Le vieux cheval n'est pas simplement un cheval adulte qui vieillit : ses besoins en nutriments se modifient qualitativement et quantitativement. L'objectif central est de maintenir un état corporel correct (BCS 5 à 7 sur 9), de préserver la fonction digestive et de compenser les pertes liées à l'âge.
Les besoins nutritionnels spécifiques du cheval âgé
Énergie et protéines : des besoins souvent sous-estimés
Pour un cheval de 500 kg à l'entretien, les besoins journaliers de référence sont estimés à :
- Énergie digestible (DE) : environ 16,7 Mcal/jour
- Protéines brutes : environ 630 g/jour
- Calcium : 20 g/jour
- Phosphore : 14 g/jour
- Vitamine A : 15 000 UI/jour
Chez le senior, l'absorption intestinale des protéines peut diminuer, ce qui justifie d'apporter des protéines de bonne qualité biologique (luzerne déshydratée, coques de soja) plutôt que de simplement augmenter les quantités brutes. Le rapport calcium/phosphore doit rester inférieur à 3 et ne jamais être inversé (Ca/P < 1 est à proscrire).
Quantité de matière sèche : les repères à connaître
La base de toute ration reste le fourrage. Les recommandations courantes préconisent un apport de 1,5 à 2 % du poids vif par jour en matière sèche (MS), soit environ 7,5 à 10 kg de MS pour un cheval de 500 kg. La limite physiologique d'ingestion se situe autour de 2,5 à 3 % du poids vif par jour.
En pratique, un cheval senior de 500 kg devrait recevoir au minimum 7,5 kg de MS de fourrage quotidiennement. Si l'appétit ou la mastication sont réduits, il faut compenser par des aliments alternatifs plus digestibles, sans descendre sous ce seuil minimal qui garantit le bon fonctionnement du microbiote intestinal.
Rappelons que dans des conditions naturelles, le cheval passe 15 à 16 heures par jour à s'alimenter en petits repas successifs : ce comportement de base doit guider la distribution, quel que soit l'âge.
Quels aliments choisir pour le vieux cheval ?
L'alimentation du cheval âgé repose sur un principe clé : privilégier les fibres hautement digestibles et les lipides comme sources d'énergie, plutôt que les céréales riches en amidon. Voici les aliments à connaître et à combiner intelligemment.
Les fourrages : toujours la base
Le foin de bonne qualité (graminées ou mélange graminées/légumineuses) reste l'aliment de référence. Il doit représenter la majorité de la ration en MS. Selon les recommandations IFCE/INRA, le taux de paille ne doit pas dépasser 30 % des fourrages en MS (tolérance limite à 60 %), car la paille est pauvre en énergie et en protéines.
Si le cheval présente des difficultés à mastiquer le foin long (quidding : rejet de boulettes de foin à moitié mâchées), il convient de substituer une partie du fourrage par des cubes ou granulés de fourrage trempés, voire par un aliment complet riche en fibres digestibles.
Pulpe de betterave, luzerne, coques de soja : les fibres digestibles stars
Ces trois aliments constituent le trio gagnant pour le cheval senior :
- Pulpe de betterave déshydratée : riche en fibres fermentescibles, elle soutient le microbiote du gros intestin via la production d'acides gras volatils (AGV). Elle doit être trempée avant distribution (risque d'étouffement). Elle peut remplacer partiellement le foin chez les chevaux à mastication difficile.
- Luzerne déshydratée (granulés ou cubes) : excellente source de protéines de qualité et de calcium. Particulièrement utile pour les seniors maigres ou en déficit protéique.
- Coques de soja : fibres très digestibles, bonne source d'énergie sans excès d'amidon, intéressantes pour les chevaux à risque métabolique.
Ces aliments fournissent de l'énergie de manière sûre, sans provoquer les pics glycémiques associés aux céréales.
