviter les heures d'ensoleillement maximal), réduction de l'exposition au vent et à la poussière.
  • Nose-net (filet de nez) : un essai clinique portant sur 36 propriétaires testant 3 types de nose-nets a montré une amélioration chez une partie des chevaux saisonniers, bien que la résolution complète reste rare.
  • Masque anti-UV / anti-mouches : utile notamment dans les formes photic, sans garantie de résolution.
  • Supplémentation en magnésium (± bore) : une étude sur des chevaux TMHS a montré une réduction significative des signes, avec la combinaison magnésium + bore atteignant une réduction de 64 % des épisodes par rapport au régime foin seul, et de 36 % par rapport à un régime avec aliment granulé. Les chevaux les plus sévèrement atteints semblaient en bénéficier davantage.

Traitements médicamenteux

  • Cyproheptadine : antihistaminique/antisérotoninergique fréquemment utilisé, notamment dans les formes photic. La posologie usuelle est de 0,3 mg/kg PO toutes les 12 h, avec possibilité d'augmentation progressive par paliers. Un cas clinique publié rapporte une amélioration d'environ 70 % à 10 jours chez une jument pur-sang traitée à cette dose.
  • Corticostéroïdes et mélatonine : des données déclaratives issues d'un questionnaire propriétaires (130 chevaux) rapportent des améliorations autour de 50 % pour ces molécules, avec une grande variabilité individuelle.

Les réponses médicamenteuses restent hétérogènes et les effets indésirables doivent être pris en compte dans la durée.

Techniques de neuromodulation et interventions spécialisées

  • PENS (Percutaneous Electrical Nerve Stimulation) : stimulation électrique percutanée du nerf infraorbitaire. Des données publiées rapportent 86 % de chevaux atteignant une rémission, mais des traitements répétés sont nécessaires pour maintenir l'effet. Des protocoles en 3 séances espacées sont décrits dans certains centres équins spécialisés.
  • rTMS (stimulation magnétique transcrânienne répétitive) : une étude sur 17 chevaux TMHS non saisonniers utilisant un protocole de 5 jours consécutifs (3 × 500 stimulations/jour à 5 Hz) a montré une réduction des signes d'environ 70 % à J5, encore maintenue à ~50 % à 4 semaines.
  • Chirurgie (compression du nerf infraorbitaire) : sur une série de 24 chevaux traités par compression caudale par coils, 13/22 chevaux (59 %) présentaient une issue jugée satisfaisante au suivi médian de 6 mois. Cette option est réservée aux cas réfractaires en raison du risque de complications.

Conclusion

Le headshaking reste l'un des défis les plus complexes de la médecine équine, à la croisée de la neurologie, de la douleur chronique et du bien-être animal. Si aucun traitement universel n'existe à ce jour, la compréhension du mécanisme neuropathique a considérablement progressé, ouvrant la voie à des approches ciblées comme le PENS ou la rTMS. Une démarche diagnostique rigoureuse, l'élimination des causes secondaires et une prise en charge multimodale permettent, dans la majorité des cas, d'améliorer significativement la qualité de vie du cheval et de préserver sa relation avec son cavalier.

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Questions fréquentes

Oui, dans sa forme neuropathique (TMHS), le headshaking est associé à une douleur faciale réelle, comparable à une névralgie du trijumeau chez l'humain. Le cheval ressent des sensations douloureuses ou de brûlure au niveau du museau et de la face, déclenchées par des stimuli normalement anodins.

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