En pédagogie équestre française, la mise en selle désigne l'ensemble des exercices visant à construire une posture fonctionnelle chez le cavalier : position, équilibre dynamique, assiette et indépendance des aides. L'IFCE distingue trois notions complémentaires qu'il est essentiel de ne pas confondre.
La mise en selle est bien plus qu'un simple moment de montée à cheval : c'est l'ensemble des exercices et apprentissages qui permettent au cavalier de construire une posture fonctionnelle, un équilibre dynamique et une assiette efficace. Selon l'IFCE, elle constitue l'un des premiers objectifs de la pédagogie équestre française, car sans une position stable et indépendante, aucune communication claire avec le cheval n'est possible. Du débutant qui cherche son équilibre au trot enlevé jusqu'au cavalier confirmé qui enchaîne des transitions rapprochées au galop, la mise en selle est un travail continu, progressif et fondamental. Cet article vous guide à travers les concepts clés, les exercices validés et la progression officielle de la FFE.
Qu'est-ce que la mise en selle ? Définitions et concepts clés
Position, posture et assiette : trois notions distinctes
La position est une référence plutôt statique : c'est l'idéal corporel enseigné comme base, souvent décrit en termes d'alignement (oreille, épaule, hanche, talon sur une même verticale). La posture, elle, est une organisation dynamique des segments corporels en mouvement, adaptée aux allures et aux situations. Enfin, l'assiette désigne le rôle central du bassin : sa capacité à accompagner et amortir le mouvement du cheval, mais aussi à l'influencer.
L'IFCE structure le corps du cavalier en trois parties fonctionnelles :
- Le haut du corps : tête et buste, garants de l'équilibre général et de la verticalité.
- Le bassin (assiette) : pièce maîtresse de la communication avec le cheval.
- Le bas du corps : jambes descendues, talons abaissés, cuisses et mollets actifs.
Comprendre ces distinctions permet d'éviter l'erreur classique du débutant qui cherche une position « figée » au lieu de développer une posture vivante qui s'adapte en permanence au mouvement du cheval.
L'indépendance des aides : l'objectif ultime
La finalité de la mise en selle est l'indépendance des aides : la capacité à utiliser mains, jambes et bassin de façon dissociée, sans que l'équilibre du cavalier ne dépende de l'une d'elles. Un cavalier qui s'accroche aux rênes pour ne pas tomber envoie des signaux parasites à son cheval et compromet toute communication. C'est pourquoi les exercices de mise en selle cherchent d'abord à libérer les mains de leur rôle d'équilibre, avant de les rendre disponibles pour la conduite.
La progression officielle FFE : des Galops 4 à 7
Le Plan de Formation Fédéral du Cavalier rénové – Galops® 1 à 7 (version 2012) de la Fédération Française d'Équitation structure la progression en matière de mise en selle selon une logique claire en trois temps : rechercher l'équilibre, puis le stabiliser, puis l'adapter aux situations complexes. Voici les attendus concrets par niveau.
Galop 4 : rechercher et stabiliser les premiers équilibres
Au Galop 4, le cavalier commence à travailler activement son équilibre dans des situations variées :
- « Rechercher son équilibre au trot enlevé sur des changements de direction et des variations d'amplitude. »
- « Rechercher son équilibre au trot enlevé en terrain varié. »
- « Stabiliser son équilibre au galop » et « Galoper assis en rythme. »
Les repères de conduite associés incluent la variation de vitesse aux trois allures et la recherche de régularité. C'est à ce niveau que le cavalier prend conscience que l'équilibre n'est pas un état fixe, mais un processus actif et continu.
Galop 5 : stabiliser la posture et se lier au cheval
L'objectif global du Galop 5 est explicitement formulé dans le référentiel FFE : « Le cavalier acquiert une posture lui permettant de se lier à son cheval et d'utiliser ses aides dans les différents équilibres aux trois allures et en sautant. »
- « Stabiliser son équilibre au trot enlevé en terrain varié. »
- « Stabiliser son équilibre au trot assis. »
- « Rechercher son équilibre assis lors de changements d'allure et sur des déplacements latéraux au pas. »
- « Stabiliser son équilibre en enchaînant des sauts. »
Le trot assis devient ici un véritable outil de travail : il exige une mobilité pelvienne suffisante pour absorber le mouvement sans rebondir ni se crisper.