Les aliments concentrés « senior » : quand et comment les utiliser
Les aliments concentrés spécifiquement formulés pour les seniors présentent généralement :
- 12 à 14 % de protéines brutes
- 4 à 7 % de matières grasses (lipides ajoutés)
- Un taux d'amidon et de sucres (NSC) réduit
Ils ne sont pas systématiquement nécessaires si le foin couvre les besoins énergétiques. En revanche, pour un cheval maigre (BCS < 4), un apport de 0,5 à 1 % du poids vif par jour en concentré senior est recommandé, soit 2,5 à 5 kg/jour pour un cheval de 500 kg, réparti en plusieurs repas.
Règle de sécurité absolue : ne jamais distribuer plus de 0,5 % du poids vif en un seul repas de concentré riche en amidon/sucres (soit 2,5 kg maximum pour 500 kg), sous peine d'augmenter significativement le risque de coliques et de fourbure.
Les aliments complets (complete feed), conçus pour être distribués sans fourrage, peuvent couvrir tous les besoins : compter environ 6,5 à 7 kg/jour pour un cheval de 500 kg, fractionnés en 4 à 6 repas de 1,5 kg maximum.
Dentition et digestion : les défis spécifiques du senior
La santé dentaire est le premier facteur limitant de l'alimentation du vieux cheval. Un suivi dentaire annuel (voire semestriel) par un vétérinaire ou un technicien dentaire équin est indispensable.
Reconnaître les signes de problèmes dentaires
Les signes d'alerte à surveiller chez le cheval âgé :
- Quidding : le cheval forme des boulettes de foin qu'il recrache, signe d'une mastication insuffisante
- Perte de poids progressive malgré un apport alimentaire apparent correct
- Foin non digéré visible dans les crottins
- Difficultés à saisir ou à mâcher les aliments durs
- Salivation excessive ou asymétrique
Dès l'apparition de ces signes, il faut adapter la ration immédiatement et consulter un vétérinaire. Un cheval qui ne peut plus mastiquer correctement son foin peut perdre du poids très rapidement, surtout en hiver.
Adapter la ration en cas de problèmes dentaires
Lorsque la mastication du foin long est compromise, plusieurs solutions existent :
- Tremper les cubes/granulés de fourrage pour obtenir une bouillie (mash) facilement ingérable
- Remplacer progressivement le foin par un aliment complet riche en fibres digestibles
- Proposer la pulpe de betterave bien trempée comme substitut partiel au foin
- Fractionner les repas en 4 à 6 prises quotidiennes pour faciliter l'ingestion
La transition vers ces aliments alternatifs doit être progressive sur au moins une semaine pour éviter les troubles digestifs et permettre l'adaptation du microbiote intestinal.
PPID, insulinorésistance et fourbure : adapter la nutrition
Le PPID (dysfonctionnement de la pars intermedia de l'hypophyse, anciennement appelé syndrome de Cushing équin) touche une proportion significative des chevaux de plus de 15 ans. Il s'accompagne fréquemment d'une insulinodysrégulation, qui augmente le risque de fourbure chronique. La nutrition joue un rôle central dans la gestion de ces pathologies.
Contrôler les sucres et l'amidon (NSC)
Pour les chevaux atteints de PPID avec insulinorésistance, la stratégie nutritionnelle prioritaire est de limiter les apports en sucres solubles et en amidon (NSC) :
- Éviter les aliments dépassant 20 % de NSC et contenant plus de 3 % de mélasse
- Viser idéalement un taux de NSC total inférieur à 10 % pour les cas d'insulinodysrégulation avérée (à adapter avec le vétérinaire)
- Préférer des granulés riches en fibres (> 10 %) et en lipides (> 5 %)
- Faire analyser le foin : certains foins de prairie peuvent être riches en fructanes et sucres solubles, notamment au printemps et en automne
Le pâturage doit être contrôlé ou supprimé en période à risque (printemps, automne, après gel) chez les chevaux insulinodysrégulés.
