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Santé équine

Dermite estivale cheval : causes, symptômes et traitements

Tout savoir sur la dermite estivale du cheval (DERE) : causes, symptômes, diagnostic et traitements. Guide expert basé sur les données IFCE.

7 min de lecture1 231 mots

La dermite estivale récidivante des équidés (DERE) est la dermatose allergique la plus fréquente chez le cheval. Connue sous les noms de « sweet itch » en anglais ou Insect Bite Hypersensitivity (IBH), elle touche environ 10 % des chevaux en France selon l'IFCE. Cette maladie saisonnière, qui sévit de mars à novembre, est provoquée par une réaction d'hypersensibilité aux allergènes contenus dans la salive de moucherons du genre Culicoides. Récidivante et progressive, elle peut sérieusement altérer le bien-être du cheval et compliquer sa gestion au quotidien. Comprendre ses mécanismes, reconnaître ses signes cliniques et mettre en place une stratégie de prévention adaptée sont les clés pour limiter son impact sur la santé et les performances de votre équidé.

Définition et causes de la dermite estivale

Qu'est-ce que la DERE ?

La dermite estivale récidivante des équidés (DERE) est une dermatose allergique prurigineuse, saisonnière et récidivante. Elle résulte d'une réaction d'hypersensibilité — impliquant des mécanismes immunitaires de type I et IV — aux allergènes présents dans la salive des moucherons piqueurs du genre Culicoides spp. Ce ne sont pas les piqûres elles-mêmes qui provoquent la maladie, mais bien la réponse immunitaire exacerbée de l'organisme face à ces protéines salivaires. Une fois sensibilisé, le cheval réagit à chaque nouvelle piqûre avec une intensité croissante au fil des saisons.

Les insectes responsables

Le principal agent causal est le moucheron Culicoides spp., un insecte de très petite taille (1 à 3 mm) dont l'activité est maximale à l'aube et au crépuscule, par temps calme et humide. D'autres insectes piqueurs peuvent être impliqués selon les régions, notamment les Simulium spp. (mouches noires). L'activité de ces insectes débute dès que la température dépasse 10 à 15 °C, ce qui correspond généralement au début du printemps en France. Les Culicoides se reproduisent dans les zones humides : bords d'étangs, prairies marécageuses, fumières et points d'eau stagnante constituent leurs gîtes larvaires privilégiés.

Symptômes et évolution clinique

Les signes cliniques à reconnaître

Le signe cardinal de la DERE est un prurit intense, parfois insupportable pour l'animal, qui se manifeste par des comportements de frottement, de grattage et de morsure. Les lésions cutanées observées sont :

  • Papules et croûtes sur les zones atteintes
  • Alopécie (perte de poils) et crins cassés, notamment à la crinière et à la queue
  • Excoriations et plaies dues au grattage répété
  • Infections bactériennes secondaires sur les zones lésées
  • Dans les cas sévères : douleur chronique et perte de poids liées au stress et aux complications

Les localisations typiques sont la crinière (encolure, garrot) et la base de la queue, avec une extension possible à l'ensemble du corps dans les formes graves.

Une maladie progressive et chronique

Sans prise en charge adaptée, la DERE évolue inexorablement vers la chronicité. Chaque saison, les symptômes tendent à s'aggraver. On observe progressivement :

  • Une lichénification de la peau (épaississement, aspect plissé et rugueux)
  • Des zones d'alopécie permanente où les poils ne repoussent plus
  • Une hypersensibilisation croissante : des piqûres de moins en moins nombreuses suffisent à déclencher des réactions de plus en plus intenses

C'est pourquoi une intervention précoce, dès les premiers signes, est essentielle pour limiter les séquelles à long terme.

Épidémiologie et facteurs de risque

Prévalence : des chiffres qui varient fortement

La prévalence de la DERE varie considérablement selon les régions et les populations équines :

  • France : environ 10 % des chevaux (IFCE)
  • Europe : entre 3 et 10 % selon les pays
  • Royaume-Uni : de 3 à 11,6 % selon les zones
  • Australie (Queensland) : jusqu'à 10–60 % dans certaines régions
  • Pays-Bas : de 0 à 71,4 % selon les localités
  • Chevaux Islandais importés en Europe continentale : prévalence pouvant dépasser 50 %, en raison de l'absence d'exposition préalable aux Culicoides dans leur pays d'origine

Ces écarts illustrent l'importance déterminante de l'environnement et de l'exposition aux insectes dans l'expression de la maladie.

