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Santé équine

Piroplasmose chez le cheval : tout savoir pour protéger votre équidé

Piroplasmose cheval : agents pathogènes, symptômes, diagnostic, traitement à l'imidocarbe et prévention. Guide expert basé sur les données WOAH et IFCE.

9 min de lecture1 671 mots
La piroplasmose équine est l'une des maladies parasitaires les plus répandues chez le cheval en France et en Europe. Transmise principalement par les tiques, elle est causée par deux protozoaires intra-érythrocytaires — Theileria equi et Babesia caballi — qui s'attaquent directement aux globules rouges de l'animal. Reconnue par l'Organisation mondiale de la santé animale (WOAH), cette affection peut prendre des formes très variables, allant du portage asymptomatique silencieux à la crise aiguë engageant le pronostic vital. Avec une séroprévalence atteignant 30 % en Europe pour T. equi et des foyers de plus en plus documentés dans le sud de la France, la piroplasmose représente un enjeu sanitaire et économique majeur pour la filière équine. Voici ce que tout propriétaire et professionnel doit savoir.

Définition et agents responsables

La piroplasmose équine — également appelée babésiose équine, théilériose équine ou encore « biliary fever » dans la littérature anglophone — est une maladie parasitaire protozoaire touchant les équidés : chevaux, ânes, mulets et zèbres. Elle est inscrite au Terrestrial Code de la WOAH (chapitre « Infection with Theileria equi and Babesia caballi »), ce qui témoigne de son importance sanitaire internationale.

Les parasites responsables sont des hémoparasites intra-érythrocytaires, c'est-à-dire qu'ils se développent à l'intérieur des globules rouges, provoquant leur destruction progressive et une anémie hémolytique.

Theileria equi et Babesia caballi : deux agents, deux comportements

Theileria equi est l'agent le plus fréquent et le plus préoccupant : il représente 91,7 % des isolats identifiés dans les études françaises récentes, contre 8,3 % pour Babesia caballi. Il est également plus difficile à éliminer par le traitement, car les chevaux infectés peuvent rester porteurs à vie, constituant un réservoir permanent pour les tiques vectrices.

Babesia caballi, bien que moins fréquente, peut aussi entraîner des formes cliniques sévères. Sa transmission transovariale (de la tique mère à ses œufs) est documentée pour au moins 8 espèces de tiques vecteurs, ce qui complique la lutte vectorielle.

Sur le plan génétique, les études françaises montrent que T. equi appartient à 98 % au génotype E et 2 % au génotype A, tandis que les souches de B. caballi identifiées relèvent du génotype A.

Modes de transmission et épidémiologie en France

La piroplasmose n'est pas contagieuse par contact direct entre chevaux. Sa propagation repose sur trois voies principales, dont la maîtrise est au cœur de toute stratégie de prévention.

La transmission par les tiques : voie principale

Les vecteurs sont des tiques dures (Ixodidae), principalement des genres Dermacentor, Rhipicephalus, Hyalomma et Amblyomma selon les régions. La WOAH recense environ 14 espèces de tiques ixodidées capables de transmettre ces parasites de façon transstadiale (d'un stade larvaire au suivant).

Un fait préoccupant pour la France : la tique Hyalomma marginatum, vecteur compétent de T. equi, s'est installée de façon pérenne sur la bordure méditerranéenne française depuis 2015, selon l'IFCE. Le réchauffement climatique pourrait favoriser son extension vers le nord du pays dans les prochaines décennies.

Transmission iatrogène et verticale

La transmission par le sang contaminé est une réalité souvent sous-estimée en pratique équine. L'utilisation d'aiguilles, de matériel chirurgical ou dentaire non stérilisés entre plusieurs animaux peut suffire à propager l'infection. Cette voie iatrogène est particulièrement documentée dans les contextes de compétition ou d'élevage intensif.

La transmission verticale (de la jument au poulain) a également été rapportée par la WOAH. Des recherches récentes menées en France s'intéressent à sa fréquence chez des juments asymptomatiques PCR positives et leurs poulains, soulevant des questions importantes pour la gestion des poulinières en zones endémiques.

