allures du cheval pas trot galop — Guide Cheval
Anatomie du cheval

Allures du cheval : pas, trot, galop expliqués

Découvrez les allures du cheval (pas, trot, galop) : biomécanique, rythmes, données chiffrées et conseils vétérinaires pour mieux comprendre la locomotion équine.

10 min de lecture1 936 mots
Les allures du cheval — pas, trot et galop — constituent le fondement de toute compréhension équestre, qu'on soit cavalier, vétérinaire ou passionné. Chaque allure est un enchaînement coordonné et précis des membres, du tronc et de l'encolure, mesurable par trois paramètres clés : la vitesse, la longueur de foulée et la fréquence. Loin d'être de simples modes de déplacement, ces allures révèlent l'état biomécanique, musculaire et articulaire du cheval. L'IFCE les classe selon leur nature marchée ou sautée, symétrique ou asymétrique. Comprendre ces distinctions permet d'optimiser l'entraînement, de détecter précocement une boiterie et d'évaluer le bien-être de l'animal. Cet article vous propose une analyse experte et chiffrée de chacune des trois allures naturelles du cheval.

Classification et biomécanique générale des allures

Selon l'IFCE, une allure se définit comme un enchaînement coordonné des mouvements des membres et du tronc permettant le déplacement. Trois paramètres fondamentaux la caractérisent :

  • Vitesse (m/s) : distance parcourue par unité de temps
  • Longueur de foulée (m) : distance couverte lors d'un cycle complet d'un même membre
  • Fréquence ou cadence (foulées/s ou foulées/min) : nombre de cycles par unité de temps

La relation fondamentale est : vitesse ≈ fréquence × longueur de foulée. Une foulée (stride) au sens biomécanique désigne le cycle complet d'un même membre, comprenant une phase d'appui (membre au sol) et une phase de soutien (membre en l'air).

L'IFCE distingue quatre grandes catégories :

  • Allure marchée : toujours au moins un membre au sol (ex. : le pas)
  • Allure sautée : présence d'un temps de projection où aucun membre ne touche le sol (ex. : trot, galop)
  • Allure symétrique : cycles gauche et droit comparables (pas, trot)
  • Allure asymétrique : cycles gauche et droit différents (galop)

Le pas : l'allure la plus complexe

Le pas est souvent sous-estimé par les cavaliers débutants, alors que l'IFCE le qualifie de « l'allure la plus complexe » en raison de la coordination fine qu'elle exige. C'est une allure marchée, symétrique, à quatre temps égaux, sans aucune phase aérienne.

Patron temporel et séquence des appuis

La séquence typique décrite par l'IFCE est la suivante : postérieur droit → antérieur droit → postérieur gauche → antérieur gauche. À tout moment, au moins un membre est en contact avec le sol, garantissant une continuité des appuis essentielle à la stabilité. Cette superposition des phases d'appui crée des moments à deux, trois, voire quatre membres simultanément au sol.

L'augmentation de vitesse au pas est principalement obtenue par l'allongement de la foulée plutôt que par l'augmentation de la fréquence, ce qui distingue cette allure des deux autres.

Données chiffrées de référence

Les valeurs de référence IFCE pour le pas sont les suivantes :

  • Vitesse : 1,2 à 1,8 m/s (pas rassemblé ≈ 1,2 m/s ; pas allongé ≈ 1,8 m/s)
  • Longueur de foulée : 1,5 à 1,9 m
  • Fréquence : 0,8 à 1,1 foulées/s (soit 48 à 66 foulées/min)

La vitesse économe en énergie au pas est estimée à environ 6 km/h (≈ 1,67 m/s). Des études en dressage confirment des vitesses typiques de 1,4 à 1,8 m/s. Sur le plan énergétique, la récupération pendulaire (échanges énergie potentielle/cinétique) atteint environ 24 ± 3 % au pas, ce qui en fait une allure relativement économique.

