L'huile de lin est un aliment 100 % matière grasse : elle ne contient ni protéines, ni fibres, ni amidon. Sa densité énergétique est très élevée, ce qui en fait un outil de choix pour augmenter l'apport calorique d'une ration sans surcharger le tractus digestif en glucides fermentescibles.
L'huile de lin est aujourd'hui l'un des compléments nutritionnels les plus utilisés en alimentation équine. Riche en acide alpha-linolénique (ALA, oméga-3), elle représente une source d'énergie concentrée, non amidonnée, particulièrement appréciée pour les chevaux sensibles aux céréales. Avec plus de 50 % d'oméga-3 dans son profil lipidique, elle se distingue nettement des autres huiles végétales courantes. Mais entre les allégations commerciales et les données scientifiques disponibles, il est essentiel de distinguer ce qui est prouvé de ce qui reste du domaine de l'usage empirique. Cet article fait le point sur la composition réelle de l'huile de lin, ses effets documentés, les dosages raisonnés et les précautions indispensables pour une utilisation sécurisée chez le cheval.
Composition nutritionnelle de l'huile de lin
Un profil en acides gras exceptionnel
Le profil lipidique de l'huile de lin destinée aux chevaux est dominé par les acides gras polyinsaturés. À titre indicatif, voici les valeurs représentatives relevées sur des produits du marché (les chiffres exacts varient selon la variété de lin, le mode d'extraction et le lot) :
- Acide alpha-linolénique (ALA, oméga-3, C18:3 n-3) : environ 51 à 58 %
- Acide linoléique (oméga-6, C18:2) : environ 16 à 22 %
- Acide oléique (oméga-9, C18:1) : environ 20 à 21 %
- Acides gras saturés : environ 10 à 11 %
Le ratio oméga-3/oméga-6 est ainsi très favorable, aux alentours de 3:1 à 4:1, ce qui contraste avec la majorité des huiles végétales (tournesol, maïs) où les oméga-6 dominent largement. C'est cette caractéristique qui justifie l'intérêt nutritionnel spécifique de l'huile de lin par rapport aux autres corps gras.
L'ALA et sa conversion chez le cheval
L'ALA est un acide gras essentiel que le cheval ne peut pas synthétiser lui-même : il doit obligatoirement être apporté par l'alimentation. Le cheval est capable de convertir partiellement l'ALA en acides gras à longue chaîne comme l'EPA (C20:5 n-3), comme l'ont montré des essais expérimentaux. Une étude publiée dans le Journal of Veterinary Internal Medicine (2002) a ainsi observé une augmentation des taux plasmatiques d'ALA et d'EPA après 18 semaines de supplémentation à 10 % d'huile de lin dans la ration. Cette conversion reste cependant partielle et variable selon les individus.
Bienfaits documentés : ce que disent les études
Plusieurs études contrôlées permettent d'objectiver certains effets de l'huile de lin chez le cheval. Il convient toutefois de distinguer les bénéfices solidement étayés des allégations essentiellement déclaratives.
Digestibilité et appétence
Une étude publiée dans Livestock Science (juillet 2008) a comparé un concentré témoin à un concentré dans lequel l'orge était partiellement substituée par 8 % d'huile de lin, sur 4 chevaux en protocole cross-over. Les résultats montrent :
- Aucun effet négatif sur la palatabilité : la vitesse d'ingestion est restée inchangée.
- Amélioration significative de la digestibilité apparente de la matière sèche (66,5 % vs 64,1 %), des fibres brutes (83,7 % vs 57,3 %) et du NDF (53,0 % vs 50,7 %).
- Pas d'effet sur la digestibilité des protéines.
Ces résultats sont encourageants, mais la taille d'échantillon (4 chevaux) invite à la prudence dans leur généralisation.
