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Anatomie du cheval

Système digestif du cheval : anatomie, physiologie et pathologies

Découvrez le système digestif du cheval : anatomie complète, physiologie de la fermentation, microbiote et pathologies (ulcères, coliques). Guide expert vétérinaire.

10 min de lecture1 855 mots

Le système digestif du cheval est l'un des plus complexes et des plus singuliers du monde animal. Herbivore monogastrique dit hindgut fermenter, le cheval digère ses aliments en deux grandes étapes : une digestion enzymatique dans l'intestin grêle, puis une fermentation microbienne intense dans le gros intestin. Ce tube digestif d'environ 30 mètres de longueur et d'une capacité totale avoisinant 180 litres est parfaitement adapté à un pâturage continu et fractionné. Comprendre son fonctionnement est indispensable pour tout propriétaire ou professionnel équin : c'est la clé d'une alimentation raisonnée, d'une prévention efficace des coliques et des ulcères, et d'une gestion optimale de la santé du cheval au quotidien.

Organisation anatomique générale du tube digestif

Le tube digestif du cheval adulte (~500 kg) s'étend de la bouche jusqu'au rectum et se divise classiquement en deux grandes zones fonctionnelles : l'avant-intestin (bouche, œsophage, estomac, intestin grêle) et l'arrière-intestin (cæcum, grand côlon, petit côlon, rectum). Cette organisation reflète deux modes de digestion radicalement différents qui se succèdent et se complètent.

La longueur totale du tractus gastro-intestinal est estimée à environ 30 mètres, pour un volume total d'environ 180 litres. Ces chiffres varient selon le gabarit de l'individu et les méthodes de mesure, mais ils illustrent bien la capacité de traitement remarquable de cet appareil.

Bouche, dents et œsophage

La mastication joue un rôle fondamental : elle réduit mécaniquement les particules alimentaires, forme le bol alimentaire et le mélange à la salive. Cette dernière lubrifie, tamponne l'acidité et facilite la déglutition. Un cheval au pâturage peut produire plusieurs dizaines de litres de salive par jour, ce qui contribue à tamponner l'acidité gastrique.

L'œsophage présente une particularité anatomique importante : ses deux tiers proximaux sont constitués de muscles striés, tandis que le tiers distal est lisse. Cette organisation influence la motilité et explique la sensibilité aux obstructions (« choke »). Surtout, le cheval est incapable de vomir : l'angle d'entrée du cardia et la puissance du sphincter cardial empêchent tout reflux gastro-œsophagien. Cette caractéristique majeure augmente considérablement le risque de dilatation ou de rupture gastrique en cas de surcharge ou d'obstruction.

L'estomac : petit mais stratégique

L'estomac du cheval est remarquablement petit au regard de la taille de l'animal : il ne représente que 8 % environ du volume total du tractus gastro-intestinal, avec une capacité de 8 à 15 litres chez un adulte. Cette petite taille est une adaptation évolutive au pâturage continu et fractionné.

Sa muqueuse est divisée en deux zones bien distinctes, séparées par le margo plicatus :

  • Zone squameuse (non glandulaire) : proche de l'œsophage, sans protection contre l'acide, particulièrement vulnérable aux ulcères.
  • Zone glandulaire (cardiale, fundique, pylorique) : les cellules pariétales sécrètent de l'acide chlorhydrique en continu, les cellules principales produisent la pepsine et la lipase, et les cellules ECL libèrent de l'histamine en réponse à la gastrine.

La sécrétion acide étant continue, les longues périodes à jeun exposent la muqueuse squameuse à une agression acide non tamponnée, ce qui constitue le principal facteur de risque des ulcères gastriques.

L'intestin grêle : le siège de la digestion enzymatique

L'intestin grêle mesure environ 20 à 25 mètres chez le cheval adulte, pour un diamètre de 7 à 10 cm et une capacité totale de l'ordre de 50 à 70 litres. Il se divise en trois segments aux rôles complémentaires.

Duodénum, jéjunum et iléon

Le duodénum (environ 1 mètre) reçoit les sécrétions biliaires et pancréatiques. Le pancréas y déverse ses enzymes digestives (amylase, lipase, protéases) ainsi que des bicarbonates qui tamponnent l'acidité gastrique. Le cheval ne possède pas de vésicule biliaire : la bile s'écoule en continu depuis le foie directement dans le duodénum, ce qui impose une adaptation progressive aux régimes riches en lipides.

Le jéjunum représente plus de 80 % de la longueur de l'intestin grêle. C'est le principal site d'absorption des nutriments : glucides simples, acides aminés, lipides, vitamines liposolubles et minéraux sont absorbés grâce à une surface villositaire considérable.