Galops 6 et 7 : raffiner et adapter en situations complexes
Aux niveaux supérieurs, la mise en selle se raffine dans des contextes de plus en plus exigeants :
- Galop 6 : « Stabiliser son équilibre assis lors de transitions » ; « Varier l'amplitude au trot assis et au galop. »
- Galop 7 : « Adapter son équilibre aux exercices et aux situations pour travailler sa monture au trot enlevé » ; « Stabiliser son équilibre assis lors de transitions rapprochées » ; « Partir au galop sur le pied de son choix » ; « Transition galop-pas-galop. »
À ce stade, la mise en selle n'est plus un objectif en soi : elle devient le socle invisible qui permet au cavalier de se concentrer entièrement sur le travail de sa monture.
Biomécanique du cavalier : le rôle central du bassin
La science confirme ce que les maîtres écuyers ont toujours enseigné : le bassin est la pièce maîtresse de la mise en selle. Une étude publiée dans la revue Animals (Uldahl, Christensen, Clayton, 2021 – DOI: 10.3390/ani11020453) a évalué 20 cavaliers expérimentés en combinant des exercices sur ballon de gymnastique et une évaluation à cheval par analyse vidéo. Les résultats suggèrent qu'un meilleur contrôle moteur du bassin est associé à une monte plus efficace et à une réduction des comportements de conflit ou de stress chez le cheval.
Cette donnée est fondamentale : la qualité de la mise en selle du cavalier a un impact direct sur le bien-être du cheval. Un cavalier qui rebondit, se crispe ou déséquilibre sa monture génère des tensions mesurables. Travailler sa mobilité pelvienne n'est donc pas un luxe, c'est une responsabilité envers l'animal.
L'IFCE précise également que la monte sans étriers et les « sauts d'école », autrefois très utilisés pour développer l'assiette, sont aujourd'hui utilisés avec parcimonie : perçus comme fatigants et parfois décourageants, ils ont cédé la place à des approches plus progressives et individualisées.
Exercices pratiques de mise en selle par niveau
Les exercices suivants sont organisés selon la logique FFE (rechercher → stabiliser → adapter) et les recommandations de l'IFCE. Ils sont conçus pour être progressifs, sécurisés et mesurables.
Débutants et Galop 3-4 : rechercher l'équilibre
Ces exercices, idéalement pratiqués en longe pour la sécurité, visent à dissocier l'équilibre du cavalier de ses mains :
- Trot enlevé mains posées sur les cuisses ou bras ouverts : oblige le cavalier à trouver son équilibre sans s'appuyer sur les rênes. Objectif : indépendance des mains.
- Transitions pas–trot–pas en conservant la verticalité du buste : travaille l'amorti bassin-dos lors des changements d'allure.
- Variations d'amplitude au trot enlevé sur grands cercles : correspond directement à l'attendu FFE Galop 4 (variations d'amplitude + changements de direction).
Critère de réussite : le cavalier maintient une cadence régulière sans que ses mains ne montent ou ne tirent lors des transitions.
Galop 4-5 : stabiliser le galop et le trot assis
Ces exercices ciblent les deux défis majeurs de cette période d'apprentissage :
- Galop en équilibre (2 points) sur grand cercle, puis retour assis quelques foulées : permet de construire la stabilité au galop en alternant les équilibres (attendu FFE G4 : « stabiliser l'équilibre au galop » et « stabiliser assis au galop »).
- Alternance 10 foulées équilibre / 10 foulées assis : développe le contrôle du centre de gravité et la conscience corporelle.
- Séquences courtes de trot assis (5 à 10 foulées) puis trot enlevé : construit l'endurance posturale sans crispation. Conformément aux recommandations IFCE, on évite les longues séries épuisantes.
- Trot assis sur barres au sol espacées : le rythme imposé par les barres aide le bassin à suivre naturellement le mouvement, favorisant la symétrie et réduisant les rebonds.