Principes de rationnement pour le cheval PPID
La ration du cheval PPID doit respecter les principes suivants :
- Base fourragère majoritaire : foin analysé, à faible teneur en NSC si possible
- Concentrés uniquement si nécessaire pour maintenir l'état corporel, formulés spécifiquement pour les seniors métaboliques
- Fractionnement des repas : plusieurs petits repas par jour pour limiter les pics d'insuline postprandiaux
- Apport en lipides (huile de lin, aliments enrichis en oméga-3) comme source d'énergie alternative sûre
- Surveillance régulière de l'état corporel et ajustement trimestriel de la ration
La gestion nutritionnelle du PPID doit toujours être conduite en concertation avec le vétérinaire traitant, qui peut prescrire un traitement médicamenteux complémentaire (pergolide).
Rations types selon l'état corporel du vieux cheval
Voici des repères pratiques de rationnement selon la situation du cheval âgé de 500 kg. Ces chiffres sont des guides de formulation, non des prescriptions : ils doivent être adaptés à chaque individu en fonction de la qualité des aliments, de l'état de santé et des analyses fourragères.
Cheval senior en bon état corporel (BCS 5-7)
Pour un cheval de 500 kg en bon état corporel, sans pathologie métabolique :
- Foin de bonne qualité : 7,5 à 10 kg de MS/jour (1,5 à 2 % du PV)
- Concentré : souvent inutile si le foin couvre les besoins énergétiques ; si nécessaire, 1 à 2 kg/jour d'un aliment senior à faible teneur en amidon
- Complément minéral-vitaminé : recommandé si la ration est uniquement à base de foin, pour couvrir les besoins en vitamines et oligo-éléments
- Eau fraîche : accès permanent, minimum 30 à 50 litres/jour
L'objectif est de maintenir l'état corporel stable en ajustant la quantité de foin selon les saisons et l'activité physique résiduelle.
Cheval senior maigre (BCS < 4)
Pour un cheval de 500 kg en déficit d'état corporel, la ration doit être enrichie progressivement :
- Foin bon à excellent : 7,5 à 10 kg de MS/jour minimum
- Concentré senior : 2,5 à 5 kg/jour (0,5 à 1 % du PV), formulé à 12-14 % de protéines brutes et 4-7 % de matières grasses, réparti en au moins 3 repas
- Pulpe de betterave trempée : 1 à 2 kg/jour (poids sec) comme complément énergétique sûr
- Luzerne déshydratée : 0,5 à 1 kg/jour pour améliorer l'apport protéique
Rappel critique : ne jamais dépasser 2,5 kg de concentré en un seul repas (0,5 % du PV) pour un cheval de 500 kg. La reprise d'état doit être lente et progressive : une prise de poids trop rapide peut être aussi problématique qu'un état de maigreur prolongé.
Surveiller et ajuster : les bonnes pratiques au quotidien
L'alimentation du vieux cheval n'est pas figée : elle doit être réévaluée régulièrement en fonction de l'évolution de l'état corporel, de la saison, de l'état de santé et de la capacité d'ingestion du cheval.
- Évaluation mensuelle de l'état corporel (BCS) : peser ou utiliser un ruban barymétrique, noter l'évolution
- Suivi dentaire : au minimum une fois par an, idéalement deux fois par an après 20 ans
- Analyse du foin : indispensable pour formuler une ration précise, notamment en cas de PPID ou d'insulinodysrégulation
- Bilan sanguin annuel : dosage de l'ACTH pour dépister le PPID, bilan métabolique général
- Transition alimentaire progressive : tout changement de ration doit se faire sur au minimum une semaine, idéalement deux semaines pour les changements importants
En cas de doute sur la ration, n'hésitez pas à consulter un vétérinaire nutritionniste équin ou à utiliser les outils de simulation de l'IFCE, basés sur les normes INRA, qui permettent de vérifier l'équilibre de la ration (UFC, MADC, minéraux) avec des plages de tolérance précises.
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Questions fréquentes
Il n'existe pas d'âge universel : on considère généralement qu'un cheval entre dans la catégorie « senior » à partir de 15-20 ans, selon l'individu, la race et l'état de santé. Certains chevaux de 18 ans ont encore des besoins proches d'un adulte, tandis que d'autres nécessitent une adaptation dès 15 ans. C'est l'état corporel et la capacité digestive qui guident avant tout.
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