Races, âge et prédispositions génétiques

Toutes les races de chevaux peuvent être touchées par la DERE. Cependant, certains facteurs augmentent le risque :

  • Âge d'apparition : les premiers signes cliniques surviennent le plus souvent entre 2 et 6 ans
  • Prédisposition génétique : certaines lignées sont nettement plus touchées que d'autres ; la maladie est d'origine polygénique, avec une héritabilité estimée à 0,3 chez les chevaux Islandais (étude sur 1 250 chevaux)
  • Facteurs environnementaux aggravants : hébergement en extérieur aux heures crépusculaires, proximité de zones humides, fumières ou points d'eau stagnante à moins de 500 m
  • Facteurs protecteurs : bord de mer, haute altitude, sols bien drainés, stabulation en bâtiment fermé aux heures d'activité des insectes

Diagnostic de la dermite estivale

Le diagnostic de la DERE repose avant tout sur l'examen clinique et l'anamnèse. Le caractère saisonnier des symptômes, leur localisation typique (crinière, queue), l'intensité du prurit et le contexte d'exposition aux insectes permettent généralement d'établir un diagnostic de présomption solide sans examens complémentaires.

Des tests immunologiques existent, notamment le CAST (Cellular Antigen Stimulation Test) utilisant des extraits de Culicoides nubeculosus. Toutefois, leur interprétation est délicate : un résultat positif chez un cheval récemment importé ne prédit pas nécessairement le développement de la maladie, car des faux positifs transitoires sont possibles chez des animaux qui resteront cliniquement sains. Ces tests sont donc davantage des outils de recherche que des outils diagnostiques de routine.

Le diagnostic différentiel doit écarter d'autres dermatoses prurigineuses : gale, teigne, poux, ou encore allergies alimentaires et de contact.

Traitement et prévention : une stratégie combinée

La prévention : priorité absolue

L'IFCE est formel : aucun traitement seul n'est suffisamment efficace sans une réduction drastique du contact entre le cheval et les insectes. La prévention constitue donc le pilier central de la prise en charge. Les mesures à mettre en place dès que les températures dépassent 10–15 °C (début du printemps) sont :

  • Rentrer les chevaux en bâtiment fermé avant le coucher du soleil et les ressortir après le lever du jour, pour éviter les pics d'activité des Culicoides
  • Utiliser une couverture intégrale à maillage très fin (des oreilles à la queue) lors des sorties
  • Installer des moustiquaires imprégnées d'insecticide sur les ouvertures des écuries
  • Éviter les pâtures humides et les zones proches de points d'eau stagnante ou de fumières (moins de 500 m)
  • Changer régulièrement l'eau des abreuvoirs pour limiter les gîtes larvaires
  • Appliquer des répulsifs (citronnelle, benzoate de benzyle) et des insecticides pyréthrinoïdes en renouvelant fréquemment les applications (la transpiration réduit leur efficacité)

Traitements médicaux et soins complémentaires

Lorsque les symptômes sont présents, plusieurs options thérapeutiques peuvent être envisagées en complément des mesures préventives :

  • Corticoïdes (locaux ou généraux) : efficaces pour réduire l'inflammation et le prurit, mais à réserver aux cas graves en raison de leurs effets secondaires potentiels (risque de fourbure notamment). Ils sont utilisés en dernière intention
  • Antihistaminiques : leur efficacité chez le cheval reste discutée et limitée par rapport à ce que l'on observe chez d'autres espèces
  • Soins locaux : lotions apaisantes et cicatrisantes pour soulager les lésions et prévenir les surinfections bactériennes
  • Compléments en acides gras essentiels (oméga 3 et 6) : utilisés comme adjuvants pour améliorer la qualité de la barrière cutanée
  • Immunothérapie allergénique : injections répétées d'extraits de Culicoides pour désensibiliser progressivement l'animal ; les résultats restent controversés selon l'IFCE, mais des pistes vaccinales montrent des résultats encourageants en termes de réduction des signes cliniques

Conclusion

La dermite estivale récidivante est une affection complexe qui demande une prise en charge globale et précoce. Si aucun traitement ne permet une guérison définitive, une stratégie combinant prévention rigoureuse contre les insectes, soins locaux adaptés et suivi vétérinaire régulier permet de limiter significativement la souffrance de l'animal et la progression des lésions. Agir dès les premiers signes et anticiper chaque saison dès le printemps reste la meilleure approche pour préserver la qualité de vie de votre cheval sur le long terme.

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Questions fréquentes

Non, la DERE n'est absolument pas contagieuse. Il s'agit d'une réaction allergique individuelle liée au système immunitaire de chaque cheval. Deux chevaux au même pré peuvent réagir très différemment aux piqûres de <em>Culicoides</em>.

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📚 Sources et références

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