Prévalence en France : un gradient Nord-Sud marqué

La piroplasmose est présente sur l'ensemble du territoire français, mais avec une intensité croissante du nord vers le sud. Les données issues des écoles vétérinaires françaises (échantillonnage 2019–2022) illustrent ce gradient de façon saisissante :

  • ~15 % de porteurs asymptomatiques en région parisienne (Île-de-France)
  • ~30 % à Nantes
  • ~54 % à Lyon
  • ~73 % à Toulouse

Au niveau européen, la séroprévalence pour T. equi atteint 30 % (données 2001–2019), contre 8 % pour B. caballi. En France, sur la période 1997–2003, la prévalence par PCR était de 25 % pour T. equi et de 2 % pour B. caballi. Ces chiffres soulignent l'importance du portage silencieux dans la dynamique épidémique.

Symptômes et formes cliniques

La piroplasmose est une maladie aux visages multiples. Ses signes cliniques sont souvent peu spécifiques, ce qui rend le diagnostic clinique seul insuffisant et peut conduire à des confusions avec d'autres affections fébriles. La WOAH distingue quatre formes : per-aiguë, aiguë, subaiguë et chronique.

Formes aiguë et per-aiguë

La forme aiguë est la plus facilement identifiable. Elle associe :

  • Fièvre élevée, habituellement supérieure à 40 °C
  • Anorexie, abattement marqué
  • Augmentation de la fréquence respiratoire et du pouls
  • Muqueuses pâles à ictériques (teinte jaune liée à l'hémolyse)
  • Congestion des muqueuses, pétéchies ou ecchymoses
  • Crottins plus petits et secs, parfois coliques légères
  • Œdème distal des membres dans certains cas

La forme per-aiguë, plus rare, peut évoluer rapidement vers la mort sans traitement d'urgence.

Formes chronique et asymptomatique

La forme chronique est insidieuse : le cheval présente une baisse de performance inexpliquée, un amaigrissement progressif, une intolérance à l'effort et parfois une splénomégalie (rate augmentée de volume). Ces signes sont souvent attribués à tort à d'autres causes (surmenage, problème dentaire, parasitisme digestif).

Mais la situation la plus fréquente en zone endémique est le portage asymptomatique : le cheval est infecté, potentiellement contagieux pour les tiques, sans présenter le moindre signe clinique. Selon les études françaises récentes, environ 40 % des chevaux seraient dans cette situation dans les régions les plus touchées. Ces porteurs constituent le principal réservoir de la maladie.

Diagnostic : comment confirmer la piroplasmose ?

Face à la non-spécificité des signes cliniques, le diagnostic de certitude repose impérativement sur des examens de laboratoire. L'objectif est double : confirmer une infection active ou identifier un portage chronique, notamment dans le cadre d'un export ou d'un bilan sanitaire.

Les trois outils diagnostiques de référence

1. La PCR (réaction en chaîne par polymérase) détecte l'ADN des piroplasmes directement dans le sang. C'est l'outil de choix en phase aiguë ou pour confirmer un portage actif. Elle permet de distinguer T. equi de B. caballi et d'identifier les génotypes.

2. Le frottis sanguin permet la mise en évidence directe des parasites intra-érythrocytaires au microscope. Rapide et peu coûteux, il est utile en phase aiguë avec forte parasitémie, mais sa sensibilité est faible en cas de portage chronique à faible charge parasitaire.

3. La sérologie (détection d'anticorps) est indispensable pour le dépistage à grande échelle et les contrôles à l'export. Attention : un résultat positif peut correspondre à une infection ancienne, car les anticorps persistent plusieurs mois voire plusieurs années après l'infection. Un cheval séropositif n'est donc pas nécessairement porteur actif.

En pratique, la combinaison PCR + sérologie offre la meilleure sensibilité diagnostique, notamment pour les chevaux destinés à l'exportation vers des pays indemnes.

Traitement de la piroplasmose équine

La prise en charge thérapeutique associe un traitement antiparasitaire spécifique et des soins de support adaptés à la sévérité clinique (gestion de l'anémie, de la déshydratation, de la fièvre, des complications hépatiques ou rénales). Tout traitement doit être prescrit et supervisé par un vétérinaire.

