Le paddock paradise repose sur un concept simple mais puissant : remplacer un pré ou un paddock classique par une piste périphérique continue bordée de clôtures intérieures et extérieures. Les chevaux circulent librement entre différentes « stations » stratégiquement placées pour maximiser leurs déplacements quotidiens.
Les principes fondamentaux du paddock paradise
Origine et philosophie du track system
Jaime Jackson, maréchal-ferrant américain, a observé dans les années 1980 que les mustangs sauvages du Grand Bassin parcouraient quotidiennement de longues distances sur des terrains variés. Il a constaté que leurs sabots, leurs articulations et leur métabolisme étaient en bien meilleure santé que ceux des chevaux domestiques confinés. Son livre Paddock Paradise (2006) a formalisé ces observations en un système reproductible.
La philosophie centrale est la suivante : le mouvement est le meilleur médicament du cheval. Un cheval qui marche 15 à 20 km par jour présente moins de problèmes de fourbure, de coliques, de problèmes locomoteurs et de troubles comportementaux qu'un cheval enfermé 22 heures sur 24 dans un box.
Les stations essentielles d'un paddock paradise
L'efficacité d'un track system repose sur le placement judicieux des stations qui « forcent » le cheval à se déplacer pour accéder à ses ressources :
- Station foin : plusieurs points de distribution éloignés les uns des autres (râteliers slow-feeding, filets à petites mailles), idéalement à foin à volonté pour respecter le transit digestif du cheval.
- Station eau : abreuvoir(s) placé(s) à l'opposé du foin pour maximiser les allers-retours.
- Station abri : zone couverte ou naturelle (haie, arbres) permettant la protection contre les intempéries et le soleil.
- Station minéraux : pierres à sel et compléments minéraux dans un coin distinct.
- Zones d'enrichissement : bacs de sable pour se rouler, zones de boue, surfaces variées (gravier, herbe, terre).
La règle d'or : jamais deux ressources au même endroit. C'est cette contrainte qui génère le mouvement.
Aménager son paddock paradise : conception et matériaux
La conception d'un paddock paradise demande une réflexion préalable sérieuse sur la topographie du terrain, le nombre de chevaux, les matériaux disponibles et le budget. Voici les étapes et repères concrets pour réussir votre projet.
Surfaces et longueurs de piste : quels repères ?
Il n'existe pas de norme réglementaire française définissant les dimensions d'un paddock paradise. Les réalisations observées en France donnent néanmoins des repères utiles :
- PP individuel ou duo : environ 100 m de piste pour 580 m² de surface totale, adapté à 2 petits chevaux maximum.
- PP de groupe : environ 200 m de piste pour 2 300 m², accueillant jusqu'à 6 chevaux.
- PP professionnel : certains projets atteignent 1,6 km de pistes pour 2 groupes de 15 chevaux sur 3 600 m².
La largeur de la piste est un paramètre crucial : 3 à 5 mètres minimum pour permettre aux chevaux de se croiser sans conflit. Une piste trop étroite génère du stress et des blessures, surtout dans les groupes hiérarchisés.
Stabilisation des sols : matériaux et drainage
La gestion du sol est le poste technique le plus critique d'un paddock paradise. Un sol mal drainé devient rapidement un bourbier, source de problèmes de sabots (pourriture de fourchette, fourbure de boue) et de difficultés d'entretien.
L'IFCE recommande plusieurs matériaux de stabilisation adaptés aux zones de forte fréquentation :
- Graves compactées : solution économique et efficace pour les zones de passage, à poser sur géotextile.
- Dalles alvéolaires : idéales pour les zones de stationnement (stations foin, eau, abri) car elles permettent la pousse d'herbe tout en stabilisant le sol.
- Dalles lourdes en caoutchouc : confort optimal pour les sabots, recommandées autour des abreuvoirs et des abris.
- Copeaux de bois : solution naturelle et absorbante, à renouveler régulièrement.
- Pavés : durables mais coûteux, réservés aux zones très sollicitées.
La structure type d'un sol stabilisé comprend : décaissement (20-30 cm) + géotextile + couche de forme en grave concassée (15-20 cm) + couche de surface. Le drainage est non négociable : prévoir des pentes de 2 à 3 % et des fossés ou drains périphériques.
Clôtures : sécurité et séparation des espaces
La double clôture (intérieure et extérieure) est la colonne vertébrale du paddock paradise. Elle délimite la piste et empêche l'accès à la zone centrale (généralement enherbée, mise au repos ou utilisée pour la fauche).
- Clôture extérieure : robuste et sécurisée, en bois, poteaux béton ou métal avec ruban électrifié. Hauteur minimale recommandée : 1,20 m pour les poneys, 1,40 m pour les chevaux de grande taille.
- Clôture intérieure : peut être plus légère (ruban électrique sur piquets plastique), mais doit être parfaitement visible et fonctionnelle.
- Portails : prévoir des accès suffisamment larges (minimum 3 m) pour le passage des engins de nettoyage et de livraison de foin.