Profils lipidiques sanguins et métabolisme
Une étude publiée dans Animals (2020, PMCID: PMC7760300) a suivi 40 chevaux de race Malopolski (~530 kg) pendant 60 jours, en comparant une supplémentation en huile de lin versus huile de soja à raison de 25 mL/100 kg de poids vif par jour (soit environ 125 mL/j pour un cheval de 500 kg). Les chevaux supplémentés en huile de lin ont présenté une baisse significative du glucose sanguin, du LDL-cholestérol, du ratio cholestérol/HDL, des triacylglycérols et de certaines enzymes hépatiques (ALT, ALP), ainsi qu'une amélioration des paramètres antioxydants.
À noter : une étude publiée dans Scientific Reports (2025) sur des juments âgées a montré des effets tissu-spécifiques complexes sur la fonction mitochondriale, rappelant que l'huile de lin n'est pas universellement bénéfique sur tous les critères et que son évaluation doit être contextualisée selon l'âge, l'état de santé et le statut antioxydant de l'animal.
Pelage, digestion et effet laxatif : des allégations à nuancer
Les effets les plus souvent cités par les utilisateurs et les fabricants — pelage brillant, digestion facilitée, effet laxatif léger — sont réels dans la pratique quotidienne mais reposent principalement sur des observations empiriques et des déclarations de fabricants. Ces bénéfices ne sont pas, à ce jour, solidement documentés par des critères cliniques robustes dans la littérature scientifique disponible. Cela ne signifie pas qu'ils n'existent pas, mais qu'il convient de les présenter avec honnêteté comme des effets observés en pratique plutôt que comme des certitudes scientifiques.
Dosages pratiques : du terrain à la science
Les recommandations de dosage varient selon les objectifs (entretien, prise d'état, performance) et les sources (fabricants vs études scientifiques). Voici un tableau de repères cohérents avec les données disponibles.
Recommandations terrain et fabricants
Les dosages couramment recommandés pour un cheval adulte de 500 kg sont :
- Entretien / cure de base : 40 à 50 mL/j (environ 3 à 4 cuillères à soupe), sur une cure de 20 à 30 jours.
- Soutien sportif ou immunitaire : 80 à 200 mL/j, répartis sur plusieurs repas.
- Prise d'état chez un cheval maigre : jusqu'à 50 mL/100 kg de poids vif (soit 250 mL/j pour 500 kg), sans dépasser cette dose.
- Poney : 30 à 40 mL/j en entretien.
Pour faciliter la mise en pratique : 1 cuillère à soupe ≈ 15 mL ; 100 mL/j représente environ 6 à 7 cuillères à soupe.
Dosages utilisés dans les études scientifiques
Les protocoles expérimentaux donnent des repères utiles :
- 25 mL/100 kg/j pendant 60 jours (≈ 125 mL/j pour 500 kg) : effets mesurables sur les profils lipidiques et le statut antioxydant.
- 8 % d'huile de lin dans le concentré : amélioration de la digestibilité sans perte d'appétence.
- 10 % d'huile de lin dans la ration complète sur 18 semaines : modification des profils d'acides gras plasmatiques.
Ces niveaux restent inférieurs au seuil de sécurité recommandé par le NRC (2007) : ne pas dépasser 15 % de lipides dans la matière sèche totale de la ration, au-delà duquel la digestibilité des fibres peut être compromise.
Précautions d'emploi et bonnes pratiques
L'huile de lin est un produit naturel mais qui nécessite quelques précautions pour être utilisé efficacement et en toute sécurité.
Conservation et risque d'oxydation
L'huile de lin est particulièrement sensible à l'oxydation en raison de sa très haute teneur en acides gras polyinsaturés. Une huile rance perd ses qualités nutritionnelles et peut même devenir néfaste. Les règles de conservation à respecter :
- Stocker à l'abri de la lumière et de la chaleur (idéalement dans un endroit frais et sombre).
- Utiliser dans les 2 mois suivant l'ouverture.
- Vérifier l'odeur avant chaque utilisation : une odeur forte et âcre indique un rancissement.