L'iléon, segment terminal, assure la jonction avec le cæcum. Un transit trop rapide dans l'intestin grêle (diarrhée) ou trop lent (stase) peut compromettre l'absorption et favoriser la fermentation prématurée de substrats qui devraient être digérés enzymatiquement.

Le cas de l'amidon : un enjeu nutritionnel majeur

L'intestin grêle est le lieu de digestion de l'amidon par l'amylase pancréatique. Cependant, sa capacité de digestion de l'amidon est limitée : lorsque des quantités importantes de concentrés sont ingérées en un seul repas, une fraction de l'amidon « échappe » à la digestion enzymatique et arrive intacte dans le gros intestin. Ce phénomène est à l'origine de déséquilibres microbiens graves (voir section pathologies).

C'est pourquoi les nutritionnistes équins recommandent de ne pas dépasser 1 à 2 kg de concentrés par repas et de fractionner les apports en plusieurs distributions quotidiennes.

Le gros intestin : la chambre de fermentation

L'arrière-intestin — cæcum, grand côlon, petit côlon et rectum — constitue la spécificité majeure du système digestif du cheval. C'est ici que réside l'essentiel du microbiote équin et que s'effectue la fermentation des fibres alimentaires, source d'énergie indispensable pour l'animal.

Le cæcum : première cuve de fermentation

Le cæcum est un organe volumineux d'une capacité de 26 à 38 litres. Les résidus alimentaires y séjournent jusqu'à 7 heures, le temps que les micro-organismes (bactéries, protozoaires, champignons) fermentent les fibres cellulosiques. Cette fermentation produit des acides gras volatils (AGV) — acétate, propionate, butyrate — qui constituent une source d'énergie majeure pour le cheval, ainsi que des gaz (méthane, CO₂) et de la chaleur.

Le cæcum absorbe également de l'ammoniac, de l'eau, et bénéficie de la synthèse microbienne de vitamines du groupe B. Sa relative mobilité anatomique et les fortes contractions qu'il génère en font un site à risque de torsion et de déplacement, pouvant conduire à des coliques sévères.

Grand côlon, petit côlon et rectum

Le grand côlon est le réservoir principal de fermentation, avec une capacité estimée à 60–90 litres. Il présente plusieurs replis anatomiques dont la flexure pelvienne, un rétrécissement et virage marqué qui constitue le site le plus fréquent d'impactions coliques. C'est également dans le grand côlon que se poursuit l'absorption des AGV produits par fermentation.

Le petit côlon et le rectum ont pour rôle principal la réabsorption d'eau et d'électrolytes et la formation des crottins (boules fécales caractéristiques). Un cheval sain produit entre 8 et 15 kg de crottins par jour, reflet direct de la qualité de son transit digestif.

Microbiote intestinal et équilibre digestif

Le microbiote du gros intestin équin est d'une richesse et d'une complexité exceptionnelles. Il comprend des milliards de bactéries, protozoaires et champignons dont l'équilibre conditionne directement la santé digestive — et générale — du cheval.

La stabilité de ce microbiote dépend de plusieurs facteurs :

  • La nature de la ration : une alimentation riche en fibres longues (foin, herbe) favorise les bactéries cellulolytiques bénéfiques.
  • La régularité des repas : les changements brusques de ration (introduction de concentrés, changement de foin) perturbent profondément la flore en 24 à 48 heures.
  • Le pH du milieu : la fermentation des fibres maintient un pH légèrement acide favorable aux bactéries cellulolytiques. Un afflux d'amidon non digéré provoque une production massive de lactate et d'AGV, faisant chuter le pH et entraînant une acidose du gros intestin.

L'IFCE rappelle qu'environ 15 à 30 % des matières azotées alimentaires atteignent le gros intestin, où elles sont peu valorisées et peuvent être dégradées en ammoniac. Un excès de protéines dans la ration contribue donc à une charge azotée dans l'arrière-intestin, potentiellement délétère pour l'équilibre microbien.

Les conséquences d'une dysbiose peuvent être graves : coliques, diarrhées, fourbure (via la libération de toxines vasoactives), et myosites. La prévention passe par une alimentation respectueuse de la physiologie du cheval : fourrages à volonté, concentrés fractionnés, transitions alimentaires progressives sur minimum 10 à 15 jours.

Principales pathologies du système digestif équin

La complexité anatomique et physiologique du système digestif du cheval le rend particulièrement vulnérable à plusieurs affections, dont certaines peuvent être rapidement mortelles sans prise en charge vétérinaire.