Attention : la responsabilité civile du détenteur est engagée en cas d'échappée. Des clôtures défaillantes peuvent entraîner des accidents graves sur la voie publique.
Réglementation française : ce que tout propriétaire doit savoir
Il n'existe pas en France de texte réglementaire définissant juridiquement le « paddock paradise » comme catégorie d'hébergement. Cependant, tout propriétaire ou détenteur d'équidés est soumis à un ensemble d'obligations légales qu'il convient de maîtriser avant de se lancer dans un tel projet.
Obligations du détenteur d'équidés (IFCE/SIRE)
Depuis le 25 juillet 2010, tout détenteur d'équidé(s) doit enregistrer son lieu de détention auprès du SIRE (IFCE). Cette obligation vise à permettre la localisation rapide des animaux en cas de crise sanitaire. Le « détenteur » n'est pas forcément le propriétaire : c'est la personne responsable du lieu où stationnent les équidés.
Autres obligations fondamentales :
- Registre d'élevage : obligatoire pour tout détenteur, quel que soit le nombre d'animaux, conformément à l'arrêté du 5 juin 2000. Il consigne les mouvements d'animaux, les soins et les traitements.
- Certificat d'engagement et de connaissance (CEC) : depuis le 31 décembre 2022, toute personne non professionnelle détenant un équidé doit justifier de ce certificat, délivré par un vétérinaire ou un organisme autorisé (arrêté du 29 décembre 2022).
- À partir de 3 équidés : obligation de déclarer un vétérinaire sanitaire et de nommer un référent bien-être animal.
- Connaissance des besoins de l'espèce : le détenteur doit pouvoir en attester ; des contrôles existent depuis 2015.
Gestion des effluents : RSD, Directive Nitrates et ICPE
La gestion du fumier est souvent le point réglementaire le plus complexe pour un paddock paradise, en raison des grandes surfaces sans couvert végétal et des volumes de crottins produits.
- Règlement Sanitaire Départemental (RSD) : applicable à tous les détenteurs, il fixe les distances d'implantation des zones de stockage, les prescriptions d'entretien et les modalités d'évacuation des déjections. Consultable en mairie, il varie selon les départements.
- Zone vulnérable « Directive Nitrates » : si votre terrain est en zone vulnérable, des contraintes supplémentaires s'appliquent pour le stockage et l'épandage du fumier (arrêté du 19/12/2011 et Plans d'Action Régionaux révisés tous les 4 ans). La capacité de stockage de référence est de 2 mois minimum.
- Seuil ICPE : si votre dépôt de fumier dépasse 200 m³ et n'est pas l'annexe d'une exploitation agricole, vous pouvez basculer dans le régime ICPE (rubrique 2171), avec des obligations administratives et techniques nettement plus lourdes.
Conseil pratique : le ramassage des crottins doit être effectué très régulièrement, idéalement quotidiennement sur les surfaces stabilisées, selon les préconisations de l'IFCE. Cette fréquence réduit les volumes à stocker et limite les risques sanitaires et réglementaires.
Urbanisme : déclarations préalables et permis
L'aménagement d'un paddock paradise implique souvent des travaux soumis à autorisation d'urbanisme : terrassements, construction d'abris, pose de clôtures, création de plateformes stabilisées. Les règles varient selon la commune, le Plan Local d'Urbanisme (PLU), les zones protégées et la nature « fixe » ou « mobile » des structures.
Points de vigilance :
- Un abri fixe (fondations, dalle béton) nécessite généralement une déclaration préalable de travaux, voire un permis de construire selon la surface.
- Les terrassements importants peuvent nécessiter une déclaration selon leur ampleur et la zone concernée.
- En zone agricole (A) ou naturelle (N) du PLU, les constructions sont très encadrées : renseignez-vous en mairie avant tout projet.
- Anticipez également les questions d'accès engins, d'évacuation des eaux pluviales et de raccordement à l'eau.
Bénéfices pour la santé et le bien-être du cheval
Le paddock paradise n'est pas qu'une tendance : il répond à des besoins biologiques documentés et présente des bénéfices mesurables sur la santé physique et mentale des équidés.
Bénéfices physiques : sabots, métabolisme, locomotion
Le mouvement continu sur des surfaces variées stimule la circulation sanguine dans les sabots, renforce les tendons et ligaments, et améliore la condition musculaire générale. Les propriétaires qui ont adopté le track system rapportent fréquemment :
- Amélioration de la qualité des sabots : la stimulation mécanique favorise la croissance de la corne et réduit les problèmes de fourchette.
- Réduction des risques de fourbure : la gestion stricte de l'herbe (zone centrale inaccessible) et le mouvement constant régulent mieux la glycémie que le pré classique.
- Diminution des coliques : le transit digestif est favorisé par le mouvement et l'accès permanent au foin.
- Prévention des problèmes articulaires : les articulations maintenues en mouvement régulier vieillissent mieux que celles d'un cheval confiné.
