La maladie de Lyme est provoquée par des bactéries du genre Borrelia burgdorferi sensu lato, un complexe regroupant au moins 11 espèces identifiées, dont plusieurs sont susceptibles d'infecter les équidés. Il s'agit d'une maladie vectorielle et zoonotique, c'est-à-dire transmissible entre animaux et potentiellement à l'homme, mais non contagieuse de cheval à cheval : un équidé porteur de tiques ne peut pas contaminer ses congénères par simple contact.
La maladie de Lyme, ou borréliose de Lyme, est une infection bactérienne transmise par les tiques qui touche de nombreuses espèces animales, dont le cheval. En France, certaines régions affichent des taux d'exposition supérieurs à 48 % chez les équidés, ce qui en fait un sujet de préoccupation réel pour les propriétaires et les vétérinaires. Pourtant, un paradoxe fondamental caractérise cette maladie : si l'exposition au pathogène est fréquente, la maladie clinique déclarée reste rare. Comprendre la différence entre un cheval exposé et un cheval malade est essentiel pour éviter les erreurs diagnostiques et thérapeutiques. Cet article fait le point sur les données scientifiques actuelles concernant la borréliose équine, de l'agent causal aux stratégies de prévention.
Agent causal et mode de transmission
La tique Ixodes ricinus : principal vecteur en Europe
En Europe, le vecteur principal est Ixodes ricinus, une tique de petite taille (environ 1,5 mm à jeun) qui fréquente préférentiellement les zones humides et forestières : lisières de bois, prairies hautes, sous-bois. Le cheval, animal de pâture, est donc particulièrement exposé à ces environnements à risque.
La transmission de Borrelia nécessite généralement que la tique soit fixée plusieurs heures sur son hôte avant d'inoculer la bactérie. D'autres arthropodes (puces, moustiques, taons) ont été évoqués comme vecteurs potentiels, mais leur rôle épidémiologique reste marginal comparé à celui des tiques Ixodes. À titre de contexte, une méta-analyse européenne portant sur plus de 115 000 tiques Ixodes ricinus a révélé que 12,3 % d'entre elles étaient porteuses de Borrelia burgdorferi s.l., avec une moyenne par étude atteignant 15,6 %.
Épidémiologie et prévalence en France et en Europe
La borréliose équine est présente sur l'ensemble du territoire européen, avec des disparités géographiques marquées qui reflètent fidèlement la distribution du vecteur. Les données de séroprévalence — c'est-à-dire la proportion de chevaux présentant des anticorps anti-Borrelia — illustrent l'ampleur de l'exposition, sans pour autant refléter la fréquence de la maladie clinique.
Données françaises
Une étude publiée en 2010 dans Vector-Borne and Zoonotic Diseases (Maurizi et al.) a analysé 570 chevaux en France métropolitaine par test ELISA Dot-Blot. Les résultats montrent des taux d'exposition très variables selon les régions :
- Est de la France : 48 % de chevaux séropositifs
- Centre-Ouest : 31 % de chevaux séropositifs
La distribution géographique des cas positifs suit étroitement celle du vecteur Ixodes ricinus, confirmant le lien direct entre biotope à tiques et risque d'exposition. Des synthèses européennes plus récentes situent la séroprévalence française dans une fourchette de 23,7 à 52 % selon les études et les populations testées.
Contexte européen
À l'échelle européenne, les taux de séroprévalence varient considérablement d'un pays à l'autre, en fonction des méthodes de test, des populations étudiées et des régions géographiques. Une étude norvégienne publiée en 2025 rapporte une séroprévalence moyenne de 47 % chez les chevaux, tout en précisant que la plage observée ailleurs en Europe s'étend de 6 à 48 %. Ces chiffres élevés soulignent l'importance de l'exposition, mais rappellent aussi que la grande majorité des chevaux séropositifs ne développent aucun signe clinique.
Symptômes cliniques : une réalité complexe et souvent trompeuse
Le point le plus important à retenir concernant la clinique de la borréliose équine est formulé ainsi par l'AAEP (American Association of Equine Practitioners, 2025) : « l'infection est fréquente, la maladie de Lyme clinique est rare ». La proportion de chevaux infectés qui développent réellement des signes cliniques est inconnue à ce jour, et de nombreux équidés restent asymptomatiques malgré une séropositivité avérée.