Syndrome d'ulcères gastriques équins (EGUS)

L'EGUS (Equine Gastric Ulcer Syndrome) est l'une des pathologies les plus répandues chez le cheval de sport et de loisir. Les estimations de prévalence varient selon les populations :

  • 50 à 90 % des chevaux en général (UC Davis, 2019)
  • Jusqu'à 90 % des galopeurs en entraînement (Merck Veterinary Manual)
  • 40 à 60 % dans les disciplines de performance non-course
  • 25 à 50 % des poulains nouveau-nés, avec risque de perforation

Une étude publiée en 2022 sur des Standardbreds a mesuré une prévalence de 98,85 % pour les ulcères squameux (ESGD) et de 52,87 % pour les ulcères glandulaires (EGGD). En endoscopie, environ 80 % des lésions siègent dans la muqueuse squameuse, non protégée par le mucus gastrique.

Les principaux facteurs de risque sont : l'entraînement intensif, les rations riches en concentrés, les repas espacés, le stress de confinement, le transport et les maladies intercurrentes. Le traitement repose sur l'oméprazole (inhibiteur de la pompe à protons) et la correction des facteurs alimentaires et environnementaux.

Les coliques : urgence vétérinaire par excellence

Le terme « colique » désigne tout syndrome douloureux abdominal chez le cheval. Les causes sont multiples et leur gravité très variable, de la colique spasmodique bénigne à la torsion du côlon engageant le pronostic vital en quelques heures.

Dans une compilation portant sur 604 chevaux présentés pour colique, les causes les plus fréquentes étaient :

  • Impaction du grand côlon : 20,8 % des cas (site le plus fréquent : la flexure pelvienne)
  • Déplacement du grand côlon : 16,5 % (dont l'engagement néphro-splénique)
  • Colique spasmodique : 11,7 %
  • Volvulus du grand côlon : 7,3 % (urgence chirurgicale absolue)

Les taux de récupération varient selon la cause et la prise en charge : 93,6 % en traitement médical contre 73,5 % après chirurgie. Tout signe de colique (agitation, grattage, regard vers le flanc, refus de s'alimenter, absence de crottins) doit conduire à un appel vétérinaire immédiat.

Alimentation respectueuse de la physiologie digestive

Comprendre le système digestif du cheval permet d'établir des règles d'alimentation fondées sur la physiologie, et non sur la commodité humaine.

  • Fourrages à volonté ou quasi-volonté : le foin ou l'herbe doit constituer la base de la ration (minimum 1,5 % du poids vif par jour en matière sèche). La mastication continue stimule la salivation et tamponne l'acidité gastrique.
  • Concentrés fractionnés : ne jamais dépasser 1 à 2 kg par repas pour limiter l'afflux d'amidon dans le gros intestin. Plusieurs petits repas valent mieux que deux repas copieux.
  • Transitions alimentaires progressives : tout changement de ration doit s'effectuer sur 10 à 15 jours minimum pour permettre au microbiote de s'adapter.
  • Accès à l'eau fraîche en permanence : la déshydratation est un facteur de risque majeur d'impaction colique.
  • Lipides : le cheval peut tolérer jusqu'à 20 % de lipides dans la ration, mais une période d'adaptation de 3 à 4 semaines est nécessaire. Les rations usuelles contiennent 3 à 4 % de lipides.
  • Exercice régulier et accès au pâturage : le mouvement stimule le transit intestinal et réduit le risque de stase colique.

Ces principes simples, appliqués avec rigueur, permettent de réduire significativement l'incidence des pathologies digestives les plus courantes.

Vidéos

[GALOPS 4 & 5] LE SYSTEME DIGESTIF du cheval, ft. le Dr Fissolo

Conclusion

Le système digestif du cheval est un chef-d'œuvre d'adaptation à un régime herbivore fibreux, mais sa complexité anatomique en fait aussi un appareil fragile, sensible aux erreurs alimentaires et aux stress environnementaux. Connaître ses spécificités — petit estomac, fermentation dans l'arrière-intestin, microbiote délicat, impossibilité de vomir — est la première étape d'une gestion équine responsable. Une alimentation respectueuse de cette physiologie, associée à une surveillance quotidienne attentive, reste la meilleure prévention contre les ulcères, les coliques et les dysbioses.

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Questions fréquentes

Le cheval possède un sphincter cardial (jonction œsophage-estomac) particulièrement puissant et un angle anatomique défavorable au reflux. Cette incapacité à vomir est une adaptation évolutive, mais elle représente un risque majeur : en cas de surcharge gastrique ou d'obstruction, l'estomac peut se dilater jusqu'à la rupture, ce qui est rapidement fatal.

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📚 Sources et références

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