Anatomie fonctionnelle mobilisée

Le pas sollicite l'ensemble des chaînes musculaires et articulaires du cheval :

  • Membres antérieurs : articulation scapulo-humérale (épaule), coude, carpe, boulet (métacarpo-phalangienne), paturon (interphalangienne proximale), pied (interphalangienne distale)
  • Membres postérieurs : hanche, grasset, jarret, boulet, paturon, pied
  • Tronc : colonne thoraco-lombaire et jonction lombo-sacrée pour la transmission de l'impulsion, muscles du dos et abdominaux pour la stabilisation
  • Encolure : joue un rôle de balancier, participant à l'équilibre général

La coordination fine requise au pas explique pourquoi certaines affections neurologiques ou musculaires se manifestent d'abord à cette allure, avant d'être visibles au trot.

Intérêt vétérinaire et pathologies associées

De nombreuses boiteries sont plus discrètes au pas qu'au trot. L'examen locomoteur standard inclut systématiquement l'observation au pas et au trot, en ligne droite et sur cercles, sur sols dur et souple. Les signes d'inconfort à surveiller incluent : irrégularité du rythme, raideur, difficultés d'incurvation, changement d'allure non demandé. Certaines affections neurologiques (ataxie, syndrome de Wobbler) se révèlent particulièrement au pas, notamment lors de l'évaluation de la proprioception.

Le trot : l'allure diagnostique par excellence

Le trot est une allure symétrique, sautée, à deux temps. C'est l'allure de référence en médecine vétérinaire pour l'identification des boiteries, et une allure centrale dans de nombreuses disciplines équestres, du dressage aux courses attelées.

Patron temporel : diagonaux et phase de projection

La séquence type au trot s'organise par bipèdes diagonaux : diagonal gauche (postérieur droit + antérieur gauche) → projection → diagonal droit (postérieur gauche + antérieur droit) → projection. Cette alternance crée le rythme à deux temps caractéristique.

Une désynchronisation fine du diagonal existe : le postérieur peut toucher le sol environ 20 à 30 ms avant l'antérieur diagonal, phénomène plus marqué au trot rassemblé. La phase aérienne peut représenter jusqu'à 9 % de la durée totale de la foulée.

Données chiffrées : du trot de dressage au trot attelé

La plage de variation au trot est remarquablement étendue :

  • Vitesse : 2,8 à 14,2 m/s
  • Longueur de foulée : 1,8 à 5,9 m
  • Fréquence : 0,9 à 2,5 foulées/s (54 à 150 foulées/min)

En dressage, les vitesses typiques se situent entre 3,2 et 4,9 m/s. Au trot attelé de compétition, les records frôlent 14,2 m/s avec une fréquence de 2,52 foulées/s et une longueur de foulée pouvant atteindre 5,92 m. La vitesse économe en énergie au trot est estimée à 12 km/h (≈ 3,33 m/s).

Biomécanique articulaire et stockage élastique

Le trot fonctionne comme un rebond élastique : l'oscillation verticale plus marquée qu'au pas favorise le stockage puis la restitution d'énergie dans les tendons et ligaments, notamment l'appareil suspenseur du boulet. Cette mécanique de ressort réduit le coût énergétique musculaire actif.

Des études de cinétique 3D (Clayton et al.) révèlent que :

  • Environ 70 % de l'énergie générée par les articulations provient de la phase d'appui
  • Le boulet (fetlock) absorbe environ 65 % de l'énergie en phase d'appui, soulignant son rôle d'amortisseur central
  • Le coude est le principal générateur d'énergie (≈ 77 % en appui, ≈ 88 % en phase de soutien)

La récupération pendulaire au trot est de 19 ± 1 %, inférieure à celle du pas (24 %) et nettement inférieure à celle du galop (54 %), ce qui explique pourquoi le trot est l'allure la plus coûteuse en énergie musculaire active à vitesse intermédiaire.

Intérêt diagnostique et échelle de boiterie

Le trot est l'allure clé de l'examen locomoteur vétérinaire. L'échelle AAEP (0 à 5) standardise la sévérité des boiteries :

  • Grade 0 : aucune boiterie perceptible
  • Grade 3 : boiterie constante au trot, non évidente au pas
  • Grade 5 : non-appui, incapacité à se déplacer

Les signes cliniques diffèrent selon le membre atteint : une boiterie antérieure se traduit par un mouvement de tête caractéristique (relève la tête à la prise d'appui du membre douloureux), tandis qu'une boiterie postérieure se manifeste par une foulée plus courte et une asymétrie du bassin, plus difficile à objectiver. L'accord inter-observateurs reste modéré (kappa ≈ 0,44), ce qui justifie le recours croissant aux systèmes de mesure inertielle objectifs.