Le délai entre l'infection et l'apparition éventuelle de symptômes est également mal connu chez le cheval. Les signes rapportés sont non pathognomoniques — c'est-à-dire qu'ils ne sont pas spécifiques à la maladie de Lyme — et nécessitent l'exclusion rigoureuse d'autres causes avant toute attribution à Borrelia.
Signes cliniques rapportés
Les manifestations cliniques décrites dans la littérature incluent notamment :
- Signes généraux : fièvre, léthargie, anorexie, amaigrissement chronique
- Signes locomoteurs : raideur, arthrite, boiterie (bien que la preuve causale directe reste limitée selon l'AAEP)
- Signes oculaires : uvéite récidivante
- Signes cutanés : pseudolymphome cutané
- Signes neurologiques : neuroborréliose (syndrome documenté)
- Autres : bursite nucale, fourbure, avortement
Parmi ces tableaux, les syndromes les mieux documentés et les plus solidement attribués à Borrelia burgdorferi sont la neuroborréliose, le pseudolymphome cutané, la bursite nucale et l'uvéite. En revanche, la preuve causale pour la raideur, la boiterie diffuse ou le malaise général reste limitée et controversée.
Diagnostic : entre exposition et maladie active
Le diagnostic de la borréliose équine est l'un des défis les plus complexes en médecine vétérinaire équine. La difficulté centrale réside dans l'interprétation des tests disponibles : un résultat sérologique positif signifie uniquement que le cheval a été exposé à Borrelia, pas qu'il est malade, ni que ses symptômes actuels sont causés par cette bactérie.
Tests de laboratoire disponibles
Plusieurs examens peuvent être utilisés dans la démarche diagnostique :
- Sérologie (IFI, ELISA, Western Blot) : ces tests détectent la présence d'anticorps anti-Borrelia. Ils sont les plus utilisés en pratique, mais leur résultat positif ne prouve pas la maladie active.
- PCR (biologie moléculaire) : permet de détecter l'ADN bactérien directement. Cependant, l'IFCE et le RESPE soulignent que les résultats sont « peu probants » chez le cheval à ce jour, avec une sensibilité pratique limitée selon le type d'échantillon et le contexte.
L'AAEP déconseille formellement le dépistage sérologique systématique chez les chevaux cliniquement sains, en raison du risque élevé de faux positifs cliniques (chevaux exposés mais non malades).
Démarche diagnostique recommandée
Une approche rigoureuse comprend plusieurs étapes indissociables :
- Étape 1 : Évaluer la compatibilité clinique et l'historique d'exposition aux tiques (zone géographique, accès à des pâtures boisées ou humides).
- Étape 2 : Exclure les diagnostics différentiels — boiteries orthopédiques, anaplasmose (co-infection possible avec Anaplasma phagocytophilum transmis par les mêmes tiques), autres causes d'uvéite, affections neurologiques, etc.
- Étape 3 : Appuyer la suspicion par les tests de laboratoire, en interprétant les résultats dans leur contexte clinique complet.
Cette démarche en trois temps est essentielle pour éviter le sur-diagnostic, fréquent avec cette maladie en raison de la prévalence élevée de l'exposition asymptomatique.
Traitement : antibiothérapie ciblée et prudente
Lorsque le diagnostic clinique de borréliose est étayé — c'est-à-dire lorsque les signes cliniques sont compatibles, les diagnostics différentiels écartés et l'exposition confirmée — un traitement antibiotique peut être instauré par le vétérinaire. Le traitement n'est pas recommandé chez les chevaux séropositifs sans signes cliniques (AAEP, 2025).
Les antibiotiques couramment utilisés dans la littérature vétérinaire équine incluent :
- Doxycycline (voie orale)
- Oxytétracycline (voie intraveineuse)
- Minocycline (voie orale)
- Ceftiofur (selon les sources de synthèse)
Certains auteurs préconisent une durée de traitement d'environ trois semaines. Cependant, si l'antibiothérapie n'est pas instaurée précocement, la durée nécessaire pourrait être sensiblement plus longue. La dose et la durée doivent être strictement respectées, car des effets indésirables digestifs sévères (dysbiose intestinale, coliques) sont possibles avec les tétracyclines chez le cheval. Toute décision thérapeutique relève exclusivement du vétérinaire traitant.