Bien-être comportemental et vie sociale
Le cheval est un animal social et un grand marcheur. Le paddock paradise répond à ces deux besoins fondamentaux que le système box/pré classique satisfait souvent mal.
- Vie en groupe : les chevaux établissent et maintiennent leurs liens sociaux naturellement, réduisant le stress et les comportements stéréotypés (tics, weaving, box-walking).
- Stimulation mentale : l'exploration de la piste, la variété des surfaces et les enrichissements environnementaux occupent le cheval et réduisent l'ennui.
- Hiérarchie apaisée : la piste linéaire réduit les confrontations aux ressources car les chevaux dominés peuvent s'éloigner facilement, contrairement à un paddock fermé.
Attention cependant : la gestion des groupes demande une observation attentive, surtout lors des introductions. Prévoyez toujours un espace de quarantaine séparé pour les nouveaux arrivants.
Budget et coûts d'un paddock paradise en France
Le coût d'un paddock paradise est très variable selon la taille du projet, la nature du terrain, la région et les matériaux choisis. Il n'existe pas de barème national, mais voici les postes à anticiper et les ordres de grandeur observés.
Les postes de dépenses principaux
Les travaux de sol et la gestion de l'eau représentent généralement 60 à 70 % du budget total d'un paddock paradise. Voici les postes à budgéter :
- Terrassement, nivellement et drainage : poste le plus variable selon la topographie et la portance du sol.
- Géotextile + couches de forme : grave concassée, dalles alvéolaires ou caoutchouc selon les zones.
- Clôtures : ruban/corde électrique, piquets, électrificateur, portails.
- Alimentation en eau : tranchées, tuyaux, abreuvoirs (antigel si nécessaire), compteur.
- Stations foin : râteliers, filets slow-feeding, plateformes stabilisées autour.
- Abri(s) : structure + plateforme stabilisée.
- Gestion fumier : zone de stockage conforme RSD, organisation de l'export ou de l'épandage.
- Accès engins : chemin stabilisé pour livraisons de foin et passage du tracteur.
Coûts en pension : ce que pratiquent les structures
Si vous n'êtes pas propriétaire de terrain et cherchez une pension en paddock paradise, les tarifs publiés en France (données 2026) donnent les repères suivants :
- PP individuel/duo (100 m de piste, 580 m², 2 chevaux max, foin à volonté, nettoyage tous les 2 jours) : 255 à 300 €/mois selon la taille du cheval.
- PP de groupe (200 m de piste, 2 300 m², 6 chevaux max, foin à volonté) : 255 à 300 €/mois selon la taille.
Ces tarifs sont comparables à ceux d'une pension en pré classique avec foin à volonté, ce qui rend le paddock paradise économiquement accessible pour les propriétaires qui ne souhaitent pas investir dans leur propre infrastructure.
Pour un projet personnel, demandez systématiquement plusieurs devis locaux : les prix des matériaux et de la main-d'œuvre varient considérablement selon les régions.
Erreurs fréquentes et conseils d'expert
Après avoir accompagné de nombreux propriétaires dans leurs projets, voici les erreurs les plus courantes et les conseils pour les éviter.
- Piste trop étroite : une piste inférieure à 3 m génère des conflits et des blessures. Prévoyez large dès le départ, il est difficile d'élargir après coup.
- Négliger le drainage : c'est l'erreur numéro un. Un sol gorgé d'eau en hiver rend le PP inutilisable et crée des problèmes de sabots graves. Investissez dans le drainage avant tout.
- Trop peu de points de foin : avec un seul râtelier, les chevaux dominants monopolisent la ressource et les autres ne bougent pas. Minimum 3 à 4 points de distribution pour un groupe de 4 à 6 chevaux.
- Oublier la réglementation : ne pas déclarer son lieu de détention au SIRE, ne pas tenir son registre d'élevage ou ignorer les contraintes RSD peut exposer le propriétaire à des sanctions administratives.
- Introduire trop vite un nouveau cheval : toujours prévoir une période de quarantaine et une introduction progressive, surtout dans un groupe établi sur piste étroite.
- Sous-estimer l'entretien : un paddock paradise demande un ramassage des crottins très régulier (idéalement quotidien sur les zones stabilisées), la vérification quotidienne des clôtures électriques et un suivi attentif de la condition corporelle de chaque cheval.
Vidéos
Visite de l'écurie de mes chevaux, inspiré du "paddock paradise"
Un Paddock Paradise
Découverte du Paddock Paradise de Pairi Daiza
PADDOCK PARADISE - Jardin d'Alambar
Conclusion
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Questions fréquentes
Il n'existe pas de norme réglementaire française, mais les réalisations observées indiquent qu'une piste d'environ 100 m pour une surface totale de 580 m² convient à 2 petits chevaux. Pour des chevaux de grande taille, prévoyez davantage. La largeur de piste minimale recommandée est de 3 à 5 mètres pour permettre aux chevaux de se croiser sans conflit.
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📚 Sources et références
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