Le galop : vitesse, asymétrie et puissance

Le galop est l'allure la plus rapide du cheval. C'est une allure asymétrique, sautée, ce qui signifie que les cycles des membres gauches et droits sont différents. Cette asymétrie est fondamentale : elle définit la notion de main (galop à droite ou à gauche) et conditionne l'équilibre du cheval dans les virages.

Patron temporel : trois temps et foulée bondissante

Au galop, la séquence des appuis se déroule en trois temps suivis d'une phase de projection complète (aucun membre au sol). Pour un galop à droite (membre antérieur droit en avant) :

  • 1er temps : postérieur gauche (membre de départ)
  • 2e temps : bipède diagonal (postérieur droit + antérieur gauche simultanément)
  • 3e temps : antérieur droit (membre directeur)
  • Phase de projection : les quatre membres sont en l'air

L'asymétrie se manifeste par le fait que le membre directeur (antérieur en avant) détermine la main du galop. Un galop à faux (membre directeur du côté opposé à la courbe) est une irrégularité recherchée en dressage (contre-galop) mais problématique en liberté.

Données chiffrées et records de vitesse

Le galop présente les valeurs les plus élevées parmi les trois allures naturelles :

  • Vitesse de travail : 4 à 7 m/s (galop de rassemblement à galop allongé en dressage)
  • Galop de course (Pur-sang) : jusqu'à 17–19 m/s sur courte distance
  • Longueur de foulée : 5 à 8 m chez les chevaux de course
  • Fréquence : 2,0 à 2,5 foulées/s en compétition

La vitesse économe en énergie au galop est estimée à environ 20 km/h (≈ 5,5 m/s). La récupération pendulaire atteint 54 ± 2 %, valeur nettement supérieure à celle du trot, ce qui explique l'efficacité énergétique remarquable du galop à haute vitesse.

Biomécanique et sollicitations anatomiques

Au galop, la colonne vertébrale joue un rôle actif majeur : la flexion-extension de la jonction lombo-sacrée amplifie la longueur de foulée et contribue à la propulsion. Les muscles du dos, les abdominaux et les muscles fessiers travaillent en synergie pour produire cette ondulation du rachis.

Les contraintes mécaniques sont maximales sur :

  • Le boulet (hyperextension importante à l'appui, risque de tendinite du fléchisseur superficiel)
  • Le carpe (fractures de fatigue chez les chevaux de course)
  • La jonction lombo-sacrée (sacro-iliite fréquente chez les chevaux de sport)

La phase de projection complète permet une récupération musculaire brève mais essentielle, contribuant à l'efficacité énergétique globale de l'allure.

Comparaison synthétique des trois allures

Le tableau comparatif suivant résume les caractéristiques essentielles des trois allures naturelles :

  • Pas : 4 temps, marchée, symétrique — vitesse 1,2–1,8 m/s — foulée 1,5–1,9 m — fréquence 48–66/min — récupération énergétique 24 %
  • Trot : 2 temps, sautée, symétrique — vitesse 2,8–14,2 m/s — foulée 1,8–5,9 m — fréquence 54–150/min — récupération énergétique 19 %
  • Galop : 3 temps, sautée, asymétrique — vitesse 4–19 m/s — foulée 5–8 m — fréquence 120–150/min — récupération énergétique 54 %

Une donnée contre-intuitive mérite d'être soulignée : le trot est l'allure la moins efficace énergétiquement à vitesse intermédiaire, avec seulement 19 % de récupération pendulaire, contre 24 % au pas et 54 % au galop. C'est pourquoi les chevaux en liberté préfèrent souvent passer directement du pas au galop pour les déplacements rapides.

L'augmentation de vitesse suit des stratégies différentes selon l'allure : au pas, c'est principalement l'allongement de la foulée ; au trot, les deux paramètres (fréquence et longueur) augmentent conjointement ; au galop, la longueur de foulée est le facteur dominant chez les chevaux de course.