- Privilégier une huile de première pression à froid, de qualité alimentaire.
Transition alimentaire progressive
Comme tout nouvel aliment, l'huile de lin doit être introduite progressivement sur 7 à 10 jours pour éviter les refus, les diarrhées ou les perturbations digestives. Pour les doses supérieures à 80 mL/j, il est recommandé de fractionner l'apport sur plusieurs repas plutôt que de tout donner en une seule fois.
Vitamine E et équilibre antioxydant
L'augmentation des apports en acides gras polyinsaturés accroît les besoins en antioxydants, notamment en vitamine E. L'étude de 2002 (J Vet Intern Med) a d'ailleurs observé une hausse du MDA (marqueur de peroxydation lipidique) chez des chevaux supplémentés en huile de lin, soulignant ce point de vigilance. En pratique :
- Vérifier l'apport global en vitamine E de la ration (les fourrages conservés — foin, ensilage — en contiennent beaucoup moins que l'herbe fraîche).
- Envisager une complémentation en vitamine E si la ration est pauvre en fourrage vert, en concertation avec un vétérinaire ou un nutritionniste équin.
- De nombreux produits du marché associent d'ailleurs huile de lin + vitamine E pour cette raison.
Populations nécessitant un avis professionnel
Certaines situations requièrent une adaptation individualisée et l'avis d'un vétérinaire ou d'un nutritionniste équin avant toute supplémentation :
- Chevaux présentant des troubles métaboliques (syndrome métabolique équin, résistance à l'insuline, fourbure).
- Chevaux souffrant de diarrhées chroniques ou de maladies hépatiques.
- Rations déjà très riches en matières grasses (risque de dépasser le seuil des 15 % de lipides dans la MS).
- Juments gestantes ou allaitantes et poulains : l'usage est possible mais doit être raisonné et dosé avec précision.
Comment choisir et utiliser l'huile de lin pour son cheval
Face à la diversité des produits disponibles sur le marché, quelques critères permettent de faire un choix éclairé et d'optimiser l'utilisation de l'huile de lin au quotidien.
- Première pression à froid : ce mode d'extraction préserve au mieux les acides gras et les micronutriments. C'est le critère qualité le plus important.
- Conditionnement opaque : une bouteille en plastique sombre ou en verre teinté protège l'huile de la lumière.
- Traçabilité et origine : préférer des produits avec une composition détaillée (profil en acides gras déclaré) et une date de fabrication récente.
- Intégration dans la ration : l'huile se mélange facilement aux aliments concentrés ou peut être versée directement sur le foin haché. Elle est généralement bien acceptée par les chevaux.
- Suivi de la ration globale : l'ajout d'huile modifie l'équilibre énergétique de la ration ; il peut être nécessaire de réduire légèrement la part de concentrés pour maintenir un apport calorique total adapté, notamment chez les chevaux en bonne condition corporelle.
Conclusion
L'huile de lin représente un complément nutritionnel pertinent pour le cheval, notamment grâce à sa richesse exceptionnelle en oméga-3 ALA et à son apport énergétique non amidonné. Les études disponibles confirment son bon profil de digestibilité et ses effets mesurables sur les paramètres lipidiques et antioxydants. Pour en tirer le meilleur parti, il convient de respecter une introduction progressive, de veiller à la qualité et à la conservation du produit, et d'assurer un apport suffisant en vitamine E. Un avis professionnel reste indispensable pour les chevaux aux besoins spécifiques.
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Questions fréquentes
En entretien, 40 à 50 mL par jour (3 à 4 cuillères à soupe) constituent une dose de base raisonnable. Pour un soutien sportif ou une prise d'état, on peut monter jusqu'à 100 à 200 mL/j, répartis sur plusieurs repas. Les études scientifiques ont utilisé des doses de 25 mL/100 kg/j (soit 125 mL/j pour 500 kg) avec de bons résultats.
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📚 Sources et références
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