Galops 6-7 : transitions rapprochées et adaptation
À ce niveau, les exercices de mise en selle se confondent avec le travail équestre avancé :
- Trot–pas–trot sur des points fixes (lettres de manège) : exige une stabilité du buste et des jambes fixes lors de chaque transition.
- Galop–pas–galop : attendu explicite du Galop 7 FFE. Travaille la précision des aides et la qualité de l'assiette lors des transitions descendantes et montantes.
- « Escalier de transitions » (pas–trot–pas–arrêt–pas) : enchaînement progressif qui teste la stabilité du cavalier dans des situations variées et rapprochées.
- Départ au galop sur le pied choisi : indicateur clé de la qualité de l'assiette et de l'indépendance des aides (attendu FFE G7).
Travail hors-cheval : le ballon de gymnastique
Recommandé par l'IFCE et validé par la littérature scientifique (Uldahl et al., 2021), le travail sur ballon de gymnastique (55 à 65 cm) est un complément précieux :
- Mobilisations contrôlées du bassin : antéversion/rétroversion, inclinaisons latérales, cercles lents, avec le tronc stable et les pieds posés au sol.
- Dissociation bassin/épaules : tourner le bassin d'un côté pendant que les épaules restent face avant, et inversement.
- Rebonds rythmés : simuler le mouvement du trot pour habituer le bassin à absorber les oscillations verticales.
L'objectif est d'améliorer le contrôle moteur du bassin, ce qui se traduit directement par une meilleure qualité de monte et, selon l'étude citée, par une réduction des comportements de stress chez le cheval.
Comment mesurer et valider sa progression ?
La progression en mise en selle est parfois difficile à percevoir de l'intérieur. Voici des critères concrets et observables pour évaluer ses avancées :
- Régularité des allures : le cheval maintient-il une cadence et une vitesse stables lors des changements de direction ? Si oui, c'est souvent le signe que le cavalier ne perturbe plus l'équilibre de sa monture.
- Mains stables : les mains ne montent pas, ne tirent pas, ne s'agitent pas lors des transitions. C'est le critère principal de l'indépendance des aides.
- Symétrie : le cavalier rencontre-t-il les mêmes difficultés à main droite et à main gauche ? Une asymétrie persistante signale souvent une raideur ou une compensation posturale à corriger.
- Comportement du cheval : la diminution des comportements de résistance ou de tension chez le cheval (queue battante, dos crispé, oreilles en arrière) est un indicateur indirect mais puissant de l'amélioration de la mise en selle du cavalier, cohérent avec les conclusions de l'étude Uldahl (2021).
- Vidéo : se filmer régulièrement de profil et de face reste l'outil le plus objectif pour observer sa posture réelle, souvent très différente de la posture ressentie.
La progression se mesure sur des semaines et des mois, pas sur des séances. Des séances courtes et régulières (30 à 45 minutes) sont plus efficaces que de longues sessions épuisantes qui génèrent crispation et régression.
Vidéos
EXTRAIT - Mise en selle - Progresser à cheval - Equidia Life
BIEN MONTER À CHEVAL : se mettre en selle correctement
Conclusion
La mise en selle est le fondement de toute équitation de qualité. En suivant la progression logique du référentiel FFE — rechercher, stabiliser, adapter — et en s'appuyant sur les apports de la biomécanique moderne, chaque cavalier peut construire une posture fonctionnelle qui bénéficie autant à sa propre efficacité qu'au bien-être de son cheval. Patience, régularité et travail ciblé, y compris hors-cheval, sont les clés d'une mise en selle durable. N'oubliez pas : un cavalier bien en selle est le meilleur cadeau qu'on puisse offrir à sa monture.
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Questions fréquentes
La FFE recommande généralement de commencer l'équitation à partir de 3-4 ans en poney, avec des exercices de mise en selle adaptés (longe, jeux d'équilibre). L'objectif à cet âge est avant tout le ressenti et la confiance, pas la correction posturale. La progression formelle vers les Galops débute généralement autour de 6-7 ans.
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📚 Sources et références
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