Applications pratiques : entraînement et surveillance vétérinaire

La connaissance approfondie des allures a des implications directes pour l'entraînement et la santé du cheval :

  • Travail au pas : indispensable en échauffement et récupération, il sollicite la proprioception et la coordination. Un pas irrégulier ou latéralisé doit alerter sur une possible atteinte neurologique ou musculaire.
  • Travail au trot : allure de développement musculaire par excellence grâce au rebond élastique. Le trot allongé développe la puissance ; le trot rassemblé développe l'engagement et l'équilibre. C'est aussi l'allure d'examen vétérinaire de référence.
  • Travail au galop : développe la capacité cardio-respiratoire et la puissance propulsive. La régularité du galop (3 temps nets) est un indicateur de santé du dos et des membres postérieurs.

Les systèmes de mesure inertielle (IMU) permettent aujourd'hui d'objectiver les paramètres de chaque allure en temps réel, révolutionnant le suivi de l'entraînement et le diagnostic précoce des boiteries. Ces outils complètent l'œil expert du cavalier et du vétérinaire sans le remplacer.

Vidéos

Les allures du cheval

Conclusion

Les allures du cheval — pas, trot et galop — sont bien plus que de simples modes de déplacement : elles sont le reflet fidèle de la santé biomécanique, musculaire et articulaire de l'animal. Maîtriser leurs caractéristiques chiffrées, leurs mécanismes anatomiques et leurs implications vétérinaires permet au cavalier comme au professionnel de santé équine de prendre des décisions éclairées. Observer la qualité des allures au quotidien reste l'un des outils de surveillance les plus précieux dont nous disposons pour préserver le bien-être du cheval.

Cet article vous a plu ? Réagissez !

Questions fréquentes

Le pas exige une coordination de quatre membres indépendants avec chevauchement permanent des phases d'appui, sans aucune phase aérienne pour 'réinitialiser' le mouvement. Cette complexité neuromotrice le rend très sensible aux perturbations musculaires, articulaires ou neurologiques, souvent visibles au pas avant d'être détectables au trot.

Notez cet article

📚 Sources et références

Articles liés

anatomie du cheval — Guide Cheval
Anatomie

Anatomie du cheval : guide complet et illustré

Comprendre l'anatomie du cheval est indispensable pour tout cavalier, éleveur ou professionnel de la filière équine. Loin d'être une discipline réservée aux vétérinaires, cette connaissance permet d'o...

Lire l'article →
morphologie du cheval — Guide Cheval
Anatomie

Morphologie du cheval : anatomie, aplombs et conformations

La morphologie du cheval — ou hippomorphologie — est l'étude de la forme, des proportions et de la conformation de l'animal dans toutes ses dimensions. Bien plus qu'une simple appréciation esthétique,...

Lire l'article →
âge du cheval comment déterminer — Guide Cheval
Anatomie

Âge du cheval : comment le déterminer avec précision

Déterminer l'âge d'un cheval est une compétence fondamentale pour tout propriétaire, éleveur ou vétérinaire. La méthode de référence repose sur l'examen des dents, en particulier des incisives, dont l...

Lire l'article →
pied du cheval anatomie — Guide Cheval
Anatomie

Anatomie du pied du cheval : guide complet

Le pied du cheval est l'une des structures anatomiques les plus complexes et les plus sollicitées du règne animal. Véritable chef-d'œuvre d'ingénierie biologique, il supporte l'intégralité du poids d'...

Lire l'article →
fourbure cheval — Guide Cheval
Santé

Fourbure chez le cheval : causes, symptômes et traitements

La fourbure du cheval, également appelée laminite, est l'une des affections les plus redoutées en médecine équine. Elle se définit comme une inflammation douloureuse des lamelles du pied, ces tissus q...

Lire l'article →
gestation jument durée — Guide Cheval
Reproduction

Gestation de la jument : durée, étapes et suivi complet

La gestation de la jument est l'une des plus longues parmi les grands mammifères domestiques. Avec une durée moyenne de 340 jours — soit environ 11 mois — elle cache en réalité une variabilité considé...

Lire l'article →

Commentaires

Connectez-vous pour laisser un commentaire et rejoindre la communauté Guide Cheval

Restez informé

Recevez nos meilleurs articles sur le monde équestre directement dans votre boîte mail.

Pas de spam. Désinscription possible à tout moment.