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Santé équine

Myopathie Atypique du Cheval : Causes, Signes et Prévention

Tout savoir sur la myopathie atypique du cheval : causes toxiques, signes cliniques chiffrés, diagnostic, traitement et prévention. Guide expert vétérinaire.

8 min de lecture1 429 mots
La myopathie atypique (MA) équine est l'une des maladies les plus redoutées des propriétaires de chevaux au pré. Cette rhabdomyolyse aiguë d'origine toxique, non contagieuse, frappe brutalement des équidés en apparence sains et peut tuer en moins de 72 heures. Longtemps d'origine mystérieuse, elle est aujourd'hui clairement associée à l'ingestion de parties d'érables toxiques — principalement l'érable sycomore (Acer pseudoplatanus) — contenant de l'hypoglycine A. Chevaux, poneys et ânes sont tous susceptibles d'être touchés, avec des pics de cas au printemps et en automne. Comprendre cette maladie, reconnaître ses signes précoces et adopter des mesures préventives adaptées sont des impératifs absolus pour tout propriétaire ou gestionnaire d'équidés en pâturage.

Définition et causes de la myopathie atypique

Qu'est-ce que la myopathie atypique ?

La myopathie atypique équine est une rhabdomyolyse aiguë toxique, c'est-à-dire une destruction massive et rapide des fibres musculaires d'origine non infectieuse. Elle se distingue des autres formes de rhabdomyolyse par l'atteinte simultanée de plusieurs groupes musculaires critiques : les muscles posturaux (qui maintiennent le cheval debout), les muscles respiratoires et le myocarde. Cette triple atteinte explique la gravité et la rapidité d'évolution fatale de la maladie. Tous les équidés au pâturage sont concernés : chevaux de sport, poneys, ânes, sans distinction de race ou de sexe.

L'agent toxique : l'hypoglycine A des érables

La cause est aujourd'hui bien établie : il s'agit de l'ingestion de protoxines présentes dans certains érables, principalement :

  • Acer pseudoplatanus (érable sycomore) : principal responsable des cas européens et français
  • Acer negundo (érable negundo) : également toxique, impliqué notamment aux États-Unis dans la « seasonal pasture myopathy »

Les deux toxines identifiées sont l'hypoglycine A (HGA) et la méthylènecyclopropyl-glycine (MCPrG). Une fois ingérées, elles sont métabolisées en un composé actif, le MCPA (methylenecyclopropylacetic acid), retrouvé sous forme de MCPA-carnitine dans le sang.

Le mécanisme physiopathologique central est une inhibition de la bêta-oxydation des acides gras, provoquant un tableau d'« acquired multiple acyl-CoA dehydrogenase deficiency » (phénotype MADD). Les muscles, privés de leur principale source d'énergie, se nécrosent rapidement.

Les parties végétales incriminées varient selon la saison :

  • Automne / début d'hiver : ingestion des samares (les « hélicoptères ») tombées au sol
  • Printemps : ingestion des plantules issues de la germination des samares

À noter : les samares peuvent être transportées par le vent sur plusieurs centaines de mètres, ce qui signifie qu'un pré sans érable visible n'est pas nécessairement à l'abri.

Signes cliniques : reconnaître la myopathie atypique

La MA se manifeste de façon souvent brutale chez un cheval en pâturage. Les données cliniques issues des registres européens permettent d'établir des fréquences précises pour chaque signe, ce qui aide à orienter rapidement le diagnostic.

Signes présents dans plus de 50 % des cas

Les signes les plus constants, par ordre de fréquence décroissante :

  • Urines foncées « couleur café » (myoglobinurie) : 93 % des cas — signe pathognomonique à rechercher en priorité
  • Faiblesse généralisée : 85 %
  • Raideurs musculaires : 83 %
  • Psychisme déprimé : 80 %
  • Tachycardie (fréquence cardiaque > 45 bpm) : 79 %
  • Cheval couché sur le flanc, incapable de se relever : 78 %
  • Appétit conservé malgré la faiblesse : 72 % — signe trompeur qui peut retarder l'alerte
  • Tremblements musculaires : 68 %
  • Sudation : 64 %
  • Température rectale normale (37–38 °C) : 60 %
  • Distension vésicale : 58 %

Signes présents dans moins de 50 % des cas

Ces signes, moins constants, peuvent compléter le tableau clinique :

  • Difficultés respiratoires : 49 % (atteinte des muscles respiratoires)
  • Hypothermie (T° < 37 °C) : 29 %
  • Anorexie : 28 %
  • Dysphagie (difficulté à avaler) : 23 %
  • Appétit exacerbé : 18 %
  • Hyperthermie (T° > 38 °C) : 11 %

Point d'alerte clé : la combinaison urines foncées + faiblesse + cheval couché chez un équidé au pré, en automne ou au printemps, doit déclencher un appel vétérinaire immédiat. L'évolution peut être fatale en moins de 72 heures.

Diagnostic : confirmer la myopathie atypique

Suspicion clinique et contexte épidémiologique

Le diagnostic repose d'abord sur un faisceau d'arguments cliniques et contextuels : équidé au pâturage, présence d'érables à proximité (ou possibilité de dispersion des samares), signes de rhabdomyolyse (faiblesse, raideurs, urines foncées, tachycardie), et saisonnalité à risque (automne ou printemps). La suspicion clinique doit conduire à une prise en charge immédiate sans attendre la confirmation biologique.