Prévention : gestion des tiques et de l'environnement
En l'absence de vaccin disponible contre la borréliose équine en Europe, la prévention repose exclusivement sur des mesures de gestion des tiques et de l'environnement.
Mesures pratiques recommandées
Les principales actions préventives sont les suivantes :
- Inspection régulière du cheval : examiner minutieusement le corps de l'animal après chaque sortie en zone à risque (encolure, aisselles, aine, fanon, tête). Retirer les tiques dès que possible avec un tire-tique adapté, sans écraser le corps de la tique.
- Gestion des pâtures : entretenir les prairies (fauchage régulier, débroussaillage des lisières) pour réduire les habitats favorables aux tiques. Éviter les zones humides et forestières très infestées pendant les périodes à risque (printemps et automne).
- Acaricides : des produits acaricides existent, mais leur utilisation chez le cheval n'est pas systématiquement encouragée selon l'IFCE, en raison des contraintes d'usage, de tolérance et de réglementation. Un conseil vétérinaire préalable est indispensable.
- Pas de vaccin : aucun vaccin contre la borréliose n'est disponible pour les équidés en Europe à ce jour (RESPE, IFCE).
Conclusion
La maladie de Lyme chez le cheval illustre parfaitement la complexité des maladies vectorielles : une exposition très fréquente (jusqu'à 48 % de séropositifs dans certaines régions françaises), mais une maladie clinique avérée rare et difficile à prouver. La clé réside dans une démarche diagnostique rigoureuse, qui distingue exposition et maladie active, et dans une antibiothérapie réservée aux cas cliniquement justifiés. En l'absence de vaccin, la vigilance quotidienne contre les tiques reste la meilleure protection pour vos équidés. Consultez toujours votre vétérinaire avant toute décision thérapeutique.
Cet article vous a plu ? Réagissez !
Questions fréquentes
Non. Un test sérologique positif indique uniquement que votre cheval a été exposé à Borrelia, pas qu'il est malade. L'AAEP déconseille formellement de traiter les chevaux séropositifs asymptomatiques. Consultez votre vétérinaire pour une évaluation clinique complète.
Notez cet article
📚 Sources et références
- [1]
- [2]
- [3]
- [4]
- [5]
- [6]
- [7]
- [8]
Articles liés

Fourbure chez le cheval : causes, symptômes et traitements
La fourbure du cheval, également appelée laminite, est l'une des affections les plus redoutées en médecine équine. Elle se définit comme une inflammation douloureuse des lamelles du pied, ces tissus q...
Lire l'article →
Vermifuge cheval : guide complet pour une vermifugation raisonnée
La vermifugation du cheval a profondément évolué ces dernières années. Finie la rotation systématique toutes les six à huit semaines : les recommandations actuelles de l'AAEP (révisées en mai 2024), d...
Lire l'article →
Gale de boue chez le cheval : causes, symptômes et traitements
La gale de boue est l'une des affections cutanées les plus redoutées des propriétaires de chevaux en hiver. Pourtant, ce terme courant est scientifiquement trompeur : il ne s'agit pas d'une véritable ...
Lire l'article →
Rhinopneumonie du cheval : tout savoir sur cette maladie virale
La rhinopneumonie équine est l'une des maladies virales les plus répandues dans les populations de chevaux domestiques à travers le monde. Causée par des herpèsvirus équins — principalement EHV-1 et E...
Lire l'article →
Anatomie du cheval : guide complet et illustré
Comprendre l'anatomie du cheval est indispensable pour tout cavalier, éleveur ou professionnel de la filière équine. Loin d'être une discipline réservée aux vétérinaires, cette connaissance permet d'o...
Lire l'article →
Foin pour cheval : guide complet nutrition et qualité
Le foin constitue la pierre angulaire de l'alimentation du cheval. En tant qu'herbivore non-ruminant, le cheval est physiologiquement conçu pour ingérer des fibres en continu : à l'état naturel, il pa...
Lire l'article →Commentaires
Connectez-vous pour laisser un commentaire et rejoindre la communauté Guide Cheval
Restez informé
Recevez nos meilleurs articles sur le monde équestre directement dans votre boîte mail.
Pas de spam. Désinscription possible à tout moment.