L'imidocarbe dipropionate : molécule de référence

L'imidocarbe dipropionate est la molécule la plus utilisée en pratique équine. Les protocoles recommandés diffèrent selon l'agent en cause :

  • Babesia caballi : 2,2 mg/kg par voie intramusculaire (IM), en 2 injections espacées de 24 heures
  • Theileria equi : 4,4 mg/kg IM, en 3 à 4 injections espacées de 48 à 72 heures

Ces doses plus élevées pour T. equi s'expliquent par la plus grande résistance de ce parasite à l'élimination. Même à ces posologies, l'éradication complète du portage n'est pas garantie.

Effets indésirables à surveiller : effets cholinergiques (hypersalivation, coliques, tremblements), toxicité hépatique et rénale, myosite au site d'injection. Il est recommandé de fractionner le volume sur plusieurs sites d'injection. Une prudence particulière s'impose chez les ânes, les mulets et les juments gestantes, en raison d'un risque de fœtotoxicité lié au passage placentaire de la molécule.

Autres molécules disponibles

D'autres traitements antiparasitaires peuvent être envisagés selon le contexte clinique et la disponibilité :

  • Buparvaquone : utilisée notamment dans certains pays pour T. equi, avec des résultats variables
  • Diminazène acéturate : actif sur B. caballi, moins efficace sur T. equi
  • Oxytétracycline : parfois utilisée en complément, notamment pour ses propriétés anti-inflammatoires et son activité partielle sur les piroplasmes

Chaque molécule présente ses propres limites d'efficacité et son profil d'effets indésirables. Le choix thérapeutique doit être individualisé par le vétérinaire en fonction de l'agent identifié, de l'état clinique du cheval et de l'objectif visé (guérison clinique ou élimination du portage).

Prévention : comment limiter le risque ?

En l'absence de vaccin disponible contre la piroplasmose équine (confirmé par la WOAH), la prévention repose entièrement sur la réduction de l'exposition aux tiques et sur les mesures de biosécurité. L'IFCE reconnaît qu'il est difficile d'empêcher totalement l'infection en pratique, notamment dans les zones endémiques du sud de la France.

Lutte contre les tiques : surveillance et gestion de l'environnement

Les mesures recommandées par l'IFCE incluent :

  • Inspection quotidienne des chevaux, notamment dans les zones de prédilection des tiques (encolure, aisselles, aine, fanon, pourtour des oreilles)
  • Retrait rapide et correct des tiques à l'aide d'un tire-tique, sans écraser le parasite
  • Gestion de la végétation autour des paddocks et des pâtures : fauchage régulier, débroussaillage des lisières boisées
  • Utilisation de répulsifs acaricides homologués chez le cheval, en respectant les conditions d'emploi

L'installation pérenne de Hyalomma marginatum sur la façade méditerranéenne française depuis 2015, combinée aux projections climatiques, invite à renforcer ces mesures de surveillance dans les régions du sud.

Prévention de la transmission iatrogène

La prévention de la transmission par le sang passe par des règles de biosécurité élémentaires mais essentielles :

  • Utilisation systématique d'aiguilles à usage unique
  • Stérilisation rigoureuse du matériel chirurgical, dentaire et de tatouage
  • Éviter tout partage de matériel potentiellement souillé par du sang entre plusieurs animaux
  • Sensibilisation des propriétaires et des soigneurs à ces risques, notamment lors de rassemblements ou de compétitions

Conclusion

La piroplasmose équine est une maladie complexe, aux formes cliniques très variables, dont la prévalence en France — particulièrement dans le sud du pays — justifie une vigilance constante. En l'absence de vaccin, la prévention repose sur la lutte anti-tiques et la biosécurité. Face à tout signe fébrile inexpliqué ou baisse de performance persistante, un bilan parasitologique (PCR et sérologie) s'impose. La collaboration étroite avec votre vétérinaire reste la meilleure garantie pour protéger vos chevaux et maîtriser la diffusion silencieuse de cette maladie.

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Questions fréquentes

Non. Un résultat sérologique positif signifie que le cheval a été en contact avec le parasite, mais les anticorps peuvent persister plusieurs mois voire plusieurs années après l'infection. Un cheval séropositif peut être un porteur asymptomatique sain. La PCR est nécessaire pour confirmer un portage actif.

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