Confirmation biologique et outils pronostiques

Plusieurs outils biologiques permettent de confirmer le diagnostic et d'établir un pronostic :

  • Profil sérique d'acylcarnitines : outil le plus fiable, révélant la signature métabolique de type MADD caractéristique de la MA
  • Isovalerylcarnitine (C5) : marqueur particulièrement discriminant pour confirmer le diagnostic et établir le pronostic
  • Dosage HGA et MCPA-carnitine : possible dans certains laboratoires spécialisés, mais sans corrélation simple entre les taux et l'apparition des signes cliniques

Une étude PLOS ONE (2017) portant sur 51 chevaux confirmés (phénotype MADD) a proposé des seuils pronostiques chiffrés :

  • Âge < 5,25 ans → 87,1 % de risque de décès (sensibilité 64 %, spécificité 67 %)
  • Calcium total < 2,69 mmol/L → 70 % de risque de décès (spécificité 92 %, sensibilité 64 %)
  • Paramètres acylcarnitines : C2 > 17,31 µmol/L, C10:2 > 0,11 µmol/L, C18 > 0,21 µmol/L

Dans cette étude, sur 51 chevaux confirmés, 40 sont décédés ou ont été euthanasiés, et seulement 11 ont survécu, illustrant la sévérité de la maladie.

Traitement : une urgence sans antidote

Il n'existe pas d'antidote spécifique à la myopathie atypique. La prise en charge repose exclusivement sur un traitement de support intensif, dont la rapidité de mise en œuvre conditionne en partie les chances de survie.

Les axes thérapeutiques recommandés incluent :

  • Vitamines et antioxydants : pour limiter les dommages oxydatifs sur les fibres musculaires
  • Supplémentation en L-carnitine : pour soutenir le métabolisme énergétique musculaire perturbé par l'inhibition de la bêta-oxydation
  • Fluidothérapie : pour protéger les reins de la myoglobinurie et maintenir l'hydratation
  • Soins de nursing intensifs : retournement régulier du cheval couché, protection des points de pression, alimentation assistée si nécessaire

La létalité reste très élevée malgré une prise en charge optimale. Tout délai dans l'appel au vétérinaire aggrave significativement le pronostic. Dès la suspicion, le cheval doit être rentré à l'abri, mis au repos strict, et le vétérinaire contacté en urgence.

Prévention : protéger ses chevaux au pâturage

Gestion de l'environnement et des pâtures

La prévention repose sur la réduction de l'exposition aux érables toxiques et à leurs parties végétales :

  • Identifier les érables sycomores et negundo à proximité des pâtures (y compris dans un rayon de plusieurs centaines de mètres)
  • Ramasser et détruire régulièrement les samares tombées au sol, surtout en automne
  • Éliminer les plantules d'érables au printemps avant qu'elles ne soient accessibles aux chevaux
  • Clôturer ou limiter l'accès aux zones contaminées par les samares ou les plantules
  • Envisager l'abattage ou l'élagage des érables bordant les pâtures à risque
  • Limiter le temps de pâturage aux périodes à risque (automne et printemps), notamment lorsque l'herbe est rare et que les chevaux sont susceptibles de consommer les samares par défaut

Conduite à tenir lors d'un cas dans un troupeau

Lorsqu'un cas de MA est diagnostiqué dans un pré, la réaction doit être immédiate :

  • Retirer immédiatement tous les autres équidés du pâturage concerné : ils ont été co-exposés aux mêmes toxines et peuvent développer des signes dans les heures ou jours suivants
  • Surveiller étroitement chaque animal retiré pendant au moins 5 à 7 jours (urines, comportement, appétit, capacité à se déplacer)
  • Contacter le vétérinaire pour évaluation de l'ensemble du troupeau exposé
  • Déclarer le cas au réseau de surveillance épidémiologique (RESPE en France) pour contribuer à la veille sanitaire nationale

La MA est une maladie à déclaration volontaire en France, et la remontée des cas permet d'affiner la cartographie des zones à risque et d'alerter les propriétaires voisins.

Épidémiologie : une maladie en expansion en Europe

Depuis les premières descriptions cliniques en Europe dans les années 1990, la myopathie atypique a été rapportée dans de nombreux pays européens : Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, France, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suisse, Suède, et d'autres. Les cas sont recensés de façon systématique depuis 2006 grâce aux réseaux de surveillance vétérinaire.

Les pics saisonniers surviennent principalement :

  • En automne (octobre-novembre) lors de la chute des samares
  • Au printemps (mars-avril) lors de la germination des plantules

La létalité est très élevée : dans les séries publiées, plus des trois quarts des chevaux atteints décèdent ou sont euthanasiés. Les jeunes chevaux (moins de 5 ans) semblent présenter un risque de mortalité encore plus élevé. Les conditions favorisant l'ingestion des samares — herbe rare, pâtures surpâturées, mauvaises conditions météorologiques — sont des facteurs de risque reconnus.

Conclusion

La myopathie atypique équine reste l'une des urgences les plus graves de la médecine vétérinaire équine, avec une létalité dépassant les 75 % malgré une prise en charge rapide. Sa cause toxique — l'hypoglycine A des érables sycomores et negundo — est aujourd'hui bien identifiée, ce qui permet d'orienter la prévention de façon concrète : gestion des pâtures, élimination des samares et plantules, surveillance accrue aux périodes à risque. Face à tout signe évocateur chez un cheval au pré, chaque heure compte. La vigilance des propriétaires est le premier rempart contre cette maladie foudroyante.

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Questions fréquentes

Le signe le plus caractéristique est l'émission d'<strong>urines très foncées, couleur café</strong>, présent dans 93 % des cas. Associé à une faiblesse marquée, des raideurs et un cheval qui ne peut plus se relever, ce tableau chez un équidé au pré en automne ou au printemps doit déclencher un appel vétérinaire immédiat.

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